- LA MILICE MONDIALE (I) -

ENGLISH VERSION

SOMMAIRE D’APPRENTIS      INTRO ET VOCABULAIRE

 

Il pourrait te sembler singulier de trébucher sur un plan de milice mondiale, dans ce traitement de la paix globale.  Au fait, tu ne devrais pas être surpris.  Le deuxième amendement de la constitution américaine interdit au gouvernement d’enfreindre au droit des citoyens de porter des armes : une milice bien réglée « étant indispensable pour la sécurité d'un état libre. » 

La solution ne consiste ni en armes à feu privées dans trop de ménages, ni en trop d'accidents d’armes comprenant des gosses, ni ne réside-t-elle dans des gardes privées du corps pour les riches, ni en fouilles d'armes pour les pauvres, ni en une armée mercenaire, ruineuse et anathème autant à l'esprit qu’à la lettre de cette constitution.  Elle ne réside non plus dans des luttes interminables à l’encontre de suicidaires à la bombe, ni dans des combats résidentiels abattant des innocents le long de nos rues, dans nos transports publics et nos réunions commémoratives, ni même dans nos vestibules bénis d'école.

Apprentis, voici une honte !  Les Américains, les occidentaux et la population du monde entier ont pu accepter ces travesties, mais nous aurions dû mieux savoir et mieux faire.

 

Certaines personnes confondent un monde sans guerre avec un monde à 100% non-violent.  Peut-être ont-elles raison.  Bien qu’elles pourraient confondre un outil (le plus puissant, et donc le plus difficile à manier correctement : la non-violence) avec le but actuel : un monde sans guerre.

Ce sujet : lequel doit advenir d’abord, nécessiterait un chapitre entier afin de l’adresser correctement.  Pour le moment, je me bornerai à le résumer dans quelques paragraphes ajoutés à ce chapitre déjà trop long.

La non-violence vient d’être redécouverte par l'humanité ; cela pourrait pendre des siècles pour la perfectionner dans nos institutions, et encore plus longtemps dans nous-mêmes en tant qu'individus d’esprit libre.  Le pacifisme a été reconnu par l'humanité depuis des milliers d'années ; celui-ci pourrait ne nécessiter que quelques mois ou années d’application pour être institutionnalisé à travers la planète. Vois-tu la différence ?

Le livre APPRENTIS est très confiant quant à criminaliser la guerre et créer la paix sur terre.  Nous pouvons l’accomplir ; nous n’avons qu’à l’essayer très fortement et tous ensemble.   La criminalisation ne signifie pas l’annulation, mais de le rendre beaucoup plus difficile, donc moins avantageux, farouche, fréquent et prolongé.

Le vol a été criminalisé partout ; cela ne signifie pas qu'il n'y ait aucun vol, simplement moins, tout en proportion à l'efficacité des institutions qui la criminalisent.  Plus ces institutions seront améliorées, moins de crime.  Les meilleures nos institutions de paix, le moins de guerre, peut-être au point de son extinction permanente, comme pour le cannibalisme, le sacrifice humain et l'esclavage. 

À quoi le monde ressemblerait-il si nous n’avions rien fait au sujet du vol, jusqu'à ce que chacun ait obéi religieusement au commandement de ne plus jamais voler ?

Ce livre, APPRENTIS, il est très circonspect quand il traite de la brutalité humaine.  La nature humaine semble enracinée d’une brutalité qui pourrait ou ne pourrait pas être valide à la longue, démontable, sinon contrôlable par des institutions.  Après tout, proposer de la supprimer pourrait l’acculer dans un coin et la provoquer aux pires extrémismes.

Si la criminalisation de la guerre doit être mise en arrière plan jusqu'au moment où l'humanité aurait éliminé la violence de sa psyché collective, alors nous sommes destinés pour une longue attente.  Si la paix au monde doit être retardée jusqu'à ce que chaque individu soit uniquement motivé par la non-violence dans n'importe quelle situation de conflit, alors multipliez ce temps d'attente par centaines.  Puisque la guerre a déjà réalisé de tels taux branlants de destruction à la gâchette facile, ces plus longues durées d'attente pourraient permettre à la guerre de nous avaler grosso modo en attendant.

APPRENTIS déduisent que nous devons criminaliser la guerre maintenant, alors que nous en retenons les moyens, le motif et l'occasion.  L’absolue non-violence humaine pourrait alors être entamée à loisir et systématiquement, pour aussi longtemps que cela puisse prendre.  Ces deux projets sont distincts : nous pourrions accomplir le premier durant la décennie à venir ; le suivant pourrait requérir le restant de l'existence humaine afin de le perfectionner.

Que devrions-nous faire : attendre jusqu'à ce que chaque individu se soit perfectionné, ou bien transformer sitôt nos institutions en celles paisibles, puis se pencher sur ce projet de perfection universelle ?  À toi choisir.  Tentons d'être réaliste au sujet de nos priorités, n’est-ce pas ? 

Tout ce dont je te demande, c’est simplement de garder ceci en tête : le parfait est l'ennemi du bon, et le bon est l'ennemi du pire.  Maintiendrais-tu le pire jusqu'à ce que la perfection ait saisi prise, ou essaierais-tu de rendre le pire un peu moins mauvais, en attendant une perfection à venir?

Permets-moi d’être parfaitement net : ces deux projets ne sont nullement exclusifs ; au contraire, chacun renforcerait l’autre.  Il ne s’agit ici que de priorités.  Je te supplie de bosser dur pour le mieux à présent et le parfait dans l’avenir.

Ceci dit, nous pourrions limiter les pires dégâts de la mentalité d'armes, multiplier les avantages culturels de la paix et remplacer les punitions pénales par une correction criminelle de sagesse supérieure.  Et nous pourrions criminaliser la guerre qui fournit la portée d'action la plus étendue à ceux préférant commettre le mal. 

Ce livre ne prévoit aucune fin de la violence humaine… Il ne tenterait même pas d’aborder le mal humain.  Soustraire le mal de la conscience humaine, c’est l'endommager.  Une majorité d’Apprentis raisonnables pourrait toutefois isoler la mythologie d'armes, défier l'intention de sa mentalité et rétrograder les élites d'armes à l'insignifiance culturelle.  Nous pourrions reléguer la technologie d'armes, leur chef-d’œuvre, à l’état de vestige.  Une fois qu'assez d’entre nous endosserons cette obligation, nous pourrons l’accomplir durant le semblant d’une nuit.

Les Apprentis désarmeront et congédieront les forces armées terrestres et rassembleront leurs restants dans quatre organisations interconnectées :

 

·        La milice du monde,

·        La légion étrangère de la cour du monde,

·        La police continentale et

·        La gendarmerie locale.

 

Ce chapitre contient les moins efficaces des prescriptions contenues dans APPRENTIS.  Ce que je décris en dessous n’est qu’un bricolage cosmétique à moins que la majorité des Apprentis n’adopte d'abord au moins un semblant des dispositifs suivants :

 

·        La laocracie (la démocratie en directe à travers l’Agora mondiale)

·        Les réseaux d’Apprentissage et

·        La constellation intégrale de métaphores politiques que ces dispositifs présupposent.

 

En effet, dans l'absence de tels systèmes de soutien, les milices paramilitaires se rendent en clubs meurtriers de cauchemar.  Des exemples abondent : les escadrons de la mort en Colombie et chez les talibans afghans – taliban : un jeu de mot ironique sur l’expression en arabe du mot « Apprenti » – et un assortiment d’organisations de gangsters aux Balkans, en Amérique Latine, en Afrique et ailleurs.

Une milice bien réglée serait fondée sur l’appelle universel.  Elle incorporerait les meilleurs dispositifs des armées de la Suisse et de l’Israël.  La civilisation humaine pourrait en obtenir sa sécurité stratégique décisive.  Enfin, la paix globale ! 

Une formation obligatoire au lycée soulignerait le dur métier et le savoir-faire champêtre de l’infanterie légère.   Ces unités de milice ne seraient plus dotées de véhicules, d’artillerie, de blindés et d’appareils d'aviation organique ; pourtant seraient-elles bien dotées d'armes automatiques, antichars et anti-aériennes servies par des équipages en nid creuse.  Des positions préparées pointilleront les approches de chaque communauté.  Durant des périodes de ravage, ces communautés pourraient entièrement se mobiliser dans une demi-journée. 

Ce schéma de milice réclamerait les mêmes dispositifs de protection civile couramment installés en Suisse.   Les garnisons locales de milice offriront à un agresseur mécanisé très peu de cibles de grande valeur, une multitude de cibles également dangereuses et de basse signature, de l’immunité logistique relative et d'énormes profondeurs défensives contre l'assaut, le bombardement et l’occupation.

Pendant l'opération « Orage du Désert » la puissance aérienne a prévalu contre des cibles conventionnelles, en raison de la proéminence et de la vulnérabilité relative des forces moto/mécanisées sur un terrain désertique, et aussi de leurs réseaux fragiles de commande et de logistique.  Aucune de ces faiblesses ne préoccuperait une milice mondiale : omniprésente, statique, positionnée d’avance et pratiquement autosuffisante, dont les membres défendraient leurs demeures et leurs familles de façon fanatique et dissuasive.

Mettons de côté, pour un moment, la politique en dysfonction de la Yougoslavie.  Tito organisa ses forces nuisibles afin d’interrompre des invasions provenant de n'importe quelle direction mais bornées aux routes.  Pendant des décennies, son agencement retint les agresseurs étrangers, quelles qu’étaient leurs forces et provenance.  Cet arrangement a mal tournée en Yougoslavie.  Quelques minorités ethniques ont monopolisé l’accès aux armes et d'autres ont été désarmées. 

Aucune minorité ne demeurerait désarmée chez les Apprentis.  La cour du monde verrait de près que chaque minorité fut également capable de se défendre et qu’aucun groupe « de  civiles innocents » ne fut rendu sans armes aux forces mieux armées du chaosisme—comme voici notre cas quotidien.  Nous serions capables d’interdire cette éventualité de par le monde, et en mesure de la prévenir au cas où elle s’embraserait, sinon de débourser de quoi l’éteindre.

Dans les meilleurs cas, ces dispositifs défensifs décourageraient des forces d'agresseurs locaux, tandis que leurs préparatifs préliminaires attireraient des investigateurs de la cour du monde.  Ceux-ci arrêteraient les chefs locaux de bande avant qu’ils ne puissent entamer leur combat organisé. 

La cour du monde ne parviendrait parfois à interdire l'agression criminelle durant son étape de conspiration.  Dans ce cas, la doctrine de milice permettrait la passe des éléments combattants des forces bandits, et leur maîtrise provisoire du terrain si inévitable.  Ensuite, des attaques locales de guérillero tomberaient sur les éléments de logistique, de commande et d’appui tactique de cette force agresseur.  Le gagne-pain militaire deviendrait trop coûteux pour n'importe quel Hitler futur avec son armée au cru.

Au Vietnam, des milliers de fantassins mécanisés ont garé leurs véhicules blindés autour du village de Chu Chi et y ont apparemment déraciné toutes les fortifications souterraines, dans une frénésie de mutilation et destruction.  Ensuite sont-ils partis, pour n’avoir qu’à répéter cette procédure bientôt de suite.  Les batailles de Groznyï I, II, III et cetera ont enseigné la même douloureuse leçon à l'armée russe.  Ainsi de même, à Faluja en Irak pour les troupes Américaines.

La pensée militaire de routine exige au moins deux générations de leçons pénibles, avant que celles-ci ne la pénètrent et permettent ainsi de l’innovation radicale dans ses doctrines de base.  Les dirigeants militaires ont tendance entre-temps à réaliser exactement l’opposé du nécessaire et d’en souffrir les pertes, les défaites et le déshonneur conséquents.

À moins d’une extermination totale, des fortifications de forte main-d’œuvre, des forteresses spacieuses localisées dans la forêt, dans le désert et en montagne, et de durs et denses paysages urbains, équipés par des personnes locales et résolues, peuvent frustrer n'importe quelle quantité onéreuse de puissance du feu.  La ville, c’est une énorme unité de chars garés, qui protége les combattants au dedans quoique immobile. 

En tant qu'agresseur mécanisé, il n'y a pas grand-chose que l’on puisse faire.  On peut cerner cette ville avec ses propres troupes dénombrant au moins trois fois le nombre des rebelles (sinon l’occuper en bénéficiant d’au moins dix fois plus, à l’encontre d’une guérilla bien organisée.)  On peut tenter de les éteindre par la faim, le froid et le manque de renforts ; sinon les écraser en appliquant de la puissance pure de feu, bloc par bloc de rues.  On peut tuer une proportion impardonnable de civils innocents, recruter leurs survivants outragés dans la prochaine vague de ses ennemis, obtenir qu’un bon nombre de ses propres gens soient tuées, puis perdre son cas dans la cour mondiale de l'opinion publique. 

Cette leçon fut autant un hommage à l’héroïsme des Vietnamiens, des Chéchènnes et d'autres innombrables, qu’à leurs tactiques.  Les Serbes ont employé des tactiques semblables afin d’étourdir la puissance aérienne alliée pendant la campagne de Kosovo en 1999 : ils ont éjecté l'habitant local de sa demeure et l'ont occupé avec leur propre matériel de guerre.  À moins de faire sauter toutes les maisons vides, les Alliés n’ont rien pu trouver sur quoi tirer.  De même en Irak, les partisans shadiques de Saddam Hussein ont adopté les mêmes tactiques et bafoué l’occupation américaine.  Ces impasses confirment un tel résultat. 

Aucune différence combien décadent nous deviendrons dans l'avenir, le héroïsme militaire demeurera constant parmi les êtres humains, quelles que soient leur provenance, richesse, religion et idéologie.  La vaillance guerrière nous est commune et innée.   Les défaites en Afghanistan et en Chéchènnie ont enseigné la même leçon aux chauvins russes ; celles au Vietnam et en Somalie, à leurs pairs américains.  Les hoplites d'Alexandre et les Mongols de Gengis Khan, autrement imbattables, ont appris la même leçon—souvent de la part de ces mêmes peuples.

 

Il y a une contradiction cruciale entre la guerre conventionnelle et celle des partisans et des guérilleros, prétendue de basse intensité. 

Dans cette première catégorie, les généraux, des deux côtés, recueillent de vastes requis matériels et le maximum de ressources personnelles (cette expression n’étant applicable sans connotation sordide que par la mentalité d’armes) et les focalisent sur une certaine localité et portion de temps, afin de contester leur demande de victoire par du meurtre organisé.  Ces procédés : recueillir la logistique militaire requise et former autant d'hommes que possible afin qu’ils fonctionnent efficacement sous un commandement unifié, elles sont laborieuses et prennent beaucoup de temps.  Donc, de longues intervalles se passent durant lesquelles les deux côtés rassemblent leurs forces en isolement relatif l'un de l'autre, interrompues par des intervalles plus courtes durant lesquelles ils exerceront leurs marionnettes militaires en combat proche. 

Selon Clausewitz, cette période de conflit expansif doit être d’une intensité maximale afin de la conclure aussi rapidement et décisivement que possible.  En termes militaires, cela s'appelle « établir le contact avec l'ennemi  et le maintenir » : un peu comme de poser sa main dans les braises d’un feu afin de l'éteindre. 

La deuxième catégorie comprend le rassemblement des factions sous une gérance locale – habituellement celle traditionnelle sinon choisie démocratiquement – en opposition violente de leurs voisins soutenus par une autorité éloignée (soit une tyrannie siégée dans la capitale régionale, soit un envahisseur étranger.)  Le contact militaire et sa friction destructive sont incessants entre ces groupes. 

Le comptant des pertes et des destructions, pendant un intervalle spécifique de guérilla, peut être moins que celui accru pendant des batailles organisées comme décrites ci-dessus.  Cependant, puisque cette usure est continue et cumulative, l’ultime évaluation de ces pertes et dommages s’additionne souvent supérieure à celle d’une succession de batailles d'apogée.  Des zones entières peuvent être stérilisées par ces combats de guérillero, tandis que ces mêmes zones pourraient récupérer plus rapidement d'un tsunami momentané de troupes régulières.  La proportion des pertes civiles pendant une guérilla est plus forte, d’habitude, que celle dans des batailles rangées, puisque beaucoup de civils trouveront l’opportunité de fuir de tels combats, tandis que la guérilla est d’habitude de lieu et de temps beaucoup plus étendus.  Aussi, d’habitude, aucun des deux cotés d’un combat régulier n’aura envi d’abaisser la discipline et le moral de ses troupes, en s’encombrant de civiles – il serait plus facile de leur chasser du terrain – tandis que les deux cotés d’une guérilla peuvent considérer (à tort, bien sur : voir en bas) les civiles locaux comme des otages sacrificatoires.  L'intensité du combat de partisan ne peut donc être considérée basse que pendant un bref délai, elle doit se rendre encore plus élevée pendant une longue durée.  La guerre de basse intensité est donc un autre mensonge fabriqué de toutes pièces par la mentalité d’armes, afin de la rendre plus acceptable. 

Le contact est maintenu entre des armées conventionnelles par leur cavalerie, leur infanterie légère et leurs sous unités irrégulières, et aussi par des espions civils favorisant un côté ou l'autre.  Ces escarmouches continues, entre des unités d'élite, sont rarement décrites dans l’histoire militaire standard dont les auteurs s’intéressent davantage dans les manoeuvres à grande échelle et mieux documentées des unités de l'armée régulière.  Quoique le succès ou l'échec de telles escarmouches induit habituellement le succès ou l'échec correspondant quant aux armées régulières, indépendamment d'autres préposés tels que nombres crus sinon une supériorité relative dans l'équipement et l’entraînement.  Après tout, ce n’est qu’en soutenant ce contact que de l'information essentielle peut être recueillie : une connaissance approfondie des forces et des faiblesses de l'ennemi, de ses dispositifs et puis de ses plans et intentions.  Cette information est essentielle ; sans elle, la défaite est presque garantie.  La probabilité est : si vous perdez cette guerre d'information du bas niveau, vous perdrez, tôt ou tard, la guerre conventionnelle.

La première guerre mondiale, quelques guerres avant et la plupart depuis ont différé de celles antérieures du fait que les forces régulières, des deux côtés, se sont rendues responsables autant de la bataille conventionnelle que de cette guerre de basse intensité.  Par exemple, des batailles conventionnelles peuvent être aperçues durant les offensives principales de la PGM, quand des dizaines de milliers de morts et des kilotonnes des munitions furent consumés dans quelques jours.  En attendant, la guerre « de bas niveau » s'est produite lorsque chaque petite unité (chaque bataillon de 500 hommes) dut perdre un, deux ou une poignée d’hommes presque chaque jour durant leur séjour sur la ligne du front. 

Pendant la plupart des guerres civiles contemporaines, des armées régulières entières sont construites des deux côtés à partir de presque zéro. Chacun développe son propre gouvernement central, sa base d'impôts, son foyer géographique et ses unités militaires régulières, afin d’entamer la confrontation ouverte d’une guerre conventionnelle.  La prétendue guerre de bas niveau, ce n’est que l'étape initiale en voie de développement de cet ultime résultat. 

L’organisation rebelle retient un avantage automatique de maison, à l’encontre d’un pouvoir éloigné, de son armée régulière et de ses adhérents locaux.  Ceux-ci s’identifient avec elle et la fournissent d’appuis de logistique, d’information sur l'ennemi et de renforts.  La puissance étrangère et le gouvernement régional, retenant une longue histoire d'abus contre les gens du pays, ont un inconvénient évident.  Une fois, toutefois, que ces avantages et inconvénients seraient répartis, les combattants des deux côtés feront face au même paradoxe décrit ci-dessous, ils réussiront ou échoueront selon qu’ils le manipulent. 

Étant donné ce déséquilibre, la guerre de « basse intensité » retient une distinction principale par rapport à la guerre conventionnelle.  Ceux qui ont jadis ignoré cette distinction, ont perdu le combat de « basse intensité » et très souvent la guerre conventionnelle que soutint cette escarmouche.

Dans la guerre conventionnelle, marquer un compte supérieur de cadavres ennemis et occuper son terrain avec succès, (par exemple, sa capitale et ses centres industriels et d'extraction de ressources) dicte, en grande partie, le succès militaire, indépendamment du souhait des civils locaux.  Les pertes parmi ces civils peuvent être ignorées ou empirées, selon la doctrine de Clausewitz ; ils se mettront bientôt en ligne de toute façon, une fois que leur armée sera écrasée.

Tandis que, dans la guerre dite de « basse intensité » le côté perdra qui contrarie le plus grand segment de la population indigène, ceci indépendamment du compte des cadavres et du terrain occupé avec succès.  Le plus que se haussera ce compte de corps parmi la populace, le plus grandira l'avantage du côté qui le réduit au minimum, et le plus d'inconvénients du côté qui terrorise de nombreux civils et contrarie ainsi leurs survivants.

Pendant une guérilla, le général en charge doit être encore plus sévère envers ses propres troupes qu’envers l'ennemi.  Il doit les discipliner tant cruellement qu'elles augmenteront leurs propres pertes afin de réduire au minimum les pertes civiles.  Autant qu’il vous soit possible, les transactions économiques, entre vos combattants et la population civile, doivent être volontaires et entièrement compensées, vos combattants doivent être punis pour chaque crime contre les civils locaux, et encore plus de vos ressources doivent être dépensées dans la reconstruction et les affaires civiles, que dans des destructions militaires.  Le plutôt durant le combat que vous imposerez ces conditions, le plus probable sera votre succès.

L'armée américaine a ignoré cette condition pendant sa deuxième guerre en Irak.  Elle a mis beaucoup plus d'effort dans la défaite de l'armée irakienne et de ses apanages irréguliers, que dans la reconstruction de la société et des infrastructures irakiennes.  À présent, nous payons cette erreur avec des conflits supplémentaires sans fin. 

L'ordre et la loi doivent être reconstitués, quoique presque tous, provenant des deux côtés, retiennent le moyen de les neutraliser ; et les droits de propriété doivent être protégées quoique les civils locaux soient incapables de se protéger.  Il est toujours plus facile, pour des hommes voraces et armés, de tuer des civils locaux et de leur voler, que de combattre une guérilla mieux armée et d’autant plus pauvre en ressources.

Cette discipline militaire, exigée pour réussir une guerre du maquis, elle est beaucoup plus féroce et difficile à imposer que celle exigée par une guerre conventionnelle.  De massives campagnes idéologiques, d'éducation et de propagande, que les armées de brousse telles que l'Armée Rouge de Mao ont dû s’inculquer, n'étaient pas nécessaires pour combattre l'ennemi.  Les troupes de l'Armée Rouge étaient entièrement disposées à combattre l'ennemi, sans elles.  Elles étaient nécessaires afin d’empêcher à cette Armée Rouge de détruire au canon du fusil sa base de population civile. 

Une armée d'occupation étrangère est confrontée par un encore plus grand défi, en empêchant ses troupes et ses partisans locaux d’optimiser leurs besoins de sécurité et de sustentation aux dépens des civils indigènes.  Ce défi peut être insurmontable à la longue.  La puissance étrangère ne peut garantir son succès militaire dans le moins distant qu’en promettant qu'elle se retirera aussitôt que possible et permettra aux gens du pays de rétablir leur autonomie.  Une telle promesse de recul militaire serait un aveu de défaite totale pendant une guerre conventionnelle. Pourtant, voici la clef de la victoire pendant une guerre maquisarde.

Les généraux conventionnels n'ont jamais saisi cette idée. Ils préfèrent les conditions de la guerre conventionnelle : la simple demande que nos pertes soient réduites au minimum et que celles de l’opposant soient coûte que coûte maximisées.  L'adhérence à cette formule standard garantit en pratique l'échec et la défaite pendant un guérillero ; l'adhérence à son opposé, bien que paradoxale et extrêmement difficile, en prévoit le succès.  N'importe quel côté, guérillero ou conventionnel, qui tue, vole et terrorise le plus grand nombre parmi la population civile : ce côté perdra cette guerre à la longue.  L'autre côté, n'importe combien plus faible militairement et déconfit à court terme, gagnera faute de le faire. 

De façon doublement paradoxale, bien que les rebelles natifs puissent tuer plus de civils natifs, s’ils parviennent à remettre la responsabilité de ces meurtres à l’occupant étranger et à son manque ou faute de vouloir les contrôler, celui-ci perdra la lutte.  La police de ces meurtres doit coûte que coûte devenir la priorité absolue de cet occupant ; celui-ci doit honnêtement intégrer l’entièreté des forces natives de paix avec son administration et leur étendre la souveraineté et le plein appuis, sinon se rendre à la défaite et au retrait stratégique.  Ce qui nécessiterait une administration aussi amante des locaux et de leur point de vue, que loyale à l’occupant – comme Lawrence d’Arabie – puis entièrement responsable pour l’administration locale.  Le plutôt celle-ci serait réalisée, les moins d’interventions de la part d’étrangers doctrinaires et ignorants du pays, de sa langue et de ses traditions natales, le moins sera-t-elle difficile.  Aucun compromis tactique ni  intervention idéologique ni délai stratégique ne serait permissible.

Voici d’autres doctrines d’Apprentis que les généraux conventionnels et leurs chefs civils doivent apprendre à partir de zéro.

 

 

ENSUITE      TABLE DES MATIÈRES      ANTÉCÉDENT

 

APPRENTIS: De la terre en armes au monde en paix

 

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