- NOS COÛTS -

ENGLISH VERSION

SOMMAIRE D’APPRENTIS      INTRO ET VOCABULAIRE

 

Nous devons confronter la question des coûts – si seulement momentanément et avec pleine précaution – étant donné la misère que nous avons endurée en nous familiarisant trop d’une pénurie imaginaire.  Depuis des millénaires, nous n'avons jamais trouvé suffisante richesse pour investir en une abondance garantie.  Nous avons au lieu gémi des dépenses directes de la paix et nous sommes roulés en les renonçant.  Simultanément, nous avons sous-estimé les entorses d’énormes coûts d’armes, tout en nous ruinant afin de les honorer.

Tout le monde paiera fort chère cette transformation.  Par nécessité, les pays les plus riches seront appelés aux premières mises et celles les plus importantes.  Comme d'habitude, des conspirateurs d'avidité contrecarreront la transformation d'Apprentis avec des mythes de pénurie fictive, bien qu'ils soient, comme d'habitude, inondés de liquidité capitale cherchant sans jamais le trouver son captage le plus attrayant, faute de guerre totale.

Quel autre choix nous reste-t-il ?  Notre tout est en jeu.  Nous pourrions endurer encore des décennies de désastre écologique, d’épuisement du pétrole et du fascisme global d’états-nations se concurrençant pour les restes ; sinon capituler cet après-midi même à l’annihilation : les victimes d’un quelconque paroxysme militaire, imprévisible par nous quoique ingénié très soigneusement par d’autres. 

Toute transformation concertée que nous choisirions, des armes à la paix, nous promet un futur inattendu d’étonnantes élégance et abondance.

Depuis des décennies, nos éconologiciens ont défendu des modèles économiques du coté de l'offre contre ceux du côté de la demande.  Ils ont toutefois ignoré l’évident conflit entre la production d’armes et les demandes paisibles.

Les systèmes économiques d’armes encouragent des dépenses folles de consommation.  Elles ne peuvent équilibrer, en temps de paix, les potentialités de la production militaire industrielle avec la demande actuelle des consommateurs.  Ce déséquilibre perpétue une trépidation chaotique d'instabilité économique qui engendre d’abrupts périodes de croissance « boom » et de faillite « crash. » 

Les économies d’armes sont singulièrement capables de produire d’énormes « surplus » : de gens disponibles, de provisions et de matériel militaire fort coûteux mais improductif, et d’ainsi répondre à la pléthore de demandes du champ de bataille.  Elles doivent presque instantanément produire des QUANTITÉS massives de conscrits autrement désœuvrés et d’armes ne rendant aucun profit.  Pour cette seule raison, elles doivent subventionner le surpeuplement et la croissance de complexes militaro-industriels d’obsolescence garantie, de nocivité sociale et de toxicité environnementale. 

Un système économique paisible accentuerait la QUALITÉ de la vie ; il pourrait indéfiniment soutenir une entreprise raisonnable, en équilibrant de façon astucieuse les offres de la paix et ses demandes.  Il offrirait une modeste prospérité comprenant des vallées et sommets économiques rares et aplatis.  Il ne pourrait pas fournir l’énorme croissance industrielle que réclament les hordes armées quand la guerre menace d’éclater.  Pourtant, cette même économie serait beaucoup plus stable en temps de paix.  Dans des circonstances d'augmentation au ralenti ou nulle, elle serait capable d’éviter la saturation des marchés.  Dans l’absence d’exigences économiques d’armes, d’excès ou de faillite, ce boum, krach, boum se transformerait en un bruit sourd calmant.

Servons-nous d’une analogie d’automobile.  Les économies d’armes réagissent en temps de paix comme la ferait une voiture de Formule 1, dont le moteur s’étranglerait à cause de sa vitesse limitée durant des journées entières à cinq kilomètres à l’heure.  Elle se calerait, polluerait et exigerait beaucoup plus d'entretien.  Vaudrait mieux se balader à pied.  Quant aux voitures compactes de paix, elles seraient beaucoup plus économes, ronronnant à leur vitesse de croisière en temps de paix, souffrant d’usure minime et tirant profit de leur consommation réduite de combustible.  Mais ne nous attendons pas à ce qu’elles rendent une soudaine pétarade de vitesse durant des urgences de guerre.

Ce qui advient aux économies civiles en temps de paix n'est d’aucun intérêt aux directeurs d’armes, pourvu qu’ils puissent les démolir aussi instantanément que des meubles de théâtre et les remplacer par des chaînes d'usines d’armes.  Pour tout ce qu’ils s’en soucient, l'économie du monde entier pourrait s'écrouler durant la paix (ainsi que durant la grande dépression.)  Cette chute subite ne réussirait qu’à augmenter le nombre d'usines abandonnées et parées pour conversion immédiate aux productions de la guerre, et empirer le désespoir de recrues militaires au chômage et de leurs parents accablés qui se rendent en collaborateurs bien apprêtés à la prochaine guerre, en échange d'une bonne paire de godasses, d’une planche sèche où dormir et de trois repas chauds par jour.

Des sacrifices substantiels pourront nous être sollicités afin de créer le monde en paix.  Ce que nous estimons le plus, pourtant, ne peut jamais nous être soustrait.  La liberté de choisir, l’irrésistible besoin d’apprendre, la bonne volonté et le sens de l'humour : ceux-ci resteraient intacts sans exception.  Le monde paisible ne pourrait que les rehausser. 

Dans Faisant face à l’extrême : La vie morale dans les camps de concentration, (Henry Holt and Company, New York, 1996), Tzvetan Todorov décrit de rares vertus comme l’héroïsme et la sainteté ; il les contraste aux habitudes mondaines de survie : par exemple, conserver sa dignité personnelle, aimer ses proches (à l’inverse d’une charité générale) et cultiver la vie d'esprit en dépit de conditions atroces.

Les détenus les plus saints des camps de concentration ont dû s’éteindre en premiers, profitant peut-être d’une plus grande miséricorde.  Peu importe combien rapidement les meilleurs d’entre eux ont dû mourir, ces camps ne pouvaient supprimer l’instinct fondamental de survie des rescapés.  Aucune adversité future n’en sera capable, sans nous annihiler. 

Si notre premier penchant était au mal, si la mentalité d’armes pût s'assouvir sans contrôles, nos ancêtres n'auraient laissé aucune progéniture et nous ne serions pas là pour en discuter.  Que nous survivions du tout, à présent, confirme le fait que nous sommes des kalotropes attirés au bien, ainsi que les plantes sont des phototrophes attirés au soleil.

Durant l'idéalisme de la jeunesse, beaucoup d’âmes ardentes se sont consacrées au bien-être commun.  La mentalité d’armes réalise de son pire afin de déraciner cet idéalisme.  Nos institutions n’ont qu’à être réalignées vers la paix pour que ces idéaux se rendent en normes communes.  Tôt ou tard, les pires de nos contradictions sociales s'évaporeront dans l’air fraîche de la paix et sa lumière du jour.

Chaque élite d'info gère, avec le consentement de son prolétariat, son propre assortiment de politiques d’armes et de paix.  Nous cheminons la ligne fine entre les contraintes d’armes et la décadence paisible ; cela par reflex, fondant nos décisions sur des constellations de métaphores politiques déformées par la menace.  Ces décisions peuvent favoriser une paix éthique sinon n’importe quelle ordure que nos élites choisiraient de rendre au public, dans la gérance de leurs technologies toxiques et intoxicantes d’armes. 

L'élite optant pour « la paix définitive » s’affranchira de la corvée de rationner les informations.  En ce faisant, elle atteindra l’apogée de l’excellence directoriale.  Aucun autre sommet de régie terrestre n’existe.  Il ne peut pas être atteint par un régime d'armes qui se rationne des informations et répand au lieu de la mésinformation et désinformation.

La transition orthodoxe, d’une paix marginale à la guerre totale, induit un changement d’attitude qui diverge de la frugalité vers l’extravagance.  Dès que le meurtre en masse prend première priorité, les soins de rentabilité et de retenue fiscale s’échappent par la fenêtre.  Des buts sont établis, des nouvelles priorités redéfinies et des plans neufs accomplis.  Qu'ils aillent se pendre, les parcimonieux !  Des nouveaux règlements sont mis en vigueur de façon rigide ; il importe moins quels orteils très importants soient piétinés.  Durant la longueur d'une nuit, des institutions décrépites se figent aux buts d’armes—sinon sont balancées de côté sans regret.  Pendant la première guerre mondiale, la société edwardienne s'est complètement détruite en Angleterre, ainsi que d’autres semblables au monde.  Des millions de conscrits ont dédié leur vie aux exigences d’armes et ont sacrifié leur tout : ce tout pour très peu sinon manque totale de raison apparente.

Afin de réaliser une paix durable, nous devons mobiliser le potentiel intégral de guerre sur cette planète.  Les problèmes de paix méritent la même obstination d'esprit et mépris d’obstacles que la gestion d’armes se revendique automatiquement.  Jadis, ce n’étaient que les priorités d’armes qui bénéficiaient de telles techniques de résolution.  Quand des élites d'info ont cru que la ruine militaire menaçait leurs enfants, elles ont largué les moindres priorités et répondu aux demandes d'armes à tout prix.  Aujourd'hui, tous les enfants sont en risque.  La paix mondiale, celle seule capable de les sauver, devrait bénéficier de pareils enthousiasme populaire et conscription en masse. 

La transformation d’Apprentis débutera par petits surcroîts de compréhension renouvelée et de comportement révisé ; elle culminera dans un débordement de réformes sociales guidées par un consensus irrésistible.

À travers l’histoire, l'humanité a conçu sa richesse « en surplus » comme de la houille à être pelletée dans la flamme perpétuelle de la guerre.  Les Apprentis la concevront comme une récolte à être moissonnée au devant précis du prochain paroxysme.  Comme des fermiers frénétiques, nous rentrerons les dernières gerbes tandis que grondent les premiers tonnerres de l’orage imminent.  Ensuite célébrerons-nous un long festival de récolte (comme la Succoth des juifs commémorant leur délivrance des mains du pharaon), repliés bien au sec sous la toiture étanche du monde paisible.

Tout le monde obéira à son intérêt rationnel : le contraire précis du dévouement sacrificatoire en temps de guerre.  Une fois que nous accepterons la suprématie de l'intérêt éclairé, toutes les polémiques contre la paix au monde pour des raisons de coût se rendront absurdes.  La célébration au lieu du sacrifice et des frais paisibles au lieu de la pénurie militaire. 

Les technologies paisibles peuvent produire une richesse incontestable ; la technologie d’armes ne produit que des dépenses en aval et des mutilations secondaires.  Les réseaux d'Apprentis promettent une richesse vérifiable surpassant tous les investissements antérieurs et des solutions aux problèmes trouvés insolubles par nos modes courantes de penser. 

 

À leur étape d’origine, les réseaux d’Apprentis seront extrêmement vulnérables.  Une population bouillonnante de mentalité d’armes devra défier les ultimes appels de leurs anciennes élites tenant à les précipiter en Armagédon.  Certains assez nombreux, rendus fous furieux par leur endoctrinement d’armes, ne seront nécessairement capables de résister à ces dernières tentations de s’entre mutiler.  Les réseaux d’Apprentis exigeront des traits raffinés de défense et de diagnostique comprenant des redondances et subdivisions triples et des protections encastrées contre les virus d'ordinateur, la pulsation électromagnétique nucléaire, le vandalisme, la violence de bande, l’altération criminelle et le sabotage.

Les Apprentis devront exercer une retenue tolérante mais immuable entre la libéralité et la sécurité.  Une libéralité prématurée fera renaître le chaos dans des sociétés détrempées de la mentalité d’armes ; des mesures rigides de police seront d’autant inacceptables.  Celles que les mauviettes favorisent afin de dominer les prolétariens et que les prismes favorisent afin de subvertir leurs proto élites, devront être révisées sinon entièrement larguées.  Voir Intro et Vocabulaire (pourvu que tu ne l’ais pas encore lu) afin de clarifier ces expressions.

La gestion d'Apprentis doit être à l’épreuve d’erreur, dès le début.  Toute série prolongée d’échecs n’obtiendra de deuxième opportunité.

Le long de l’histoire, des individus obsédés ont inventé de nouvelles technologies paisibles sans appui officiel.  D’ordinaire, les élites d'info ont ignoré ces inventeurs et leurs projets favoris.  S’ils soupçonnaient que ces inventions pussent déstabiliser leur statu quo, ils les ruinèrent sans hésitation.

On ne trouvera pas d’Apprentis doués, en leur appliquant des examens standardisés ni en harcelant des enfants à travers des courses d’obstacles académiques ni en promouvant les rares survivants d'enfers d'examen (le modèle japonais.)  Le plus de contraintes que l’on impose sur ces individus, le plus rapidement qu’ils disparaîtront de nos écrans de radar.  Ils trouvent leurs intérêts beaucoup plus « sexy » que les récompenses vides de l'orthodoxie bureaucratique, de l’avidité d'entreprise et de la mentalité grégaire des dissidents futiles.  Hypersensibles aux affectations favorisant la forme par-dessus le contenu, ils s’imposent des demandes stratosphériques, tant à eux-mêmes qu’à leur création ; ils dédaignent les instincts de troupeau de l’acceptabilité universitaire et de la connivence corporative.

Ces jours-ci, les meilleurs Apprentis sont des amateurs doués et obsédés, éparpillés parmi des grandes populations d'info prolétariens.  Une fois qu’ils disposent d'assez de temps de loisir et de revenu discrétionnaire, ils se mettent à étudier leur obsession (leur sujet de passion), souvent aux dépens d’une vie que d’autres considéreraient normale.  Par sujet de passion, j’entends celui pour lequel ils consacreraient volontiers dix milles heures à son perfectionnement (environ vingt heures la semaine pendant cinquante semaines par année pour dix ans.)    Ensuite nécessitent-ils une élite d'info assez dingue pour accepter leurs découvertes, les coordonner et les diffuser. 

D’habitude, les chansons qu'ils composent se font taire en faveur de platitudes trépignées, les jeux qu’ils inventent sont interdits au profit de carences homogénéisantes, et les jouets exquis qu’ils produisent se font remplacer par des rebuts redondants.  Les sociétés de statu quo promeuvent des mandarins poinçonneurs qui se délirent à faire taire les Apprentis ; elles abandonnent beaucoup de percées technologiques, rien que pour les voir reparaître une fois que les circonstances se rendent à nouveau idéales.  Cette usure sournoise de technologies paisibles doit prendre fin.  Le dialogue de l’humanité doit être minutieusement réglé avec ses systèmes de gestion d'énergie et l'environnement naturel.  Les énormes énergies destructrices, accumulées jadis, devraient être adaptées à un Apprentissage constructif.

Les milliards d'enfants affamés constituent, ces jours-ci, l’ultime source mondiale de génie inexploité.  Je ne préconise pas leur alimentation par altruisme désintéressé, bien que cela puisse aussi bien être atteint.  J'en insiste parce que leurs gènes ont survécu des siècles de privation mortelle.  En tant que survivants de cette hécatombe, ils doivent inclure le plus grand nombre d’Apprentis prodiges, une fois que nous les soignerons correctement.  De façon typiquement humaine, ces gens sont celles dont nous ayons le plus grand besoin mais que nous entretenons le pire.

Entre temps, des milliards de médiocres lisses font tourner les portes en rond de nombreuses bureaucraties sinon inutiles, ouvertement démolisseuses.  Manquant suffisance dans les arts de l’amour, de l’empathie et de la libéralité, ces personnages de moralité amputée sont aussi pertinents aujourd'hui que leurs antécédents des grandes universités l’étaient au moyen age européen. 

Il y a en effet des ressemblances remarquables entre les intervalles les plus sombres du moyen age, le siècle qui vient de se terminer et celui qui débute.

Une aristocratie militariste et un clergé d'entreprise ont jonglé du personnel, de l’argent et des paperasseries durant ces deux époques.  Les deux ont autant compté sur des élites monolithiques : leurs clergés et nobles fragmentés, nos bureaucrates d'entreprise, de science et de politique.  Toutes deux ont paupérisé le prolétariat d'info ; ont construit, afin d'immortaliser le vide de leurs rêves, des gratte-ciel phalliques d’utilité dérisoire jaillissant d’un terroir misérable et puant du mauvais quartier.  Toutes deux ont été responsables de grosses gaffes – autant en santé publique qu’en écologie – remarquablement inférieures à ce qu'ils auraient pu accomplir s'ils avaient payé la moindre attention aux matières importantes.  Toutes deux se sont pourvus de langues exotiques afin d'aliéner leurs prolétariats d’info : leur latin et nos mathématiques.  Les deux ont validé leur mentalité d’armes avec des mythes piteux d’armes.

Les deux époques culturelles se sont fondées sur des fantasmes sociaux.  Le leur fut la religion bureaucratique ; le nôtre, la technologie bureaucratique.  Toutes deux ont fait confiance en dogmes aussi incohérents et paumés qu’incontestables.  Elles se sont écartés de valides questions sociales et spirituelles, au moyen de leurs institutions de fausse foi ; nous retenons nos médias de divertissement d'entreprise : diversions aussi séduisantes que divorcées de la réalité.  Elle jouissaient de la sorcellerie : des milliers de vieilles dames excentriques furent embrasées en tant que lampistes pour des maux auxquels leurs élites s'étaient évidemment engagées.  Nous avons nos guerres contre les drogués, celles contre les terrorisés et les tourments les plus sophistiqués que peuvent imaginer nos régimes policiers et empires d’incarcération.

Toutes deux ont traîné leurs gens à travers des guerres complexes, coûteuses et dégoûtantes.  Ni l’un ni l’autre n’ont su éviter la guerre globale.  La bagarre d'intensité maximale fut coutumière aux deux époques ; peu importe si elle fut intercontinentale ou localisée au village.  Le conflit armé a dominé leurs deux visions du monde : le leur, entre musulman et chrétien ; le nôtre, entre communiste et capitaliste.  Durant les deux époques, des fanatiques chrétiens et musulmans ont renouvelé leurs appels aux croisades et jihad en poursuite de leur solde de soldat. 

Éventuellement, cette bagarre devra s’assortir entre les riches et leurs victimes, sinon les citadins progressistes à l’encontre d’occupants ruraux et réactionnaires (comme se range la politique actuelle aux USA.)  Le conflit global s’est récemment métamorphosé, entre le Nord riche et le Sud appauvri mais capable d’une énorme productivité supplémentaire. 

A vrai dire, ce Nord ressemble au Boulevard des Ambassades à Mogadiscio pendant une mauvaise journée. L’Occident industriel (incluant le Japon et les petits tigres d'Asie), voici les quartiers les plus privilégiés, les plus puissants et les mieux armés d’une planète en ruines.

Après tout, notre bande de rue (politiciens, bureaucrates paramilitaires et paraciviles et leurs partisans) parait moins misérable.  Nous faisons fantaisie qu’elle pourrait avoir quelque chose d’important à perdre.  Il est très tentant d’éterniser les clichés fades du Boulevard des Ambassades dans Mogadishu pendant une mauvaise journée.  Nous ne nous rendons plus compte que nous occuperions tant bien le Boulevard des Ambassades sur la planète Genève et y serions les plus magnifiques aussi facilement.  Nous renvoyons la fortune que tous pourraient acquérir par voie de transformation radicale.  Voir Mencius.

Des bandes de rue sont des bandes de rue et rien de plus ; elles embrasseront TOUJOURS l’hypocrisie, la criminalité et la tyrannie.  Nous pourrions nous plaindre de nos problèmes actuelles à notre gré et tenter de rendre un peu plus coquette notre bande de rue, jusqu’à ce que les vaches ne rentrent chez elles—nos résultats seront toujours les mêmes : pires que nous ne puissions imaginer. 

Le secret, c’est de transformer cette planète Mogadiscio en celle Genève, non notre bande de rue en une de retouchée, tandis que les restants demeurent les mêmes.  Il ne reste qu’une seule transformation à accomplir : remplacer le sacrifice des victimes qu’exige la mentalité d’armes, par la célébration d’Apprentis que souhaite la mentalité paisible.

 

Sous une gérance d’armes, la complexité économique et la densité de population multiplient l’inflation et la misère humaine.  Sous celle plutôt paisible, ces mêmes donnés multiplieraient l’abondance et la civilisation.  Allons voir en Hollande et au Japon, là où grouillent des densités combles de population que la paix ne fait qu’inspirer et embellir.

Prenons pour exemple la ville de Pittsburgh.  Il n’y avait pas si longtemps, cette ville fut célèbre pour ses usines bien affairées, ses habitants apparemment riches, et d’accablants problèmes écologiques et sociaux de surpopulation et de croissance industrielle.  D’appeler Pittsburgh une belle ville, s’aurait été une mauvaise plaisanterie.  Tout soudainement, sa base industrielle a implosée et un grand nombre de ses ouvriers, mis au chômage, ont du abandonner leur demeure.  Bientôt de suite, cette ville s’est rendue l’une des plus « attrayantes » aux États-Unis. 

Aussi illustré : de quelle mauvaise qualité et combien épuisées toutes nos villes se sont rendues en comparaison.  Nous sommes misérables parce que nous ne nous permettons pas d’être magnifiques.

 

Il se pourrait que l'espèce humaine attende son rejet, comme celui des paysans médiévaux qui n'ont pu améliorer leur sort avant qu’une moitié n’ait péri de la peste noire.  Les survivants ont tiré profit de ce triage massif, en offrant leur main d’œuvre raréfiée pour un salaire un peu plus adéquat et en partageant après le monde matériel de façon marginalement plus équitable.  La noblesse de naissance s’est rendue un peu moins importante quand tant de fentes se sont ouvertes dans sa direction. 

La meilleure évasion de la peste, c’est de s’enfouir au loin du grouillement des gens, pépère dans son château fort à la campagne, et de n’en plus sortir pour au moins six mois.  Consulter Boccace, l’écrivain survivant du Décameronet.  Encore qu’il y aurait des pertes dans les vagues d’infection à suivre fouinant des victimes additionnelles.  Si voici ton destin, mon ami, nul part ou te réfugier.

La rotation du personnel de la peste noire – et son bouleversement psychique – ont démarré la renaissance.

Nous attendons-nous au même sort, peut-être : nos descendants se rendront-ils les bénéficiers de notre disparition traumatique ?  Dieu sait, si le SIDA subit une mutation en aérosol infectieux – un peu du même chemin que prit la peste, de bubonique en pneumonique – même un optimiste délirant rairait la civilisation humaine au cours d’une petite décennie.  Voici la pneumopathie et la grippe aviaire et porcine qui prennent la relève, comme prévu.

 

Bientôt, la technologie des gènes recombinants mettra dans la portée facile de presque tous, les moyens de diffuser des épidémies mortelles.  N’importe quel psychopathe disposant d’une formation quelconque en biologie et d’accès à un laboratoire de lycée, sera capable de cuisiner des pandémies apprêtées à désemplir des continents entiers—et cela dans très peu de temps.  Remontons nos montres pour les années à suivre !  Une fois que démarrera ce cycle catastrophique, ni un professorat des grandes écoles ni une portefeuille des meilleures offres et actions aux bourses commerciales globales, n’offrira plus de protection qu'une vie passée dans l'examen minutieux de tas d’ordures. 

Dans ce cas, le texte d’APPRENTIS offre un plan de reconstruction globale—supposant que nos survivants abasourdis normalisent à jamais leur vie.

Les pontifes médiatiques d’aujourd’hui se répètent leurs appréhensions concernant une ruine imminente.  Que ce soit par la frappe d’une météore, des catastrophes environnementales ou des guerres aux technologies de pointe : tous nous menacent de désastres synergiques et multimodaux.  Ces alarmes pourraient-elles être des sous-produits de notre malveillance collective, punition astrale pour nos péchés … sinon l’issue malencontreuse de coïncidences aléatoires ?

Les histoires d'ovni abondent ; elles paraissent décrire des tentatives maladroites, de la part d’extraterrestres (sinon de terrestres depuis un temps distant ?), de moissonner des matières génétiques de cette biosphère planétaire avant qu'elle ne se ratatine et ne souffle en éclats.  Ces extraterrestres assistent-ils à un programme de divertissement ?  Ils semblent employer leur temps comme ces amateurs pêcheurs ennuyeux, aux émissions de télé.  « Attrapons puis relançons-les, attrapons puis relançons-les … » pour aucune raison apparente, sauf peut-être la satisfaction de leur ennui et curiosité.

Pourrait toute cette hystérie retenir une base factuelle ?  Si notre destiné ne doit être que l’extinction prévue sur programme, je te prie de contempler le texte d’APPRENTIS comme le divertissement privé que je l'ai projeté d'être.  Sinon, si notre destin est légèrement moins ridicule, je te prie de considérer la Section III d'APPRENTIS comme une liste de devoirs globaux trop longtemps négligés, réclamant l'attention immédiate de tous les Apprentis sur terre.

 

ENSUITE      TABLE DES MATIÈRES      ANTÉCÉDENT

 

APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

PAGE DES CONTACTS (sous développement)