SOMMAIRE D’APPRENTIS INTRO ET VOCABULAIRE
Nous devons confronter la question des coûts – si seulement
momentanément et avec pleine précaution – étant donné la misère que nous avons
endurée en nous familiarisant trop d’une pénurie imaginaire. Depuis des millénaires, nous n'avons jamais
trouvé suffisante richesse pour investir en une abondance garantie. Nous avons au lieu gémi des dépenses directes
de la paix et nous sommes roulés en les renonçant. Simultanément, nous avons sous-estimé les
entorses d’énormes coûts d’armes, tout en nous ruinant afin de les honorer.
Tout le monde paiera fort chère cette
transformation. Par nécessité, les pays
les plus riches seront appelés aux premières mises et celles les plus
importantes. Comme d'habitude, des
conspirateurs d'avidité contrecarreront la transformation d'Apprentis avec des
mythes de pénurie fictive, bien qu'ils soient, comme d'habitude, inondés de
liquidité capitale cherchant sans jamais le trouver son captage le plus
attrayant, faute de guerre totale.
Quel autre choix nous reste-t-il ? Notre tout est en jeu. Nous pourrions endurer encore des décennies
de désastre écologique, d’épuisement du pétrole et du fascisme global
d’états-nations se concurrençant pour les restes ; sinon capituler cet
après-midi même à l’annihilation : les victimes d’un quelconque paroxysme
militaire, imprévisible par nous quoique ingénié très soigneusement par
d’autres.
Toute transformation concertée que nous choisirions,
des armes à la paix, nous promet un futur inattendu d’étonnantes élégance et
abondance.
Depuis des décennies, nos éconologiciens ont défendu
des modèles économiques du coté de l'offre contre ceux du côté de la
demande. Ils ont toutefois ignoré
l’évident conflit entre la production d’armes et les demandes paisibles.
Les systèmes économiques d’armes encouragent des
dépenses folles de consommation. Elles
ne peuvent équilibrer, en temps de paix, les potentialités de la production
militaire industrielle avec la demande actuelle des consommateurs. Ce déséquilibre perpétue une trépidation
chaotique d'instabilité économique qui engendre d’abrupts périodes de croissance
« boom » et de faillite « crash. »
Les économies d’armes sont singulièrement capables
de produire d’énormes « surplus » : de gens disponibles, de
provisions et de matériel militaire fort coûteux mais improductif, et d’ainsi
répondre à la pléthore de demandes du champ de bataille. Elles doivent presque instantanément produire
des QUANTITÉS massives de conscrits autrement désœuvrés et d’armes ne rendant
aucun profit. Pour cette seule raison,
elles doivent subventionner le surpeuplement et la croissance de complexes
militaro-industriels d’obsolescence garantie, de nocivité sociale et de
toxicité environnementale.
Un système économique paisible accentuerait la
QUALITÉ de la vie ; il pourrait indéfiniment soutenir une entreprise
raisonnable, en équilibrant de façon astucieuse les offres de la paix et ses
demandes. Il offrirait une modeste
prospérité comprenant des vallées et sommets économiques rares et aplatis. Il ne pourrait pas fournir l’énorme
croissance industrielle que réclament les hordes armées quand la guerre menace
d’éclater. Pourtant, cette même économie
serait beaucoup plus stable en temps de paix.
Dans des circonstances d'augmentation au ralenti ou nulle, elle serait
capable d’éviter la saturation des marchés.
Dans l’absence d’exigences économiques d’armes, d’excès ou de faillite,
ce boum, krach, boum se transformerait en un bruit sourd calmant.
Servons-nous d’une analogie d’automobile. Les économies d’armes réagissent en temps de
paix comme la ferait une voiture de Formule 1, dont le moteur s’étranglerait à
cause de sa vitesse limitée durant des journées entières à cinq kilomètres à
l’heure. Elle se calerait, polluerait et
exigerait beaucoup plus d'entretien.
Vaudrait mieux se balader à pied.
Quant aux voitures compactes de paix, elles seraient beaucoup plus
économes, ronronnant à leur vitesse de croisière en temps de paix, souffrant
d’usure minime et tirant profit de leur consommation réduite de
combustible. Mais ne nous attendons pas
à ce qu’elles rendent une soudaine pétarade de vitesse durant des urgences de
guerre.
Ce qui advient aux économies civiles en temps de
paix n'est d’aucun intérêt aux directeurs d’armes, pourvu qu’ils puissent les
démolir aussi instantanément que des meubles de théâtre et les remplacer par
des chaînes d'usines d’armes. Pour tout
ce qu’ils s’en soucient, l'économie du monde entier pourrait s'écrouler durant
la paix (ainsi que durant la grande dépression.) Cette chute subite ne réussirait qu’à
augmenter le nombre d'usines abandonnées et parées pour conversion immédiate
aux productions de la guerre, et empirer le désespoir de recrues militaires au
chômage et de leurs parents accablés qui se rendent en collaborateurs bien
apprêtés à la prochaine guerre, en échange d'une bonne paire de godasses, d’une
planche sèche où dormir et de trois repas chauds par jour.
Des sacrifices substantiels pourront nous être
sollicités afin de créer le monde en paix.
Ce que nous estimons le plus, pourtant, ne peut jamais nous être
soustrait. La liberté de choisir, l’irrésistible
besoin d’apprendre, la bonne volonté et le sens de l'humour : ceux-ci
resteraient intacts sans exception. Le
monde paisible ne pourrait que les rehausser.
Dans Faisant face à l’extrême : La vie
morale dans les camps de concentration, (Henry Holt and Company, New York,
1996), Tzvetan Todorov décrit de rares vertus comme l’héroïsme et la
sainteté ; il les contraste aux habitudes mondaines de survie : par
exemple, conserver sa dignité personnelle, aimer ses proches (à l’inverse d’une
charité générale) et cultiver la vie d'esprit en dépit de conditions atroces.
Les détenus les plus saints des camps de
concentration ont dû s’éteindre en premiers, profitant peut-être d’une plus
grande miséricorde. Peu importe combien
rapidement les meilleurs d’entre eux ont dû mourir, ces camps ne pouvaient
supprimer l’instinct fondamental de survie des rescapés. Aucune adversité future n’en sera capable,
sans nous annihiler.
Si notre premier penchant était au mal, si la
mentalité d’armes pût s'assouvir sans contrôles, nos ancêtres n'auraient laissé
aucune progéniture et nous ne serions pas là pour en discuter. Que nous survivions du tout, à présent,
confirme le fait que nous sommes des kalotropes attirés au bien, ainsi
que les plantes sont des phototrophes attirés au soleil.
Durant l'idéalisme de la jeunesse, beaucoup d’âmes
ardentes se sont consacrées au bien-être commun. La mentalité d’armes réalise de son pire afin
de déraciner cet idéalisme. Nos
institutions n’ont qu’à être réalignées vers la paix pour que ces idéaux se
rendent en normes communes. Tôt ou tard,
les pires de nos contradictions sociales s'évaporeront dans l’air fraîche de la
paix et sa lumière du jour.
Chaque élite d'info gère, avec le consentement de
son prolétariat, son propre assortiment de politiques d’armes et de paix. Nous cheminons la ligne fine entre les
contraintes d’armes et la décadence paisible ; cela par reflex, fondant
nos décisions sur des constellations de métaphores politiques déformées par la
menace. Ces décisions peuvent favoriser
une paix éthique sinon n’importe quelle ordure que nos élites choisiraient de
rendre au public, dans la gérance de leurs technologies toxiques et
intoxicantes d’armes.
L'élite optant pour « la paix définitive »
s’affranchira de la corvée de rationner les informations. En ce faisant, elle atteindra l’apogée de
l’excellence directoriale. Aucun autre
sommet de régie terrestre n’existe. Il
ne peut pas être atteint par un régime d'armes qui se rationne des informations
et répand au lieu de la mésinformation et désinformation.
La transition orthodoxe, d’une paix marginale à la
guerre totale, induit un changement d’attitude qui diverge de la frugalité vers
l’extravagance. Dès que le meurtre en
masse prend première priorité, les soins de rentabilité et de retenue fiscale
s’échappent par la fenêtre. Des buts
sont établis, des nouvelles priorités redéfinies et des plans neufs
accomplis. Qu'ils aillent se
pendre, les parcimonieux ! Des
nouveaux règlements sont mis en vigueur de façon rigide ; il importe moins
quels orteils très importants soient piétinés.
Durant la longueur d'une nuit, des institutions décrépites se figent aux
buts d’armes—sinon sont balancées de côté sans regret. Pendant la première guerre mondiale, la
société edwardienne s'est complètement détruite en Angleterre, ainsi que
d’autres semblables au monde. Des
millions de conscrits ont dédié leur vie aux exigences d’armes et ont sacrifié
leur tout : ce tout pour très peu sinon manque totale de raison apparente.
Afin de réaliser une paix durable, nous devons
mobiliser le potentiel intégral de guerre sur cette planète. Les problèmes de paix méritent la même
obstination d'esprit et mépris d’obstacles que la gestion d’armes se revendique
automatiquement. Jadis, ce n’étaient que
les priorités d’armes qui bénéficiaient de telles techniques de
résolution. Quand des élites d'info ont
cru que la ruine militaire menaçait leurs enfants, elles ont largué les
moindres priorités et répondu aux demandes d'armes à tout prix. Aujourd'hui, tous les enfants sont en
risque. La paix mondiale, celle seule
capable de les sauver, devrait bénéficier de pareils enthousiasme populaire et
conscription en masse.
La transformation d’Apprentis débutera par petits
surcroîts de compréhension renouvelée et de comportement révisé ; elle
culminera dans un débordement de réformes sociales guidées par un consensus
irrésistible.
À travers l’histoire, l'humanité a conçu sa richesse
« en surplus » comme de la houille à être pelletée dans la flamme
perpétuelle de la guerre. Les Apprentis
la concevront comme une récolte à être moissonnée au devant précis du prochain
paroxysme. Comme des fermiers
frénétiques, nous rentrerons les dernières gerbes tandis que grondent les
premiers tonnerres de l’orage imminent.
Ensuite célébrerons-nous un long festival de récolte (comme la Succoth
des juifs commémorant leur délivrance des mains du pharaon), repliés bien au
sec sous la toiture étanche du monde paisible.
Tout le monde obéira à son intérêt rationnel :
le contraire précis du dévouement sacrificatoire en temps de guerre. Une fois que nous accepterons la suprématie
de l'intérêt éclairé, toutes les polémiques contre la paix au monde pour des
raisons de coût se rendront absurdes. La
célébration au lieu du sacrifice et des frais paisibles au lieu de la pénurie
militaire.
Les technologies paisibles peuvent produire une
richesse incontestable ; la technologie d’armes ne produit que des
dépenses en aval et des mutilations secondaires. Les réseaux d'Apprentis promettent une
richesse vérifiable surpassant tous les investissements antérieurs et des
solutions aux problèmes trouvés insolubles par nos modes courantes de
penser.
À leur étape d’origine, les réseaux d’Apprentis
seront extrêmement vulnérables. Une
population bouillonnante de mentalité d’armes devra défier les ultimes appels
de leurs anciennes élites tenant à les précipiter en Armagédon. Certains assez nombreux, rendus fous furieux
par leur endoctrinement d’armes, ne seront nécessairement capables de résister à
ces dernières tentations de s’entre mutiler.
Les réseaux d’Apprentis exigeront des traits raffinés de défense et de
diagnostique comprenant des redondances et subdivisions triples et des
protections encastrées contre les virus d'ordinateur, la pulsation
électromagnétique nucléaire, le vandalisme, la violence de bande, l’altération
criminelle et le sabotage.
Les Apprentis devront exercer une retenue tolérante
mais immuable entre la libéralité et la sécurité. Une libéralité prématurée fera renaître le chaos
dans des sociétés détrempées de la mentalité d’armes ; des mesures rigides
de police seront d’autant inacceptables.
Celles que les mauviettes favorisent afin de dominer les
prolétariens et que les prismes favorisent afin de subvertir leurs proto élites,
devront être révisées sinon entièrement larguées. Voir Intro et Vocabulaire
(pourvu que tu ne l’ais pas encore lu) afin de clarifier ces expressions.
La gestion d'Apprentis doit être à l’épreuve
d’erreur, dès le début. Toute série
prolongée d’échecs n’obtiendra de deuxième opportunité.
Le long de l’histoire, des individus obsédés ont
inventé de nouvelles technologies paisibles sans appui officiel. D’ordinaire, les élites d'info ont ignoré ces
inventeurs et leurs projets favoris.
S’ils soupçonnaient que ces inventions pussent déstabiliser leur statu
quo, ils les ruinèrent sans hésitation.
On ne trouvera pas d’Apprentis doués, en leur
appliquant des examens standardisés ni en harcelant des enfants à travers des
courses d’obstacles académiques ni en promouvant les rares survivants d'enfers
d'examen (le modèle japonais.) Le plus
de contraintes que l’on impose sur ces individus, le plus rapidement qu’ils
disparaîtront de nos écrans de radar.
Ils trouvent leurs intérêts beaucoup plus « sexy » que
les récompenses vides de l'orthodoxie bureaucratique, de l’avidité d'entreprise
et de la mentalité grégaire des dissidents futiles. Hypersensibles aux affectations favorisant la
forme par-dessus le contenu, ils s’imposent des demandes stratosphériques, tant
à eux-mêmes qu’à leur création ; ils dédaignent les instincts de troupeau
de l’acceptabilité universitaire et de la connivence corporative.
Ces jours-ci, les meilleurs Apprentis sont
des amateurs doués et obsédés, éparpillés parmi des grandes populations d'info
prolétariens. Une fois qu’ils disposent
d'assez de temps de loisir et de revenu discrétionnaire, ils se mettent à
étudier leur obsession (leur sujet de passion), souvent aux dépens d’une vie
que d’autres considéreraient normale.
Par sujet de passion, j’entends celui pour lequel ils consacreraient volontiers
dix milles heures à son perfectionnement (environ vingt heures la semaine
pendant cinquante semaines par année pour dix ans.) Ensuite nécessitent-ils une élite d'info
assez dingue pour accepter leurs découvertes, les coordonner et les
diffuser.
D’habitude, les chansons qu'ils composent se font
taire en faveur de platitudes trépignées, les jeux qu’ils inventent sont
interdits au profit de carences homogénéisantes, et les jouets exquis qu’ils
produisent se font remplacer par des rebuts redondants. Les sociétés de statu quo promeuvent des
mandarins poinçonneurs qui se délirent à faire taire les Apprentis ; elles
abandonnent beaucoup de percées technologiques, rien que pour les voir
reparaître une fois que les circonstances se rendent à nouveau idéales. Cette usure sournoise de technologies
paisibles doit prendre fin. Le dialogue
de l’humanité doit être minutieusement réglé avec ses systèmes de gestion
d'énergie et l'environnement naturel.
Les énormes énergies destructrices, accumulées jadis, devraient être
adaptées à un Apprentissage constructif.
Les milliards d'enfants affamés constituent, ces
jours-ci, l’ultime source mondiale de génie inexploité. Je ne préconise pas leur alimentation par
altruisme désintéressé, bien que cela puisse aussi bien être atteint. J'en insiste parce que leurs gènes ont
survécu des siècles de privation mortelle.
En tant que survivants de cette hécatombe, ils doivent inclure le plus
grand nombre d’Apprentis prodiges, une fois que nous les soignerons
correctement. De façon typiquement
humaine, ces gens sont celles dont nous ayons le plus grand besoin mais que
nous entretenons le pire.
Entre temps, des milliards de médiocres lisses font
tourner les portes en rond de nombreuses bureaucraties sinon inutiles,
ouvertement démolisseuses. Manquant
suffisance dans les arts de l’amour, de l’empathie et de la libéralité, ces
personnages de moralité amputée sont aussi pertinents aujourd'hui que leurs
antécédents des grandes universités l’étaient au moyen age européen.
Il y a en effet des ressemblances remarquables entre
les intervalles les plus sombres du moyen age, le siècle qui vient de se
terminer et celui qui débute.
Une aristocratie militariste et un clergé
d'entreprise ont jonglé du personnel, de l’argent et des paperasseries durant
ces deux époques. Les deux ont autant
compté sur des élites monolithiques : leurs clergés et nobles fragmentés,
nos bureaucrates d'entreprise, de science et de politique. Toutes deux ont paupérisé le prolétariat
d'info ; ont construit, afin d'immortaliser le vide de leurs rêves, des
gratte-ciel phalliques d’utilité dérisoire jaillissant d’un terroir misérable
et puant du mauvais quartier. Toutes
deux ont été responsables de grosses gaffes – autant en santé publique qu’en
écologie – remarquablement inférieures à ce qu'ils auraient pu accomplir s'ils
avaient payé la moindre attention aux matières importantes. Toutes deux se sont pourvus de langues
exotiques afin d'aliéner leurs prolétariats d’info : leur latin et nos
mathématiques. Les deux ont validé leur
mentalité d’armes avec des mythes piteux
d’armes.
Les deux époques culturelles se sont fondées sur des
fantasmes sociaux. Le leur fut la
religion bureaucratique ; le nôtre, la technologie bureaucratique. Toutes deux ont fait confiance en dogmes
aussi incohérents et paumés qu’incontestables.
Elles se sont écartés de valides questions sociales et spirituelles, au
moyen de leurs institutions de fausse foi ; nous retenons nos médias de
divertissement d'entreprise : diversions aussi séduisantes que divorcées
de la réalité. Elle jouissaient de la
sorcellerie : des milliers de vieilles dames excentriques furent embrasées
en tant que lampistes pour des maux auxquels leurs élites s'étaient évidemment
engagées. Nous avons nos guerres contre
les drogués, celles contre les terrorisés et les tourments les plus
sophistiqués que peuvent imaginer nos régimes policiers et empires
d’incarcération.
Toutes deux ont traîné leurs gens à travers des
guerres complexes, coûteuses et dégoûtantes.
Ni l’un ni l’autre n’ont su éviter la guerre globale. La bagarre d'intensité maximale fut coutumière
aux deux époques ; peu importe si elle fut intercontinentale ou localisée
au village. Le conflit armé a dominé
leurs deux visions du monde : le leur, entre musulman et chrétien ; le
nôtre, entre communiste et capitaliste.
Durant les deux époques, des fanatiques chrétiens et musulmans ont
renouvelé leurs appels aux croisades et jihad en poursuite de leur solde de
soldat.
Éventuellement, cette bagarre devra s’assortir entre
les riches et leurs victimes, sinon les citadins progressistes à l’encontre
d’occupants ruraux et réactionnaires (comme se range la politique actuelle aux
USA.) Le conflit global s’est récemment
métamorphosé, entre le Nord riche et le Sud appauvri mais capable d’une énorme
productivité supplémentaire.
A vrai dire, ce Nord ressemble au Boulevard des
Ambassades à Mogadiscio pendant une mauvaise journée. L’Occident industriel
(incluant le Japon et les petits tigres d'Asie), voici les quartiers les plus
privilégiés, les plus puissants et les mieux armés d’une planète en ruines.
Après tout, notre bande de rue (politiciens,
bureaucrates paramilitaires et paraciviles et leurs partisans) parait moins
misérable. Nous faisons fantaisie
qu’elle pourrait avoir quelque chose d’important à perdre. Il est très tentant d’éterniser les clichés
fades du Boulevard des Ambassades dans Mogadishu pendant une mauvaise
journée. Nous ne nous rendons plus
compte que nous occuperions tant bien le Boulevard des Ambassades sur la
planète Genève et y serions les plus magnifiques aussi facilement. Nous renvoyons la fortune que tous pourraient
acquérir par voie de transformation radicale.
Voir Mencius.
Des bandes de rue sont des bandes de rue et rien de
plus ; elles embrasseront TOUJOURS l’hypocrisie, la criminalité et la
tyrannie. Nous pourrions nous plaindre
de nos problèmes actuelles à notre gré et tenter de rendre un peu plus coquette
notre bande de rue, jusqu’à ce que les vaches ne rentrent chez elles—nos
résultats seront toujours les mêmes : pires que nous ne puissions
imaginer.
Le secret, c’est de transformer cette planète
Mogadiscio en celle Genève, non notre bande de rue en une de retouchée, tandis
que les restants demeurent les mêmes. Il
ne reste qu’une seule transformation à accomplir : remplacer le sacrifice
des victimes qu’exige la mentalité d’armes, par la célébration d’Apprentis que
souhaite la mentalité paisible.
Sous une gérance d’armes, la complexité économique
et la densité de population multiplient l’inflation et la misère humaine. Sous celle plutôt paisible, ces mêmes donnés
multiplieraient l’abondance et la civilisation.
Allons voir en Hollande et au Japon, là où grouillent des densités
combles de population que la paix ne fait qu’inspirer et embellir.
Prenons pour exemple la ville de Pittsburgh. Il n’y avait pas si longtemps, cette ville
fut célèbre pour ses usines bien affairées, ses habitants apparemment riches,
et d’accablants problèmes écologiques et sociaux de surpopulation et de
croissance industrielle. D’appeler
Pittsburgh une belle ville, s’aurait été une mauvaise plaisanterie. Tout soudainement, sa base industrielle a
implosée et un grand nombre de ses ouvriers, mis au chômage, ont du abandonner
leur demeure. Bientôt de suite, cette
ville s’est rendue l’une des plus « attrayantes » aux
États-Unis.
Aussi illustré : de quelle mauvaise qualité et
combien épuisées toutes nos villes se sont rendues en comparaison. Nous sommes misérables parce que nous ne nous
permettons pas d’être magnifiques.
Il se pourrait que l'espèce humaine attende son
rejet, comme celui des paysans médiévaux qui n'ont pu améliorer leur sort avant
qu’une moitié n’ait péri de la peste noire.
Les survivants ont tiré profit de ce triage massif, en offrant leur main
d’œuvre raréfiée pour un salaire un peu plus adéquat et en partageant après le
monde matériel de façon marginalement plus équitable. La noblesse de naissance s’est rendue un peu
moins importante quand tant de fentes se sont ouvertes dans sa direction.
La meilleure évasion de la peste, c’est de s’enfouir
au loin du grouillement des gens, pépère dans son château fort à la campagne,
et de n’en plus sortir pour au moins six mois.
Consulter Boccace, l’écrivain survivant du Décameronet. Encore qu’il y aurait des pertes dans les
vagues d’infection à suivre fouinant des victimes additionnelles. Si voici ton destin, mon ami, nul part ou te
réfugier.
La rotation du personnel de la peste noire – et son
bouleversement psychique – ont démarré la renaissance.
Nous attendons-nous au même sort, peut-être :
nos descendants se rendront-ils les bénéficiers de notre disparition
traumatique ? Dieu sait, si le SIDA
subit une mutation en aérosol infectieux – un peu du même chemin que prit la
peste, de bubonique en pneumonique – même un optimiste délirant rairait la
civilisation humaine au cours d’une petite décennie. Voici la pneumopathie et la grippe aviaire et
porcine qui prennent la relève, comme prévu.
Bientôt, la technologie des gènes recombinants mettra
dans la portée facile de presque tous, les moyens de diffuser des épidémies
mortelles. N’importe quel psychopathe
disposant d’une formation quelconque en biologie et d’accès à un laboratoire de
lycée, sera capable de cuisiner des pandémies apprêtées à désemplir des
continents entiers—et cela dans très peu de temps. Remontons nos montres pour les années à
suivre ! Une fois que démarrera ce
cycle catastrophique, ni un professorat des grandes écoles ni une portefeuille
des meilleures offres et actions aux bourses commerciales globales, n’offrira
plus de protection qu'une vie passée dans l'examen minutieux de tas
d’ordures.
Dans ce cas, le texte d’APPRENTIS offre un
plan de reconstruction globale—supposant que nos survivants abasourdis
normalisent à jamais leur vie.
Les pontifes médiatiques d’aujourd’hui se répètent
leurs appréhensions concernant une ruine imminente. Que ce soit par la frappe d’une météore, des
catastrophes environnementales ou des guerres aux technologies de pointe :
tous nous menacent de désastres synergiques et multimodaux. Ces alarmes pourraient-elles être des
sous-produits de notre malveillance collective, punition astrale pour nos
péchés … sinon l’issue malencontreuse de coïncidences aléatoires ?
Les histoires d'ovni abondent ; elles
paraissent décrire des tentatives maladroites, de la part d’extraterrestres
(sinon de terrestres depuis un temps distant ?), de moissonner des
matières génétiques de cette biosphère planétaire avant qu'elle ne se ratatine
et ne souffle en éclats. Ces
extraterrestres assistent-ils à un programme de divertissement ? Ils semblent employer leur temps comme ces
amateurs pêcheurs ennuyeux, aux émissions de télé. « Attrapons puis relançons-les,
attrapons puis relançons-les … » pour aucune raison apparente, sauf
peut-être la satisfaction de leur ennui et curiosité.
Pourrait toute cette hystérie retenir une base
factuelle ? Si notre destiné ne doit
être que l’extinction prévue sur programme, je te prie de contempler le texte
d’APPRENTIS comme le divertissement privé que je l'ai projeté
d'être. Sinon, si notre destin est
légèrement moins ridicule, je te prie de considérer la Section III d'APPRENTIS
comme une liste de devoirs globaux trop longtemps négligés, réclamant
l'attention immédiate de tous les Apprentis sur terre.
ENSUITE TABLE
DES MATIÈRES ANTÉCÉDENT
APPRENTIS
: De la terre en armes au monde en paix
PAGE DES
CONTACTS (sous développement)