SOMMAIRE D’APPRENTIS INTRO ET VOCABULAIRE
(Tout en remerciant M. Juergensmeyer, qui me les introduit dans son livre).
Je me cramponne à la Satyâgraha, bien que je la comprenne moins bien qu’une mère Soudanaise, le vaccin pour lequel elle mourrait afin de sauver son enfant. Moi et elle, nous retenons ceci en commun : nous avons quelque chose de précieux à sauvegarder, sachons que cela réussit et ne sommes aucunement intéressés de le comprendre ou pas : soit cette Satyâgraha ou piqûre. Des toubibs experts peuvent sauver son enfant ; des vérifacteurs experts peuvent sauver le monde. Nous autres, les amateurs, ne pouvons qu’espérer. Faites venir à tout prix !
· N'évite pas la confrontation. L'action d'éviter n’arrive qu'à prolonger le conflit sous-jacent. Accueilles au lieu les contradictions paisibles et la lumière qu’elles peuvent projeter sur ta vérité.
· Reste ouvert aux communications et aux critiques. Les deux côtés n’ont qu’une vue partielle, et celle de l'autre est requise pour assortir la vérité de la contre-vérité.
· Trouve une résolution et empoigne-la. Une fois qu’une meilleure option se rend évidente, saisis-la et base-en ta stratégie, mais sois autant bien disposé à défier cette option.
· Considère ton adversaire comme un allié. Ne fais rien à ton opposant qui puisse l’aliéner et lui rendre du mal. Si tu y parviens par accident ou mauvaise habitude, demande honnêtement pardon aussi rapidement que possible et offre-lui une restitution généreuse. Souviens-toi que votre but commun est de résister ensemble à la contre-vérité. (Nota : mes tendances à fuir, accuser et confronter mes « ennemis » sont parmi mes pires culpabilités ; voir les articles en dessous que je rate si souvent.)
· Rends tes tactiques compatibles à ton but. Quand possible, sers-toi du but lui-même comme ton arme, et quand ce n’est pas possible, n'admets que des actions compatibles.
· Sois flexible. Reste disposé à changer de tactiques et de buts immédiats, à réviser ton idée de l’adversaire et même à repenser ton entendement de la vérité.
· Sois modéré. Monte tes démarches par degrés. L'idée est d’empêcher à tes adversaires de se sentir intimidés. Leur réponse doit être communicative plutôt que défensive. Tu souhaites les attirer dans l’amitié et l’allégeance ; non les aliéner, comme tu en fus endoctriné à l’égard de l’Autre redouté.
· Sois proportionnel. Décide quelles questions te sont insignifiantes et quelles méritent de ton temps et énergie. Ta base de jugement doit être le degré dont la vie et sa qualité soient abusées. Dresse une campagne dont la force équivaut à celle de ton adversaire et reste appropriée à la question.
· Sois discipliné au point de l’agonie. Surtout quand beaucoup d’activistes sont inclus dans un effort collectif, sois certain que ta position est cohérente et que ton côté s'engage dans la non-violence. La consistance est une de tes forces principales.
· Sache quand aboutir. Une campagne à l’impasse, sinon celle qui tourne au mal, pourrait exiger que tu révises tes tactiques et transformes même tes buts. Il n'y a pas de victoire dans une concession à tes préjugés sans accord en principe. Dans une bagarre gandhienne, tu ne peux prétendre à la victoire avant que tes anciens adversaires n’en prétendent de même.
· Sois circonspect. Les mouvements en masse ne doivent pratiquer la satyâgraha qu’en dernière échéance, après avoir éprouvé toutes les autres méthodes acceptables de combattre la contre-vérité et la brutalité. Seulement des individus auto qualifiés par leur souffrance légitime peuvent s’en servir à toute opportunité.
Une fois que tu auras absorbé ces idées (et je te conseil de les relire plusieurs fois), tu commenceras à saisir la faramineuse rééducation morale que nous exigeons.
Plusieurs fois ? De quoi je pense ? Au moins cinq fois par jour pendant une année entière, sous la tutelle rigoureuse d’un maître implacable de paix. Ce ne serait que la millionième partie de l’endoctrinement d’armes que tu ais subi depuis ton enfance, te dictant d’entreprendre de façon rotulienne précisément l'inverse de tout que ce que tu viens de lire. Bonne chance avec ça !
Comment transformer nos ennemis en meilleurs copains ? Comment désamorcer nos réflexes automatiques de méfiance et d'agression préventive ? Nos préalables d’Apprentissage sont renversants : ils surpassent de loin l'intellect creux de ce pauvre scribe, ses prêches complaisants, son tempérament bizarre et son envie lâche de voir se soumettre ou disparaître tous ceux lui étant en désaccord. Nous avons une longue route ardue à nous taper.
« Hommes, ici n'a point de mocquerie. » François Villon
L’excellente bibliographie de Mark Juergensmeyer couvre les écrits de Gandhi et de ses principaux analystes et biographes. Qui plus est, il interroge l’application de tactiques gandhiennes à l'encontre d'idéologues et de doyens d’armes à sang froid qui ont réussi à dominer l’histoire et les événements courants. Il étudie le fatalisme apparent et la patience divine qui semblent être exigés pour pratiquer des principes gandhiennes à l’encontre des disciples de Hitler et de Pol Pot. Ces ogres moraux paraissent s’être immunisés de tout appel au bon sens et à la sagesse, capable d’apaiser ces Apprentis qui nous admettraient comme des confrères, tout en nous querellant.
Cela ne prendrait-il pas des générations de souffrances atroces afin de vérifacter assurément auprès de leurs descendants un peu moins cinglés ? Tout en assumant que l’annihilation ne survienne entre temps ?
Il pousse la logique gandhienne jusqu’à ses limites. Pourrions-nous faire exception de contraintes bénignes ? Forcer les gens à mieux se comporter dans leur propre intérêt ? Ne fut-ce pas l'erreur principale du grand inquisiteur ? Pourrions-nous réussir si nous nous supposions plus faibles que nos adversaires ? Gandhi pensait que non, au risque des trappes morales de ce grand inquisiteur.
L’on a décrit Gandhi comme un saint hindou, un moraliste politique, un pratiquant d’éthique religieuse, un révolutionnaire mystique, un rationaliste paisible, etc. Ces désignations de cervelle frite ne lui vont pas du tout. Son cœur dominait sa tête. Gandhi fut l’ultime amant tragique : le coyote rusé de l'amour, se projetant la tête en première par-dessus des falaises et écrasé sous une tombée de roches en poursuite de son bien-aimé. Utilisant son corps comme saphir et son Inde amadouée comme ardoise, il écrit des psaumes sans fin à son bien-aimé, comme Salomon, son cantique des cantiques.
Durant sa dernière minute sur terre, ayant tenu Kali à longueur de bras pendant une vie entière et en désespoir devant cette incarnation sanglante aux dents crochetées de sa bien-aimée rassasiée d’un million de défunts Hindous et Musulmans, il dut saluer le plus récent de ses émissaires fanatiques qui le tirailla à mort. Tu peux voir ça en filme : Gandhi le reconnut et le salua pour ce qu’il était, comme si cette fin prédestinée lui fut évidente tout le long.
ENSUITE
TABLE
DES MATIÈRES ANTÉCÉDENT
APPRENTIS : De la terre en
armes au monde en paix
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