SOMMAIRE D’APPRENTIS
INTRO ET VOCABULAIRE
« L’on a remarqué que la démocratie est la pire forme de
gouvernement, à part toutes les autres éprouvées. » Winston Churchill.
La
démocratie sans amélioration ne peut pas servir la gérance de paix ; elle
ne nous servira jamais ainsi, quoique nos réactionnaires et progressistes la
soutiennent avec ferveur égale. Les
réactionnaires, parce qu'ils savent que la kleptocracie, l’oligarchie et le
fascisme corporatif : les politiques de désinformation qu’ils cachent derrière
l’expression « démocratie » sont répugnantes, moralement injustifiable et
stériles en fin de compte ; les progressistes, par pur manque
d’imagination après des millénaires de défaite cyclique. Ainsi sont parvenus ces maîtres et esclaves à
renforcer la dégénérescence de leur rapport, sans égard aux conséquences
inattendues de leur aveuglement monumental.
Au mieux,
la démocratie comme couramment conçue est élitiste parce que promouvant du
politicien professionnel. Cette race
trop spécialisée semble avoir maîtrisé toutes les complexités du pouvoir
civique et de l'opinion populaire, bien qu’il n’ait réalisé très peu, dans
l’analyse finale, au-delà des ruses électorales et la maîtrise de leur
financement.
La
laocratie exigerait l’absolue équité de base quant aux individus,
l’émancipation personnelle, des sauvegardes complexes contre l’exploitation –
soit à l’intérieure du groupe, soit en étant externe – et beaucoup plus de
temps libre pour philosopher. Elle
exigerait que nous élevions nos enfants rares et bien-aimés jusque l’âge adulte
salubre, et qu'un public bien éclairé prête attention aux avertissements
éthiques afin de diminuer leurs conséquences inattendues ; enfin, que tout
le monde valorise son Apprentissage par-dessus tout.
Dans une
laocratie d’Apprentis, les politiciens auront des buts strictement définis et
restreints. Ils satisferont leur besoin
d’être admirés, rendus confiance et choisis en concurrence par le peuple :
après tout, voila leur sujet de passion. Ils se rendront en antennes sociales, puisant
le peuple pour saisir ses problèmes et lacunes.
Ils soumettront ensuite ces problèmes qu’ils ont découverts, à la
communauté intellectuelle d’Apprentis dont le sujet de passion est de résoudre
ce problème particulier. Ils
retransmettront ces solutions aux votants concernés afin qu’ils puissent les
approuver ou les désavouer par leur vote.
Plus
jamais ces politiciens ne seront-ils tenus à légiférer des résolutions de
problèmes sociaux auxquels ils ne sont ni entraînés ni assujettis à la
passion. Plus jamais ne seront-ils
permis d’enterrer des problèmes et différer leur résolution au moyen de
minuties procédurales, et de s’attendre à être bien rémunérés pour cette
négligence criminelle. Ceux ainsi
inclinés ne pourront plus se faire élire au-delà d’un niveau inférieur de
pouvoirs, pour commencer ; et ceux en étant tentés, une fois au pouvoir,
se rendront aussi évidents qu’un chirurgien boucher, et seront mis à la porte
au moyen de règlements tant clairs qu’expéditifs.
Plutôt
agiront-ils envers leurs électeurs, comme le ferait un magistrat honnête envers
ses jurés : en tant que guide spécialiste et conseiller intime, dépourvu
de prise de décision. Ces décisions
seront confiées aux citoyens votants et aux jurys aléatoires dont l’honneur
humain et l’orthodoxie admise de plus en plus longue date interdiraient les
trifouilles.
Ne
parlons pas ici d’un paradis terrestre sans tâche aucune, mais de
l’amoindrissement des sacrifices et d’accroissements correspondants de
célébration. Choisis une célébration,
choisis-en plusieurs et célèbre-les !
Évite de sacrifier quiconque sauf toi.
Célèbre-toi et les autres, de ton mieux possible !
Les
démocraties permettent aux très riches de cueillir à la main des candidats
politiques convenant le mieux à leurs besoins.
Tout politicien en défaut de cette simple contrainte est hors du
jeu. Ainsi le populiste charismatique et
décisif que nous attendons à chaque élection n’apparaît presque jamais.
Les
quelques responsables qui éludent cette contrainte, des sociopathes riches
peuvent neutraliser avec l’adresse d’une longue pratique. Des Gracchii aux Kennedys et de Martin Luther
King au prochain brave en ligne, nos chefs populaires ont été cooptés,
marginalisés et assassinés par les conspirateurs d'avarice, avec une facilité à
en bâiller. Ces assassinats publics ne
sont le plus souvent même pas sérieusement investigués, de peur lâcher une
guerre civile. Les communautés qui
ritualisent la punition capitale (sinon font simplement disparaître leurs
protestataires) réservent une exécution certaine pour leurs meilleurs
fonctionnaires publics. Chaque fois que
des prolétariens d'info ont trébuché sur quelque proéminence de justice et
d'abondance, cette erreur fut bientôt lessivée dans le sang de son promoteur.
Quel est
le métier le plus périlleux aux USA ?
D’être pécheur de crabe sur les cotes d’Alaska sinon expert à désamorcer
des bombes ? Non ; c’est d’avoir réussi
comme politicien progressiste durant les années précédentes. Les personnes suivantes ont subi un
écrasement mortel d’avion, avant, durant ou après leur service politique. La famille Kennedy reçoit sa propre colonne.
|
Ernest Lundeen Clement W. Miller Birch E. Bayh, II Nicholas Begich Thomas Hale Boggs George W. Collins Jerry Litton George T. Leland Mel Carnahan Paul Wellstone |
1940 1962 1964* 1972 1972* 1972* 1976 1989 2000 2002 |
Joseph P. Kennedy Katheline Agnes Kennedy Cavendish Michael Joseph Kennedy Ted Kennedy (blessé, son aide
mourut) John F. Kennedy, Jr. Carolyn Bessette-Kennedy Lauren Bessette |
1944 1948 1949 1964* 1999 1999 1999 |
* Les
mêmes accidents : l’un, en 1964 (que Bayh survécut indemne) ;
l’autre, en 1972 (quatre morts).
Dans de nombreux
cas, ces individus furent non seulement des progressistes mais des
dirigeants : des personnes d’un dynamisme exceptionnel, des chefs
confirmés du parti Democrat sinon en
formation comme tels. Les seuls leaders
confirmés de droite ayant récemment péri en avion furent Larry MacDonald, dont
le vol Korean Airlines 007 fut abattu en survolant la Russie en 1983 (une
conspiration transparente, même selon les critères américaines ; en dépit d’une
rafale de procès de la part de familles affligées et d’appels juridiques depuis
des compagnies d’assurance également affligées, aucune cour d’assises n’a
souhaité vérifier cette conspiration) ;
John Tower, le président de la commission Tower qui investigua le
scandale Iran/Contra, décédé en 1991 ; et John H. Heinz, la même
année.
Il y eut
d’autres sinistrés politiques, mais leurs tendances politiques furent floues et
ils moururent, en toute probabilité, de façon accidentelle. Étant donné que si peu de progressistes
authentiques sont permis de servir dans les politiques américaines, et d’autant
plus de réactionnaires, les probabilités de mortalité par personne se rendent
encore plus astronomiques. Un actuaire
devrait entamer une étude scientifique de ces anomalies troublantes.
Il est
intéressant de jongler ces chiffres.
Tandis que quatorze Democrats
ont souffert d’un écrasement aérien, et dix Republicans ;
si l’on remplace les Democrats par
des Démocrates/Progressistes confirmés, et les Republicans par des Républicains/Réactionnaires confirmés, puis
tronçonne ces chiffres avant 1950 et après, voici le résultat :
|
DEM/PROGRESSISTE |
|
GOP/REACTIONNAIRE |
||
|
Avant 1950 |
Après 1950 |
|
Avant 1950 |
Après 1950 |
|
4 |
10 |
|
4 |
6 |
Étant
donné que les partis Democrat et Republican furent beaucoup moins
polarisés avant, disons, 1940, nous pourrions probablement déplacer deux ou
trois de ces soi-disant progressistes d’avant 1950, dans la colonne
correspondante réactionnaire. Ces
appellations étaient jadis mieux dissimulées.
Ceci rendrait les comptes suivants :
|
LIBERAL |
|
CONSERVATIF |
||
|
Avant
1950 |
Après
1950 |
|
Avant
1950 |
Après
1950 |
|
2 |
10 |
|
6 |
6 |
Cela ne prend
pas en compte des accidents d’automobile (plus faciles à ingénier que des
chutes d’avion) et d’autres moyens de mourir en service public : tous ce
dont les Democrats ont soufferts de
façon disproportionnée (des chiffres de fatalité de deux ou plus contre un.) Compare ces chiffres avec ceux de
législateurs suicidaires en service public.
REPUBLICAN
: 7
DEMOCRAT
: 3
Apparemment,
ces réactionnaires eurent quelque chose de plus à cacher.
Des
élections « démocratiques » sont falsifiées avec impunité, parce que d’anciens
groupes d’intérêts spéciaux sont indélogeables des agences de contrôle
électoral. Quelle
coïncidence ! De plus longue date
l’acceptation de leur autorité, le moins que leur légitimité n’est questionnée
et le plus que leurs infractions sont permises sans investigation ni correction
sérieuse, bien moins pénalité directe.
Durant ce
vingt et unième siècle, des élections populaires sont effrontément
falsifiées. Même quand une malversation
flagrante est découverte, elle passe non corrigée, des nations les plus riches à
celles les plus pauvres. Nous permettons
toutes les escroqueries démocratiques et ne confrontons jamais ces escrocs qui
abusent de notre indulgence. Nous avons
gâté la démocratie en la célébrant, par refus de nous chamailler avec ces scélérats
influents. Leur tyrannie s’enfle chaque
fois qu’ils réussissent une nouvelle malversation : le tout au nom de la
démocratie sacrée.
Ainsi que
les révolutions au nom de la démocratie ont renversé la tyrannie
monarchique ; celle des Apprentis
renversera notre tyrannie dite « démocratique. » La différence, cette fois-ci, sera que
nous remplacerons cette tyrannie d’armes par un gouvernement paisible et
strictement retenu, non une tyrannie d’armes renouvelée et donc tapageuse.
La
démocratie est la politique idéale pour un état mûr d'armes, mais l’ennemi
insidieux des valeurs paisibles. Les
avantages de la démocratie pour un gouvernement d'armes sont quadruples.
·
Moyennant des paramètres soigneusement définis, le recrutement et les
promotions sont basés sur la fidélité et le rendement de services à
l'élite. Cet arrangement est légèrement
préférable au remplacement héréditaire par des nobles incompétents, malades ou
fous, et leurs sycophantes.
·
Comparée à la plupart des tyrannies d'armes et toutes celles antérieures,
la démocratie offre une transition plus ordonnée au pouvoir. Tandis que des prêtent noms élus se
remplacent avec régularité placide, des courtiers d'arrière pièce peuvent
déterminer chez qui le gazon se rétrécit ou se développe selon l’intérêt des
plus grandes fortunes. Moins d'émeutes
et de rébellions malpropres s'ensuivent, et pas trop de bagarres
internes ; du moins en théorie, du moins la plus part du temps.
·
La démocratie accorde aux riches beaucoup plus d'influence que ne
justifierait leur petit nombre. Plus ils
sont riches et restreints en nombre, le plus sont-ils puissants dans une
démocratie. Ceci leur accorde un
excèdent de pouvoir politique, en dépit des récompenses égoïstes qu'ils
monopolisent en poursuite de leurs petits intérêts privés. Le plus restreint le nombre de ces preneurs
de décision, les plus bornées et maladroites leurs décisions, de façon
arithmétique.
·
La démocratie rend aux prolétariens d'info l'illusion d'une voix dans le gouvernement,
sans conséquences fonctionnelles. De
l’ignorance institutionnalisée empêche à la plupart des prolétariens de rendre
des décisions valides. Confirmant
l’illusion du pouvoir au ras des pâquerettes, les campagnes électorales se
dégénèrent en slogans de convenance, anecdotes non pertinentes et souillures de
personnalité. Par consentement
universel, rien d’important n’est discuté en publique.
Ralph
Nader a bien exposé ce quatrième défaut.
Durant sa campagne présidentielle de l’an 2000 en Amérique, il fut un
candidat vigoureux de réforme, soutenu par un parti politique bien
encadré au ras des pâquerettes : le Parti Vert américain. Il disposait d’incontestables appuis
populaires dans tous les états de l'union et entretenait une batterie de propositions
scrupuleusement étudiées afin de résoudre les problèmes courants. En contrepartie de ses opposants louches, il
décrit clairement sa position devant de grands rassemblements populaires. Ses adversaires médiocres s’avouèrent
incapables de dupliquer l’assistance enthousiaste de ces réunions.
Il ne fut
pas permis de débattre avec des candidats orthodoxes, et on ne lui permit de
temps proportionné dans les médias. Il
fut renié accès aux conventions des partis orthodoxes. Encore plus abominablement, il fut ignoré par
la grande populace. Les médias en masse
leur ont persuadé que leurs votes seraient « gaspillés » s'ils
osaient voter leur conscience morale.
Dans des
démocraties mûres, quiconque menacerait de discuter sérieusement des sujets
politiques doit être barré du discours public.
Il sera ignoré avec obstination égale : du dessus par les médias et
d’en dessous par les membres de partis majoritaires.
« Comme forme de gouvernement, la démocratie appartient au
futur. Elle prit forme tant récemment dans
les affaires et l'esprit humains, qu’elle n'est encore que l’ombre de ce
qu’elle deviendra. D'ailleurs, c’est une
forme gouvernementale qui n'existera pas en réalité avant que ne se réalisent
des changements sociaux, économiques et même culturels n'ayant pas encore
advenus. … M. Henry Wallace parle du
siècle de l’homme, du centenaire démocratique, comme de quelque chose à
venir. On aurait bien dit :
"La raison que des hommes raisonnables estiment que le monde démocratique
doit survivre, c’est non parce qu’il a déjà été parfaitement réalisé, mais
parce qu'il ne l’a été à peine... " » Mortimer J. Adler, Comment penser de la guerre et de la paix,
Simon and Schuster, New York, 1944, p 186.
L’expression
« démocratie » vient du mot grec « demos. » Traduit ordinairement, « demos »
signifie une parcelle de terre rurale, ses propriétaires ou l'ensemble des
habitants « libres » (donc propriétaires.) Elle peut aussi décrire l'assemblé urbain et
la commune. En conclusion, il signifie
l'autorité du peuple ou l’exigence de l’état.
L’expression
« laocratie » vient du mot grec « laos » : la multitude, les gens communes, les simples
soldats, les sujets d'un prince et les masses dans le sens marxiste. Le mot grec « laos » nous est plus
utile que celui d’ « idiotes »
(des gens qui ne votent pas) : ces fanatiques du sport et d’opéra de
lessive télévisé, qui passent ces jours-ci pour des citoyens libres.
Voici
comment la démocratie diffère de la laocratie.
Les démocrates se prétendent « réalistes » en considérant
inévitables et propres des contradictions sociales et l’injustice en résultant,
tandis que les laocrates considéreraient la liberté et la justice comme des
nécessités obligatoires et autorenforceants qui doivent être encouragés sans
exception.
Les démocrates
redoutent la foule : l’ultime arbitre de l'injustice démocratique. Dans une commune d’Apprentis, la prétendue
foule deviendrait une source abondante de tranquillité, d’élégance et de
raffinement : le cadre d’une stabilité massive qui retiendrait la
multitude des gyroscopes énormes et tournant à folle allure de la
laocratie. Les Apprentis trouveraient
des dispositions plus délicates que la brutalité de la foule, sachant mieux
transformer l'anéantissement politique en législation révisée et améliorations
notoires.
Le mot
« laïc » se dérive du mot grec « laos » qui décrit la masse des non professionnels. Voici la différence entre un laïc et un
professionnel. Les amateurs gaspillent
beaucoup de temps et d'énergie dans leurs premiers efforts dont la plupart
échouent à cause de leur manque d’expertise.
L'exécution laïque s'améliore ensuite de façon spectaculaire. Les amateurs doués ne sont limités que par
l’effort qu'ils sont parés à dévouer dans l'amélioration de leurs
qualifications et par leur tendance, au passage du temps, à adopter les défauts
professionnels énumérés ci-dessous. Leur
courbe d'accomplissement diffère radicalement de celle des professionnels, dont
les premiers efforts produisent des résultats combles et ceux subséquents
n’aboutissent qu’en de moins en moins.
Les
professionnels réalisent tout malaisément depuis le début : ainsi que
leurs professeurs leur aient strictement enseigné. Toute entreprise divergente, pour le mieux ou
le pire, soulève une clameur de polémique professionnelle ; toute
efficacité supérieure menace le bol de riz collectif. Les professionnels sont enseignés comment
compromettre leur éthique en faveur de la discipline et la cohésion interne. Des collègues chancelants sont protégés au
frais public, bien que leur compétence et honnêteté puisse faire défaut d’une
norme prédéterminée de médiocrité.
Aux
anciens temps, des technologies raffinées étaient requises pour conserver des
documents et médias fragiles. Ce fut
toujours le cas, encore plus aujourd'hui.
Le savoir lire fut une compétence rare et coûteuse. Une poigné de jeunes élèves subirent
formation brutale. Au moyen d’examens
exhaustifs, des solutions en formule furent gravées à l'eau-forte sur leur
esprit. Une seule solution apprise par
cœur fut valorisée, dans la tentative d'assurer contrôle conforme à longue
distance.
La
plupart des diplômés furent expédiés au loin dans le bled culturel, pourvus
d'un petit panier d’argiles ou de rouleaux de feuillets, leur crâne bourré de
clichés d'armes. Leur déplacement
au-delà des écoles centrales fut difficile, périlleux et onéreux. Une fois arrivés, ils étaient supposés régir
une communauté de prolétariens illettrés, dans un vide d'information. Ce silence poussiéreux ne fut interrompu que
par l’intermittent messager à cheval amenant des proclamations, des requises
d’impôts toujours en croissance, et d’exceptionnelles nouvelles d’affaires
commerciales de la part de l’élite d’info.
Des disciples infortunés furent appariés avec des brutes d’hommes de
guerre. Armés de pouvoirs militaires et
de police, celles-ci imposaient leurs décisions après avoir en théorie écouté
l’avis d’érudits.
Mon ami,
Paul Lackman, a évoqué Théodoric : encore un de ces bouchers dénommés
« le Grand. » Il saccagea Rome
avec ses Ostrogoths, puis réintégra les administrateurs survivants latins
(comme Cassiodore) dans leurs responsabilités civiques. En principe confina-t-il ses Goths aux
fonctions militaires. Il ne dépluma que
le petit malin aléatoire, du genre Boettes, de sa tour en verre et en ivoire,
et le mit à mort. Le condamné avait osé
proposer que l'intellect émancipé pût être supérieur à la gestion d'armes. Notre histoire est hérissée de telles exécutions
exemplaires.
Un
mandarinat monolithique a émergé en Chine.
Personne ne pouvait joindre l'élite d'information sans avoir passé
l’examen impérial. La bureaucratie
résultante s’est rendue hautaine, inflexible et enracinée d’exemples
précédents ; elle est devenu une orthodoxie rigide et l’ennemie farouche
de la créativité, de la complexité et du changement. Ces mandarins eurent tendance à jeter leurs
mains en l’air – pourvu que leurs ongles trop longs le leur permirent – quand
des circonstances incertaines rendaient nulle leur réserve de banalités
apprises par cœur. Ils ont abandonné de
vastes marchés outre-mer, puis réprimé des technologies des siècles en avance
de celles occidentales. Ensuite se
sont-ils rendus à l'agression, au provincialisme, à la misère et la
corruption : le tout en soumission aux préceptes d'armes de leur certification
mandarine.
Des
Apprentis brillants ont déclenché un âge d'or de technologie occidentale ;
ils en ont presque débuté celui comparable en Chine manchoue. Au lieu, la Chine décrut sous le contrôle de
ces mandarins. Rien n'amortit la
créativité comme l’obligation d’une certification scolaire pour les positions
de responsabilité. Voici la pénultième
mauvaise alternative (bien que peut-être la mieux rangée) quand des circonstances
transitoires exigent un renouveau social.
L’option évidemment la pire, c’est la promotion par voie de brutalité :
l'alternative d’armes cultivée de façon machinale durant les crises martiales
et révolutions ordinaires.
Les
caractéristiques conjointes de mandarinats et de systèmes d’université se
dévoilent autant en Chine antique qu’en occident contemporain. La forme et l'aspect remplacent le contenu et
le résultat : les moyens permis justifient des fins lamentables. Dans tout deux de ces sociétés, l'empaquetage
assume une importance supérieure au contenu.
Les questions « qui » et « comment » éclipsent
« quoi » et « pourquoi. »
Cela devient une obligation universelle de présenter des bonnes
intentions (en particulier, que le canot ne soit pas trop basculé.) Cet engagement vient au devant de la menace
des conséquences imprévues et leurs résultats désastreux.
Nous
allons devoir basculer quelque peu le canot et réaménager sa charge de façon
radicale, pour ne pas chavirer au passage des prochaines rapides s’approchant
précipitamment.
« La
fin justifie les moyens. » Exprimé
d’abord par le poète romain, Ovide, Machiavel s’en servit dans son livre, Le Prince. Plus tard, Hitler et ces complices la
malmenèrent de même. En d'autres mots,
les résultats héroïques justifient des méthodes démentes. Pour Hitler et ses écuyers, leurs conséquences
et moyens ont équivalu en démence. Grâce
à eux, notre discussion des fins et des moyens vient d’aboutir en cul de
sac. Ces jours-ci, le débat des
conséquences valables ce dissout en faveur de l’examen au microscope de moyens
insignifiants, conduit de préférence par litige. La contradiction de Hitler est passée en
revue à pas d’oie chaque fois que quiconque préconiserait des résultats justes
à leur propre compte. Dis-moi, s’il te
plait, quand nous discutons des valeurs morales, qu’est-ce qui nous prend de
nous citer Hitler, les uns aux autres ?
Je cite Mein Kampf, et très soigneusement
d’ailleurs, dans quelques chapitres de ce livre : cela pour deux raisons
distinctes. D'abord, je le cite
directement quand il propose quelque chose de périphérique et d’appropriée
(habituellement par accident) au sujet d’un certain traitement du texte. Deuxièmement, quand il jette un ombre mesquin
sur le sujet en question, trahissant de manière trop évidente le contraste
entre ses intentions d’armes et celle paisible de ce livre. En citant Hitler hors de propos, je
risque sans doute d’encaisser la censure des deux côtés du passage
central. Je soupçonne que certaines
personnes, qui nieraient de toute façon le contenu de ce texte et qui n’en
lieront aucune partie avant de l’avoir nié, l’emploieront comme leur
excuse. Tant pis ! D’être nié par de telles gens, j’en suis
flatté.
Voici
tout ce que je puis dire, ce concernant.
J'habite la terre en armes, je dois donc prendre mon matériel là où je
le trouve. Si j'avais restreint mon
analyse à rien que des textes serviables de paix, je n’aurai jamais rassemblé
les éléments de cet ouvrage. Parlant de
façon générale, ces textes n’ont jamais été permis de survivre. L’ultime prix littéraire de paix sur cette
planète, c’est d’être rendu à l’index par les imprimeries, de faire incendier
son livre par quelque fanatique sinon interdit par quelque religion ou
idéologie en masse de passage. D’être
nié de cette façon, j’en serai flatté.
En fait,
la formule du monde réel est beaucoup plus claire en ce qui concerne ce débat,
puisque fondée sur les aboutissements.
Les fins se rangent en parallèle des moyens ; la qualité des fins
justifie celle des moyens. Pourvu qu'ils
soient uniformément obéis, les bons moyens produisent les bonnes fins, et ceux
mauvais engendrent une mauvaise fin.
Cette bonne fin ne justifie jamais un mauvais moyen ni n'en est-elle
apportée. Tour à tour, les mauvais
moyens n’atteignent presque jamais un bon but.
La première apparition des mauvais moyens, sans correction immédiate,
mène à l’emparement du pouvoir par rien que des mauvais moyens. Aucun besoin d’attendre d’inévitables
mauvaises fins avant d’intervenir de suite pour rétablir les bons moyens et
assurer ainsi une bonne fin.
Tout cela
devrait déjà nous être incontestable mais ne l'est pas, grâce à notre abus
assidu de cette citation de Hitler.
Abusant de ce mythe d'armes, des menteurs d'armes nous ont laissé
conclure que les moyens doivent toujours être d’une médiocrité acceptable,
alors que les fins peuvent toujours être renvoyées. Selon nos préjugés les plus à jour, des
bonnes fins ne sont pas pertinentes et nos meilleurs moyens sont de toute façon
impraticables. Voici comment on arrive à
affamer des bébés par millions chaque année sans opposition efficace.
Une
intéressante illustration de ce mythe d'armes, c’est le paradoxe qu’écrit
Dostoïevski quant à l'utopie. Je crois
que ce texte se trouve dans le chapitre « Le Grand Inquisiteur » de son
livre, Les Frères Karamazov. Un protagoniste fait une demande dans ce
genre :
« Si
vous pouviez garantir l'utopie perpétuelle en torturant une innocente fillette
jusqu’à la mort, le feriez-vous » ?
La
meilleure réponse ? « La torture d'une jeune innocente ne pourrait en
aucun cas promouvoir les buts de l'utopie.
Au contraire, un tel crime nuirait de façon certaine à tous ses
objectifs. Ton paradoxe est évidemment
un mythe d'armes. Tais-toi, mythomane
d’armes et réactionnaire sans scrupules, et cesse d’empoisonner cette
conversation. »
De nos
jours, les Apprentis pourraient inviter des consultations pratiquement sans
limites. Beaucoup de prolétariens d'info
saisissent leur matière de passion mieux
que des professionnels équivalents.
Mille experts amateurs attendent d’être appelés de l'ordinateur et du
téléphone les plus proches. Toutes les
décisions sociales pourraient être des chef-d’œuvre réalisés sur commande,
uniques et parfaitement oeuvrés. La
laocratie serait pratiquement à l'horizon.
Comme nos
autres institutions prisées, la démocratie est l’ultime issue de la mentalité
d'armes. Le long de milliers d'années, des
directeurs d'armes l’ont poli au point de la rendre en un outil multi parfait
entre leurs mains attendries de sang.
Nous ne pouvons plus prévoir que de l’hypocrisie hautaine de la part de
ces directeurs d'armes démocratiques.
Ils prévoient des nouveaux miracles de mise en boîte de connaissances et
de systèmes de gérance automatisée, tout en tournant le dos aux solutions de
rechange des Apprentis, évidemment préférables.
Comme la
plupart des technologies globalement paisibles dont nous aurons besoin, nous
pourrions tirer des meilleures solutions de rechange, parfaitement disponibles,
de l'étagère des technologies d’armes.
ENSUITE TABLE DES MATIÈRES ANTÉCÉDENT
APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix
PAGE DES
CONTACTS (sous développement)