- LAOCRATIE (I) - 

ENGLISH VERSION           

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS   INTRO ET VOCABULAIRE

 

« L’on aurait remarqué que la démocratie est la pire forme de gouvernement, à l'exception de toutes les autres éprouvées. » Winston Churchill.

 

La démocratie, point améliorée, ne peut servir comme gérance de paix.  Elle ne nous servira jamais ainsi, quoique nos réactionnaires et progressistes la soutiennent avec ferveur égale.  Les réactionnaires, parce qu'ils savent que la kleptocracie, l’oligarchie et le fascisme corporatif : ces politiques de désinformation qu'ils cachent derrière l’expression « démocratie » sont répugnantes, injustifiable du point de vue moral et stériles en fin de compte.  Les progressistes, par manque pur d’imagination, après des millénaires de défaites cycliques.  Ainsi ont ces maîtres et esclaves renforcé la dégénérescence de leur rapport, sans prêter attention suffisante aux conséquences imprévues de leur aveuglement monumental. 

Au mieux, la démocratie contemporaine est élitiste parce que promouvant du politicien professionnel.  Cette race trop spécialisée semble avoir maîtrisé toutes les complexités du pouvoir civique et de l'opinion populaire.  Les politiciens démocrates n’ont pourtant maîtrisé très peu au-delà des ruses électorales et de leur financement.

La laocratie exigerait une équité de base absolue quant aux individus, l’émancipation personnelle, des sauvegardes compliquées contre l’exploitation – soit à l’intérieure du groupe, soit externe – et beaucoup plus de temps libre pour philosopher.  Elle exigerait que nous élevions nos enfants rares et bien-aimés jusque leur âge adulte salubre, et qu'un public bien éclairé prête attention particulière aux avertissements éthiques afin de diminuer leurs conséquences inattendues.  Elle exigerait enfin que tout le monde valorise son Apprentissage par-dessus tout.

Dans une laocratie d’Apprentis, les politiciens auront des buts nettement définis et restreints.  Ils satisferont leur besoin d’être admirés, rendus confiance et choisis en concurrence  par le peuple: ce qui est, après tout, leur sujet de passion.  Se rendant en antennes sociales, ils puiseront le peuple pour ses problèmes et lacunes, l’interrogeront et l’écouteront attentivement.  Ensuite transmettront-ils les problèmes ainsi découverts aux communautés intellectuelles d’Apprentis admettant comme leur sujet de passion d’exposer des solutions valides à ce problème en particulier.  Les politiciens généralistes remettront ces solutions aux votants afin que ceux-ci puissent les approuver ou les désavouer en votant.  Plus jamais ces politiciens ne seront-ils tenus à prendre des décisions législatives afin de résoudre des problèmes sociaux dont ils ne seraient ni entraînés ni assujettis à la passion.  Plutôt agiront-ils envers leurs électeurs comme le ferait un magistrat honnête envers ses jurés : en tant que guide spécialiste et conseiller intime dépourvu de prise de décision.  Nous laisserions toutes ces décisions aux jurys aléatoires, dont l’honneur humain et l’orthodoxie intégrale et de plus en plus longue date interdiraient les trifouilles.

Nous ne parlons pas d’un paradis terrestre sans faute, mais de l’amoindrissement significatif des sacrifices et d’accroissements correspondants de célébration.  Choisis une célébration, choisis-en plusieurs et célèbre-les !  Évite de sacrifier quiconque sauf toi.  Célèbre-toi et la plupart des autres, fais-le de ton mieux possible!

La démocratie permet aux très riches de cueillir à la main des candidats politiques qui conviennent le mieux à leurs besoins.  N'importe quel politicien en défaut de cette simple contrainte se trouvera hors du jeu.  Par conséquent n’apparaîtra-t-il que très rarement, ce populiste charismatique et décisif, comme nous l’attendrions à chaque élection. 

Les quelques responsables qui éludent ces contraintes, des sociopathes riches peuvent neutraliser avec l’adresse d’une longue pratique.  Des Gracchii aux Kennedys et de Martin Luther King au prochain brave en ligne, nos chefs populaires ont été cooptés, marginalisés et assassinés par les conspirateurs d'avarice avec une facilité à en bâiller.  Ces meurtres publics n’ont, le plus souvent, même pas été sérieusement investigués, de peur lâcher une guerre civile.  Chaque communauté qui ritualise la punition capitale (sinon fait tout simplement disparaître ses protestataires) réserve-t-elle une exécution certaine pour ses meilleurs fonctionnaires publics.  Chaque fois que des prolétariens d'information ont trébuché sur quelque proéminence de justice et d'abondance, cette erreur fut bientôt lessivée dans le sang de son promoteur.

Quel est le métier le plus périlleux aux USA ?  D’être pécheur de crabe sur les cotes d’Alaska, sinon expert à désamorcer les bombes ?  Non ; c’est réussir comme politicien progressiste durant les années récentes.  Les personnes suivantes ont subi un écrasement mortel d’avion avant, durant ou après leur service politique.  La famille Kennedy reçoit sa propre colonne.

 

Ernest Lundeen

Clement W. Miller

Birch E. Bayh, II

Nicholas Begich

Thomas Hale Boggs

George W. Collins

Jerry Litton

George T. Leland

Mel Carnahan

Paul Wellstone

1940

1962

1964*

1972

1972*

1972*

1976

1989

2000

2002

Joseph P. Kennedy

Katheline Agnes Kennedy Cavendish

Michael Joseph Kennedy

Ted Kennedy (blessé,  son aide mourut)

John F. Kennedy, Jr.

Carolyn Bessette-Kennedy

Lauren Bessette

 

1944

1948

1949

1964*

1999

1999

1999

 

 

 

* Les mêmes accidents : l’un en 1964 (que Bayh survécut indemne) ; l’autre en 1972 (quatre morts).

 

Dans beaucoup de cas, ces gens-là furent non seulement des progressistes mais des dirigeants : des personnes d’un dynamisme exceptionnel, des chefs confirmés du parti Democrat sinon en formation comme tels.  Les seuls dirigeants confirmés de droite ayant récemment péri en avion furent Larry MacDonald dont le vol de Korean Airlines 007 fut abattu en survolant la Russie en 1983 (une conspiration transparente, même selon les critères américaines; en dépit d’une rafale de procès de la part des familles affligées et d’appels juridiques depuis les compagnies d’assurance également affligées, aucune cour d’assises n’a souhaité vérifier cette conspiration) ; John Tower, le président de la commission Tower qui investigua le scandale Iran/Contra, qui mourut en 1991 ; et John H. Heinz, mort la même année. 

Il y eut d’autres sinistrés politiques, mais leurs tendances politiques étaient floues et ils moururent, en toute probabilité, de façon accidentelle.  Étant donné qu’autant peu de progressistes authentiques n’aient été admis au pouvoir en Amérique et d’autant plus de réactionnaires, les probabilités de mortalité par personne se rendent encore plus astronomiques.  Un actuaire devrait entamer une étude scientifique de ces anomalies troublantes.

Il est intéressant de jongler ces chiffres.  Tandis que quatorze Democrats ont souffert d’un écrasement aérien et dix Republicans ; si l’on remplace les Democrats par des Démocrates/Progressistes confirmés et les Republicans par des Républicains/Réactionnaires confirmés, puis tronçonne ces chiffres avant 1950 et après, voici le résultat :

 

      DEM/PROGRESSISTE

 

      GOP/REACTIONNAIRE

Avant 1950

Après 1950

 

Avant 1950

Après 1950

      4

       10

 

      4

      6

 

Étant donné que les partis Democrat et Republican furent beaucoup moins polarisés avant, disons, 1940, nous pourrions probablement déplacer deux ou trois de ces soi-disant progressistes d’avant 1950 dans la colonne correspondante réactionnaire.  Ces appellations étaient jadis mieux dissimulées.  Ceci nous rendrait les comptes suivants :

 

LIBERAL

 

CONSERVATIF

Avant 1950

Après 1950

 

Avant 1950

Après 1950

      2

       10

 

      6

       6

                                                                                             

Cela ne prendrait pas en compte des accidents d’automobile (plus faciles à ingénier que des chutes d’avion) et d’autres façons de mourir en service public : toutes ce dont les Democrats ont souffertes de façon disproportionnée (des chiffres de fatalité de deux ou plus contre un).  Compare ces chiffres avec ceux de législateurs suicidaires en service public.

 

REPUBLICAN:                            7

DEMOCRAT:                              3

 

Apparemment, les réactionnaires eurent quelque chose de plus à cacher.

 

Nos élections « démocratiques » sont falsifiées avec impunité.  Des gens appartenant à d’anciens groupes d’intérêts spéciaux sont indélogeables des agences de contrôle électoral.   Quelle coïncidence !  De plus longue date que leur autorité fut acceptée, le moins de questions seront posées quant à leur légitimité et le plus d'infractions qu'elles peuvent se permettre sans investigation ni correction sérieuse, bien moins pénalité directe.

Durant ce vingt et unième siècle, nos élections populaires sont effrontément falsifiées.  Même lorsqu’une malversation flagrante est découverte, elle passe non corrigée, des nations les plus riches à celles les plus pauvres.  Nous permettons toutes les escroqueries dites démocratiques et ne confrontons jamais ces escrocs qui abusent de notre indulgence.  Ainsi aurions-nous gâté la démocratie en la célébrant, par refus de nous chamailler avec ces scélérats influents.  Leur tyrannie s’enfle chaque fois qu’ils commettent une nouvelle malversation : le tout au nom de la démocratie sacrée.

Les révolutions au nom de la démocratie ont renversé la tyrannie monarchique.  La révolution des Apprentis renversera notre tyrannie dite « démocratique. »  La différence, cette fois-ci, sera que nous remplacerons cette tyrannie d’armes par un gouvernement paisible et strictement retenu, non par une tyrannie d’armes encore plus récente et tapageuse.

La démocratie est une politique idéale pour un état mûr d'armes, mais hostile aux valeurs de la paix.  Pour un gouvernement d'armes, les avantages de la démocratie sont quadruples.

 

·        Moyennant des paramètres soigneusement définis, le recrutement et les promotions seront basés sur la fidélité et le rendement de services à l'élite.  Cet arrangement est légèrement préférable au remplacement héréditaire de nobles innés : incompétents, malades ou fous, et de leurs sycophantes. 

·        Comparé à la plupart des tyrannies d'armes, la démocratie offre une transition plus ordonnée au pouvoir.  Tandis que des prêtent noms élus se remplacent avec une régularité placide, des courtiers d'arrière pièce peuvent déterminer chez qui le gazon rétrécira ou se développera selon l’intérêt des plus grandes fortunes.  Peu d'émeutes et de rébellions malpropres s'ensuivront et pas trop de bagarres internes.  Du moins en théorie, du moins la plus part du temps.

·        La démocratie accorde aux riches encore plus d'influence que n’accorderait leur petit nombre.  Plus ils sont riches et restreints en nombre, le plus seront-ils puissants dans une démocratie.  Ceci leur accorde un excèdent de pouvoir politique, en dépit des récompenses égoïstes qu'ils monopolisent dans la poursuite de leurs petits intérêts privés.  Le plus que s’amoindrit le nombre de ces preneurs de décision, les plus bornées et maladroites leurs décisions se rendront de façon arithmétique.

·        La démocratie donne aux prolétariens d'information l'illusion d'une voix dans le gouvernement, sans conséquences fonctionnelles.  Cette ignorance institutionnalisée empêche la plupart des prolétariens de rendre des décisions valides.  Confirmant l’illusion du pouvoir à partir des ras de pâquerettes, les campagnes électorales se dégénèrent dans des slogans de convenance, des anecdotes non pertinentes et des souillures de personnalité.  Par consentement universel, rien de sérieusement important ne sera discuté en publique.

 

M. Ralph Nader a bien exposé ce quatrième défaut.  Durant sa campagne présidentielle de l’an 2000 en Amérique, il fut un candidat vigoureux de réforme, soutenu par un parti politique bien encadré  aux ras des pâquerettes : le Parti Vert américain.  Il disposait d’incontestables appuis populaires dans tous les états de l'union.  Il entretenait une batterie de propositions scrupuleusement étudiées afin de résoudre les problèmes courants.  En contrepartie de ses opposants louches, il décrit sa position clairement devant des grands assemblés populaires.  Ses adversaires médiocres s’avouaient incapables de dupliquer l’assistance enthousiaste de ces réunions. 

On lui refusa de débattre avec des candidats orthodoxes.  On ne lui accorda de temps proportionné dans les médias.  Il fut renié accès aux conventions des partis orthodoxes.  Encore plus abominablement, il fut ignoré par la grande populace.  Les médias en masse leur ont persuadé que leurs votes seraient « gaspillés » s'ils osaient voter leur conscience morale.

Dans une démocratie mûre, quiconque menace de discuter sérieusement des sujets politiques doit être éloigné du discours public.  Il sera ignoré avec obstination égale : du dessus par les médias et d’en dessous par les membres de partis majoritaires.

 

« Comme forme de gouvernement, la démocratie appartient au futur.  Elle prit forme tant récemment dans les affaires et l'esprit de l’homme, qu’elle n'est que l’ombre de ce qu’elle deviendra.  D'ailleurs, voici la forme gouvernementale qui n'existera pas, en réalité, avant que ne se produisent des changements sociaux, économiques et même culturels n'ayant encore advenus.  … Henry Wallace parle du siècle de l’homme, du centenaire démocratique, comme de quelque chose à venir.  On aurait bien dit : « La raison que des hommes raisonnables estiment que le monde démocratique doit survivre, c’est non parce qu'on l’aurait déjà réalisé parfaitement mais parce qu'on ne l’ait à peine réalisé... » » Mortimer J. Adler, Comment penser de la guerre et de la paix, Simon and Schuster, New York, 1944, p 186.

 

L’expression « démocratie » vient du mot grec « demos. »  Traduit ordinairement, « demos » signifie une parcelle de terre rurale, ses propriétaires, et l'ensemble des habitants « libres » (donc des propriétaires.)  Ce mot peut aussi décrire l'assemblé urbain et la commune.  En conclusion, il signifie l'autorité du peuple ou l’exigence de l’état. 

« La laocratie » vient du mot grec « laos » : la multitude, les gens communes, les soldats enrégimentés, les sujets d'un prince et les masses dans le sens marxiste.  Le mot grec « laos » peut nous être plus utile que celui d’ « idiote » (des gens qui refusent de voter) : ces fanatiques du sport et d’opéra de lessive télévisé qui passent aujourd'hui pour des citoyens libres. 

Voici comment la démocratie diffère de la laocratie.  Les démocrates se prétendent « réalistes » en considérant inévitables et propres des contradictions sociales et l’injustice en résultant, tandis que les laocrates considéreraient la liberté et la justice comme des nécessités obligatoires et autorenforceants qui doivent être encouragés sans exception. 

Les  démocrates redoutent la foule : l’ultime arbitre de l'injustice démocratique.  Dans une commune d’Apprentis, cette prétendue foule deviendrait une source bienfaisante de tranquillité, d’élégance, de raffinement et d’abondance : le cadre d’une stabilité massive qui retiendrait la multitude des gyroscopes énormes et tournant à folle allure de la laocratie.  Ces Apprentis auraient des dispositions bien plus délicates que la violence de la foule, sachant mieux transformer l'anéantissement politique dans une législation révisée et des améliorations notoires.

Le mot « laïc » se dérive du mot grec « laos » qui décrit la masse des non professionnels.  Voici la différence entre un laïc et un professionnel.  Les amateurs gaspillent beaucoup de temps et d'énergie dans leurs premiers efforts, dont la plupart échouent à cause de leur manque d’expertise.  Bientôt de suite, l'exécution laïque s'améliore de manière spectaculaire.  Les amateurs doués ne sont limités que par l’effort qu'ils souhaitent dévouer à l'amélioration de leurs qualifications, et par leur tendance, au passage du temps, à adopter les défauts professionnels énumérés ci-dessous.  Leur courbe d'accomplissement diffère radicalement de celle des professionnels, dont les premiers efforts produisent un résultat comble et dont les efforts subséquents n’aboutissent qu’en de moins en moins.

Les professionnels réalisent tout malaisément dès le début : ainsi que leurs professeurs leur aient enseigné.  Entreprendre n'importe quoi de différent, pour le mieux ou le pire, cela soulève une clameur de polémique professionnelle.  Toute efficacité supérieure menace le bol de riz collectif.  On enseigne aux professionnels comment compromettre leur éthique en faveur de la discipline et de la cohésion interne.  Des collègues chancelants sont protégés au frais public, même lorsque leur compétence et honnêteté font défaut d’une norme prédéterminée de médiocrité. 

 

Durant les anciens temps, des technologies raffinées étaient requises afin de conserver des documents et des médias fragiles.  Ce fut toujours le cas, encore plus aujourd'hui.  Le savoir lire fut une compétence très rare et coûteuse à apprendre.  Une poigné de jeunes élèves subissaient une formation brutale.  Au moyen d’examens exhaustifs, des solutions en formule furent gravées à l'eau-forte sur leur esprit.  Une seule solution apprise par cœur fut considérée valable : une autre tentative d'assurer contrôle conforme à longue distance. 

La plupart de ces diplômés furent expédiés au loin dans le bled culturel, pourvus d'un petit panier d’argiles ou de rouleaux de feuillets, le crâne bourré de clichés d'armes.  Leur déplacement au-delà des écoles centrales était difficile, dangereux et onéreux.  Une fois arrivés, ils étaient supposés régir une communauté de prolétariens illettrés dans un vide d'information.  Ce silence poussiéreux ne fut interrompu que par l’aléatoire messager à cheval amenant des proclamations intermittentes, des nouvelles requises d’impôts toujours en croissance et d’exceptionnelles nouvelles d’affaires commerciales de la part de l’élite d’info.  Ces disciples infortunés furent appariés avec des brutes d’hommes de guerre.  Armés de pouvoirs militaires et de police, celles-ci imposaient leurs décisions après avoir en théorie écouté l’avis des érudits. 

Mon ami, Paul Lackman, a évoqué Théodoric : encore un de ces bouchers dénommés « le grand. »  Il saccagea Rome avec ses Ostrogoths et puis réintégra les administrateurs survivants latins (comme Cassiodore) à leurs responsabilités civiques.  En principe confina-t-il ses Goths aux fonctions militaires.  Il ne dépluma que le petit malin aléatoire, du genre Boettes, de sa tour en verre et en ivoire, et le mit à mort.  Le condamné avait osé proposer que l'intellect émancipé pût être supérieur à la gestion d'armes.  Notre histoire est hérissée de telles exécutions exemplaires.

Un mandarinat monolithique émergea en Chine.  Personne ne pouvait rejoindre l'élite d'information sans avoir passé l’examen impérial.  Cette bureaucratie s’est par conséquent rendue hautaine, inflexible et enracinée d’exemples précédents.  Elle a rendu son orthodoxie l’ennemie rigide de la créativité, de la complexité et du changement.  Ces mandarins avaient tendance à jeter leurs mains en l’air – pourvu que leurs ongles trop longs leur permirent – lorsque des circonstances incertaines rendaient nulle leur réserve de banalités apprises par cœur.  Ils ont dû abandonner de vastes marchés outre-mer, puis rejeter des technologies des siècles en avance de celles occidentales.  Ensuite se sont-ils rendus à l'agression, au provincialisme, à la misère et à la corruption : le tout en soumission parfaite aux préceptes d'armes de leur certification mandarine.

Des Apprentis brillants ont déclenché un âge d'or de technologie occidentale.  Ils ont presque réussi à pétiller un âge d'or comparable en Chine manchou.  Au lieu, la Chine décrut sous le contrôle de ces mandarins.  Rien n'amortit la créativité comme l’obligation d’une certification scolaire pour toutes les positions de responsabilité.  Voici la seconde plus mauvaise alternative (bien que peut-être la mieux rangée) quand des circonstances variables exigent une nouvelle transformation sociale.  L’option évidemment la pire, c’est la promotion par voie de brutalité : l'alternative d’armes cultivée de façon machinale durant des crises martiales et des révolutions ordinaires.

Les caractéristiques conjointes des mandarinats et des systèmes d’université apparaissent autant en Chine antique qu’en occident contemporain.  La forme et l'aspect remplacent le contenu et le résultat : les moyens permis justifient des fins lamentables.  Dans les deux sociétés, l'empaquetage assume une importance supérieure au contenu.  Les questions « qui » et « comment » éclipsent « quoi » et « pourquoi. »  Cela devient une obligation universelle de détenir des bonnes intentions (en particulier, que le canot ne soit pas trop basculé.)  Cet engagement vient au devant de la menace des conséquences imprévues et de leurs résultats désastreux. 

Nous allons bientôt devoir basculer un peu le canot et réaménager sa charge de façon radicale, afin de ne pas chavirer au passage des prochaines rapides s’approchant précipitamment.

 

« La fin justifie les moyens. »  Exprimé d’abord par le poète romain Ovide, Machiavel s’en servit dans son livre, Le Prince.  Plus tard, Hitler et ces complices la malmèneraient de même.  En d'autres mots, les résultats héroïques justifient des méthodes démentes.  Pour Hitler et ses pairs, leurs conséquences et leurs moyens se sont rendus également déments.  Grâce à eux, notre discussion des fins et des moyens vient d’aboutir dans un cul de sac.  Ces jours-ci, le débat des conséquences valables ce dissout en faveur de l’examen au microscope de moyens insignifiants, conduit de préférence par litige.  Cette contradiction d’Hitler est passée en revue à pas d’oie chaque fois que quiconque préconiserait des résultats justes de leur propre compte.  Dis-moi, s’il te plait, quand nous discutons des valeurs morales, qu’est ce qui nous prend de nous citer Hitler les uns aux autres ? 

Je cite Mein Kampf, et très soigneusement d’ailleurs, dans quelques chapitres de ce livre.  Cela pour deux raisons distinctes.  D'abord, je le cite directement quand il dit quelque chose de périphérique et d’appropriée (habituellement par accident) au sujet d’un certain traitement du texte.  Deuxièmement, quand il jette un ombre mesquin sur le sujet en question, trahissant de manière trop évidente le contraste entre ses intentions d’armes et l’intention paisible de ce livre.  En citant Hitler hors contexte, je risque sans doute d’encaisser la censure des deux côtés du passage central.  Je soupçonne que certaines personnes, qui nieraient de toute façon le contenu de ce livre et qui n’en lieront aucune partie avant de le nier, emploieront ceci comme leur excuse.  Tant pis !   D’être nié par de telles gens, j’en suis flatté.

Voici tout ce que je puis dire, ce concernant.  J'habite la terre en armes, je dois donc prendre mon matériel là où je le trouve.  Si j'avais restreint mon analyse à rien de plus que des textes acceptables de paix, je n’aurai jamais rassemblé les éléments de cet ouvrage.  Parlant de façon générale, les textes serviables de paix n’ont presque jamais été permis de survivre.  L’ultime prix littéraire de paix sur cette planète, c’est d’être rendu à l’index par toutes les imprimeries contentes d’elles-mêmes, de faire incendier son livre par quelque fanatique sinon interdit par quelque religion ou idéologie en masse de passage.  D’être nié de cette façon, j’en serai flatté.

En fait, la formule du monde réel, en ce qui concerne ce débat, elle est beaucoup plus clarifiante puisque fondée sur les aboutissements.  Les fins se rangent en parallèle des moyens.  La qualité des fins justifie celle des moyens.  Pourvu qu'ils soient uniformément obéis, les bons moyens produisent les bonnes fins et les mauvais moyens engendrent une mauvaise fin.  Cette bonne fin ne justifie jamais un mauvais moyen ni n'en est-elle apportée.  Tour à tour, les mauvais moyens ne peuvent presque jamais atteindre de bons buts.  La première apparition de mauvais moyens, sans correction immédiate, mène à l’emparement du pouvoir par rien que des mauvais moyens.  Aucun besoin d’attendre d’inévitables mauvaises fins avant d’intervenir instantanément afin de rétablir les bons moyens et d’assurer ainsi une bonne fin.

Tout ceci devrait déjà nous être incontestable.  Mais ça ne l'est pas, grâce à notre abus assidu de cette citation d’Hitler.  Abusant de ce mythe d'armes, les menteurs d'armes nous ont fait conclure que les moyens doivent toujours être d’une médiocrité acceptable, tandis que les fins peuvent toujours être ignorées.  Selon nos préjugés les plus à jour, des bonnes fins ne sont point pertinentes et nos meilleurs moyens seraient de toute façon impraticables.  Voici comment on arrive à affamer des bébés par milliards par année sans aucune dispute.

Une illustration intéressante de ce mythe d'armes, c’est le paradoxe qu’écrit Dostoïevski quant à l'utopie.  Je crois que ce texte se trouve dans le chapitre « Le Grand Inquisiteur » de son livre Les Frères Karamazov.  Un protagoniste fait une demande dans ce genre : 

« Si vous pouviez garantir l'utopie en perpétuité, en torturant une petite fillette innocente jusqu’à la mort, le feriez-vous » ? 

La réponse correcte ? « La torture d'un enfant innocent ne pourrait en aucun cas promouvoir les buts de l'utopie.  Au contraire, un tel crime nuirait de façon automatique à tous ses objectifs.  Ton paradoxe est évidemment un mythe d'armes.  Tais-toi, mythomane d’armes et réactionnaire sans scrupules, et cesse d’empoisonner cette conversation. »

 

De nos jours, les Apprentis pourraient inviter des consultations sans limites.  Beaucoup de prolétariens d'information saisissent leur matière de passion mieux que le font des professionnels équivalents.  Mille experts amateurs attendent d’être appelés de l'ordinateur et du modem téléphonique les plus proches.  Chaque décision sociale pourrait être un chef-d’œuvre réalisé sur commande, unique et parfaitement oeuvré.  Notre laocratie est pratiquement à l'horizon.

Comme d'autres parmi nos institutions les plus prisées, la démocratie, voici le produit final de la mentalité d'armes.  Le long de milliers d'années, des directeurs d'armes ont poli la démocratie jusqu'à ce qu’elle se rende en un outil multi parfait entre leurs mains attendries de sang.  Nous ne pouvons plus prévoir que de l’hypocrisie hautaine de la part des directeurs d'armes démocratiques.  Ces augustes personnages prévoient des nouveaux miracles de mise en boîte des connaissances et des systèmes de gestion d'ordinateur, alors qu’ils tournent le dos aux solutions de rechange des Apprentis, évidemment préférables. 

Comme la plupart des technologies globalement paisibles dont nous aurons besoin, nous pourrions tirer des meilleures solutions de rechange, parfaitement disponibles, de l'étagère des technologies d’armes. 

 

ENSUITE      TABLE DES MATIÈRES      ANTÉCÉDENT

 

APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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