- COMMENT APPRENDRE À DANSER -

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SOMMAIRE D’APPRENTIS      INTRO ET VOCABULAIRE

 

Comment fuir de cette terre en armes ?  Ce pourrait nous sembler facile en théorie, mais quasiment irréalisable en pratique.  Les achèvements antécédents de paix ont été largement boiteux.  Étant donné la profondeur de notre endoctrinement d'armes, la lutte actuelle pour matérialiser la paix au monde pourrait nous sembler naïve, impraticable et illusoire, voir « utopique. »

Comparons les capacités d'un chat.  Ses facultés sensorielles et musculaires fonctionnent en harmonie impeccable.  Ses sens alimentent son cerveau de façon tant précise que son intellect et sa musculature maintiennent leur dialogue en équilibre parfait.  Par conséquent, cette danse féline est un plaisir à observer par n'importe qui ne serait pas sa prochaine proie.

Revenons aux époques préindustrielles.  Seulement un philosophe parmi les plus riches pouvait tenir en disponibilité assez de loisir et d'instruction pour condenser la teneur clairsemée des informations de son temps.  S'il voulait se faire creuser un fossé, il pouvait commander des esclaves coûteux de le suinter aux outils primitifs ; s'il sollicitait des connaissances exotiques, il pouvait errer le monde afin de les découvrir à force d’énormes dépenses et périls.  Le long d’une vie assez courte, il pouvait trébucher sur des sages et des rares dépôts de documents en rayon de quelques centaines de kilomètres de chez lui.

Les capacités de cet ancien philosophe se sont légèrement avancées au-delà celles du chat : disons des milliers de fois.  D'autres personnes devaient obéir à ses commandes, outre même de sa gamme de perception et d’ordres.  Les chats ignorent de telles directives.  Ses commandes parlées et écrites, ses esclaves et outils primitifs ont multiplié sa puissance musculaire bien au-delà de ses facultés mentales.  Ce philosophe pouvait maintenir un équilibre de sortes, entre sa puissance musculaire et son intelligence, mais ce lui aurait été un exercice de plus en plus délicat.

Un philosophe contemporain peut lire et discuter toute sa vie d’ordinaire plus longue.  Des meilleurs dispositifs de transport et de communications, et le perfectionnement d’instruments d’aide mémoire, supplémentent ses capacités.  Grâce à ces dispositifs, il peut assez facilement coordonner de grands assortiments d'information.  Toute cette besogne prend néanmoins un certain temps, beaucoup de temps comparé à nos durées marginalement prolongées de vie ; et qu’un trop petit nombre n’est disposé à l’entreprendre.  Bien que la population humaine ait éclaté, la compétence de nos philosophes ne l'a pas.  Nous persistons dans la mutilation des platitudes de la philosophie antique, comme un chat jonglerait sa proie, en attendant son coma de choc pour la morceler.

Ainsi que les religions d'armes ont jadis paralysé la pensée particulière, nos idéologies d'armes nous glacent l’esprit aujourd'hui.  Quand à entreprendre le bien et déraciner le mal, nous sommes comme des coureurs athlètes, figés sur place mais prévoyant un élan subit de vitesse. 

Quant à multiplier notre puissance musculaire, nous avons fait du vrai progrès.  En ce qui concerne la force mécanique crue, nous pouvons basculer des objets des milliers de fois plus vigoureusement que ces anciens n’en furent capables.  Nous transporter à l’autre bout du monde durant une petite journée, cela nous est praticable pour moins que le salaire moyen d’un mois de travaille.  De leur point de vue, des dieux seuls pouvaient contempler des exploits de puissance corporelle que nous considérons de routine.  Et nos développements les plus rapides sont toujours ceux de la guerre.  Se reposant derrière une mitrailleuse moderne, n’importe quel faiblard contemporain pourrait flageller leurs trirèmes ou phalanges cuirassées – les matérialisations parmi les plus brillantes de leurs qualifications sociales et mécaniques – en tas de viande hachée, bois de plage et bronze recyclable.

Pouvons-nous déceler ce déséquilibre ?  Le chat possède une puissance de cerveau x, à l'intérieur d'un corps d’une puissance de muscle y.  À toutes fins pratiques, x = y. 

Notre ancien philosophe a pu convoquer quelques milliers d’unités d'intelligence et un million d'unités de puissance musculaire.  À présent, chacun dispose d’un million d'unités d'intelligence (plutôt concentrée en engins d’aide mémoire et de communications, puis dans l’éducation ; à peu près la même potentialité de raisonnement de base) et d’un milliard d'unités de puissance musculaire.  Un million de x et un milliard d’y.

Présumant que les capacités du chat soient en équilibre, notre civilisation réagit comme le corps d'un éléphant sous la commande d'un cerveau de cafard sinon d’un réseau électronique – projetant des étincelles – de six milliards de cerveaux cafardeux et mal reliés. 

Un animal tant décervelé par rapport à sa musculature, se rendrait malade sans le savoir, se casserait les pattes en flânant dans la forêt et périrait de faim au milieu d’un marché agricole.  Il ne saurait parer la plus petite menace.  Ou ses organes et membres se gaveraient sinon crèveraient-ils de faim. 

Te rends-tu compte que le monde entier est bâti ainsi et qu’il réagit exactement de cette manière ?

Encore pis, son cerveau effréné de cafard serait trop préoccupé par une suite ininterrompue d’immenses crises pour adresser son problème fondamental : l'écart s’élargissant entre son intelligence d'insecte et sa force éléphantesque.  Ayant réussi à résoudre un ou deux problèmes par voie de brutalité, il se mettrait à résoudre tous ses problèmes subséquents par des applications semblables de brutalité sinon encore plus vigoureuses.  Pour l’homme muni d’un marteau et rien d’autre, tous ses problèmes se rendent en clous.

Nous refusons de rajuster nos réseaux d’Apprentissage (nerveux) pour convenir à nos potentialités mécaniques (musculaires.)  Ainsi, le dialogue équilibré, entre la musculature du chat et son système nerveux, se dégénère en un monologue convulsif d’institutions se prétendant d'Olympe, jusqu’aux arènes prolétariennes, moindres et désespérées.

Une solution semble évidente : implanter le cerveau d'un éléphant dans cet éléphant et l’observer danser !  Réenclencher le monde entier pour plus grande sagacité.  Nous serons étonnés combien plus astucieux nous pourrions nous rendre, combien de grands problèmes se rendront en plus petits et de petits disparaîtront, une fois que le monde entier sera encablé et nous mieux formés pour plus grande adresse mentale. 

De rigueur, nous devrions harmoniser le dialogue global et continu entre nos données nerveuses et notre rendement musculaire.  De faramineuses efficacités neuves pourraient surgir une fois que ces nouveaux réseaux percepteurs surveilleront les activités (surhumaines) à grande échelle.  De tels réseaux élèveront au-delà d'imaginer nos normes courantes et risibles de vie.

Qu’est ce que cela veut dire en plus clair ?  Multiplier mille fois toutes les dialogues à propos de sujets paisibles et réduire l'entretien guerrier tout en proportion.  Rendons, dès la puberté, tous les enfants sur terre  en maîtres agrégés d’études autogérées; adaptons à cette tâche les systèmes modernes de communication développés afin de nous entre-tuer.  Multiplions par mille fois cette technologie remise à la paix. 

 

« La manière militariste et préférée de se servir du sentiment d'insécurité des masses, c'est de lever une alarme, de préférence celle d'une invasion menaçante, et maintenir qu'un danger existe que personne ne peut mesurer, à part des généraux experts.  Puisque l'histoire n’est pas écrite sur de telles lignes, l’on ne peut débattre combien fréquemment ce crier d’alarme soit secondé par la raison.  Mais on peut conclure que voici, tôt ou tard, l’habitude inaltérable de toutes les bureaucraties militaires. » Alfred Vagts, The History of Militarism, (L’histoire du militarisme), Greenwich Editions, p. 341.

 

 La mentalité d'armes justifie sa dominance en criant au loup à propos de menaces massives qu’elle découvre au-delà de la membrane domiciliaire.  La solution ?  Débarrassons-nous de la plupart de ces membranes ; créons une membrane à l’intérieur de laquelle réside tout le monde.  Moins de menaces ne dureront, pourvu qu’aucune élite de bataille ne soit laissée en dehors, devant cambrioler.  Chaque menace résiduelle serait un problème de police réclamant une réplique plus pensive et moins militaire : des frais compensateurs plutôt que démolisseurs—simplement plus futés et moins bêtes, vois-tu ?

Comment l’accomplir ?  La clef se trouve toujours dans les communications.  Là où une ligne téléphonique existe, installons-en mille.  Là où la factrice de poste ne vient qu’une fois par semaine, laissons-la venir tous les jours.  Là où des bibliothèques publiques existent déjà, doublons leur contenue et fusionnons-les dans un réseau global d'informations.  Là où elles n’existent encore, établissons des modèles supérieurs.

Chaque gouvernement national devrait parrainer une page gratuite sur la toile globale, sachant bien traduire et interpréter n’importe quel texte en langues locales.  Il ne s’agirait que de le retraduire et scrupuleusement le réinterpréter jusqu’à ce que la traduction retraduite corresponde au texte originel.  Sinon, le retraduire de façon différente.  Ce service pourrait déjà exister, développé et monopolisé par des spécialistes de renseignement stratégique.  Chaque pays devrait le rendre gratuitement disponible sur le réseau mondial. 

Permettons-nous de nous entretenir en paix comme des êtres civilisés, au lieu d’agir comme des sourds muets trouvant des raisons stupides pour nous entretuer.  Mes mille excuses aux sourds muets du monde, en grande partie plus raisonnables.  Les plus troublants les combats locaux, la plus importante que serait la nécessité d’y multiplier les communications locales.

Nous pouvons noter la tendance opposée, remplaçant des médias valides par des systèmes de propagande en monologue et de valeur moindre, dans toutes les populations tant riches que pauvres.  Des villes américaines (si suffisamment grandes, riches et chanceuses) ont chacune un journal quotidien ; jadis en avaient-elles davantage.  Les radiodiffuseurs communautaires sont pourchassés comme des criminels sinon emmaillotés en rubans rouges bureaucratiques, tandis que des hypercorporations consolident leur monopole médiatique au moyen de cadeaux faciles fédéraux.  L'accès aux ordinateurs trop coûteux se rétrécit pour les pauvres, tandis que des riches s’accumulent l'Internet et renforcent leurs réseaux désuets de télévision avec de coûteuses technologies de pointe à bande large.  L’expression « de pointe » est comparative.  Étant donné le développement courant de la technologie, dès qu’on la bâtit, elle sera obsolète.

Si nous obstruons ces médias de pointe avec les ordures promotionnelles dont nous sommes habituées et rien de plus, toutes ces percées communicatives seront gaspillées.  Les meilleures communications accueillent le meilleur contenu possible, non seulement de plus neuves quincailleries de transmission.

La liaison étroite entre la commission fédérale des communications aux USA et la nouvelle technologie de télévision digitale, illustre bien ce problème.  Les conversions de matériel et de logiciel de la télévision digitale vont rehausser les prix, de l’extrémité des annonces à celle des récepteurs individuels.  Chavireront les télédiffuseurs indépendants.  La valeur de ce contenu diminuera en faveur de réclames commerciales de plus en plus insistantes.  Personne n’en bénéficiera, sauf des grands réseaux corporatifs.  Le monopole des médias par une poignée de corporations et leurs effileurs d’opinion, et leurs bénéfices redoublés par des publicitaires corporatifs et des locataires particuliers de services de câble et de satellite, ceux-là ne feront qu’empirer, grâce à l'imposition par la CFC d’une technologie toute récente, quoique superflue avant que son contenu ne soit amélioré en proportion. 

Des opinions divergentes devraient être mieux écoutés et des réflexions sérieuses doivent dominer la propagande conventionnelle.  Des idées excentriques méritent une audition équitable. 

Toutes les tribus et nations doivent jouir de leur expression politique et autodétermination : indéniables parce que fondées sur des garanties constitutionnelles appuyées par force majeure et maintenues par un consensus global et incontestable.  Si nous ne l’entreprenons pas d'un sens inné de justice, nous le devons afin de réduire la retombée négative des « mouvements révolutionnaires de libération » qu'aucune armée ne peut supprimer. 

Aucun état d'armes ne mérite de souveraineté n'étant basée que sur son monopole mythique de puissance locale de feu.  Dans ce cas, comme dans la plupart d’autres, nous devons rendre meilleure justice, si seulement parce qu'elle nous serait à la longue plus commode à administrer, moins périlleuse et plus profitable que son dénie, quel qu’en soit l’argument.

Cette incontestable prospérité ne serait qu’un rêve de pipe, avant que chacun ne s'attende à son abondance particulière et sa sécurité comme allant de soi.  Les plus pauvres parmi nous méritent d’une existence confortable et du revenu annuel qu'elle nécessite.  Toutes les honnêtes gens devraient se sentir chaque jour un peu plus à l’aise.  Ensuite, les plus ambitieux pourront multiplier ce minimum par de cinq à quinze fois (et peut-être davantage) afin d’assurer leurs propres besoins, sans qu’aucun mal additionnel n’en résulte.  Cette richesse commune pourrait se multiplier indéfiniment, pourvue qu’elle soit distribuée de façon équitable. 

Une fois que nos activités innovatrices rattraperont nos investissements d'armes à l’échelle planétaire, le prix des fondamentaux de survie chutera simultanément.  De grands excédents de profit seront entreposés, avec lesquels nous pourrons transformer l’espace extraplanétaire en notre centre favori d’exploitation industriel et exploration scientifique, puis toute la planète en Eden : scène parfaite pour apprendre à danser.

 

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APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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