- LA STUPIDITÉ RITUELLE -

 ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS     INTRO ET VOCABULAIRE

 

« Pouvais-je tranquillement observer mes camarades piétiner comme des sots dans toutes les directions imaginables, sauf cette seule où se trouverait le bonheur qu’ils cherchaient ? »  Robert Owen, New Lanark, Cole, 108, pris de The Life and Ideas of Robert Owen, by A.L. Morton, Monthly Review Press, 1962, p. 61.

 

Dans son livre magnifique, La marche de la folie, Barbara Tuchman examine la dissonance cognitive.  Selon sa définition, la dissonance cognitive, c'est une tendance parmi les bureaucrates (et leurs communautés) d'abandonner tout bon sens, tout gain à long terme et toute bonne conscience en faveur d'une politique outrageant ces préceptes.  La dissonance cognitive prend le devant en dépit d’une abondance de conseils préventifs. 

Les préalables de la dissonance cognitive incluent :

 

·     convoitise de puissance,

·     pouvoir excessif,

·     syncopes et stagnations mentales,

·     persistance dans l’erreur et

·     stupidité protectrice (refus d’observer les alertes).

 

Les conséquences de la dissonance cognitive :

 

·     Le suicide social remplace la raison : comme lorsque les Troyens ont accueilli leur cheval en ville et n'ont pas planté des gardes autour, tandis qu'ils fêtaient leur victoire imaginaire.

·     Des instruments sociaux abandonnent leurs tâches désignées et se transforment en institutions : la papauté de la Renaissance poursuivit la richesse et le pouvoir au lieu des réformes religieuses ; le congrès des États-Unis poursuit ses finances de campagne électorale au lieu de l'avantage public.

·     Les dirigeants s'asservissent aux idées préconçues : la défaite américaine au Vietnam, l’ingagnable guerre contre les drogués, l'empire de prison courant dans l’occident, l'effondrement de la gérance soviétique, l'enlisement militaire en Irak et en Afghanistan, que tous les responsables américains prétendaient impossible, etc. …

 

La marche de la folie ne comprend aucun chapitre décrivant un gouvernement autocritique, même d’exception.  Les administrations d'armes se félicitent et se perpétuent, même durant des intervalles d’effondrement incontestable.

Mme Tuchman nota le martyre de Mohammed Anwar El-Sadate en 1981.   En tant que président d'Égypte, il prit la décision impopulaire d’entrer en pourparlers avec Israël.  Il fut assassiné pour ses peines.  Son confrère israélien, le premier ministre Yitzhak Rabin, fut abattu quelques décennies plus tard, pour exactement les mêmes raisons, par exactement le même genre de personne du côté opposé.

 

La politique habituelle d'armes n’est retenue que par des inefficacités dans son exploitation, des méthodes confuses, de l’inertie mentale, des obstacles de protocole et des disputes quant au partage des restants.  Puisque des chefs mal orientés insistent, dès le début, à mener leurs affaires de façon incorrecte, l'inefficacité institutionnelle amoindrit leurs mauvais résultats.  Ceci en dépit du dictat des mémères anglo-saxonnes : « Deux maux ne font pas un bien. »

Voici d’où provient le syndrome 1984.  Puisque tout le monde s’est persuadé que le gouvernement sera toujours malicieux, pourquoi ne pas le rendre aussi stupide et impuissant que possible afin de réduire sa malveillance ?  Hélas, les gouvernements stupides sont aussi les plus malicieux et retiennent le plus grand appétit d’accroissement.

Ce que La marche de la folie appelle la dissonance cognitive : une aberration momentanée, APPRENTIS appelle la STUPIDITÉ RITUELLE : tendance constante dans la gérance d’armes.

La plupart de nos institutions publiques agissent habituellement de façon irrationnelle.  Même si leur mandat de base est raisonnable, leurs bureaucrates s’arrangent pour le contredire.  Mme Tuchman en admit autant et conclut que nous ne pouvons que nous débrouiller « le long d’intervalles de brillance et de déclin. »  Le seul ensemble retenant un espoir, selon elle, de surmonter cette dissonance cognitive, ce serait un électorat si bien instruit qu’il valoriserait son courage moral par-dessus son gain matériel.  Voici une rareté disparaissante de nos jours, aussi le but de base des Apprentis : faire pousser cette citoyenneté cosmopolite.

 

« Les poèmes épiques, les inscriptions monumentales, les traités de paix, presque tous les documents historiques comportent ce même attribut : ils traitent des infractions de la paix et non de la paix elle-même. »  P. Kropotkine, L’aide mutuelle.

 

 Parmi ces documents solennels, beaucoup ont servi à justifier des crimes contre l'humanité.  Brandissant les principes exaltés de la constitution Stalinienne, ses fonctionnaires ont tué encore plus de Russes que les Nazis ; des militants chinois ont condamné, au nom de Mao, davantage de chinois que les impérialistes japonais.  Les auteurs et gardiens français de la déclaration des droits de l'homme l’ont trahi, depuis la terreur jusqu’aux massacres coloniaux et post-coloniaux (au Rouanda, en particulier).  Et puis ces sottises quasi-fascistes toutes nouvelles, interdisant aux fillettes sages de porter des signes religieuses en école publique ?  Quoi d’autre, encore ?

Quant à la préambule de la constitution américaine et sa déclaration des droits humains, eh bien !  Contemple l'empire de prisons aménagé tout autour de nous, puis l'armée professionnelle et royalement soldée afin de le défendre ; contemple les déformations constitutionnelles qu’exige cet empire américain.  De quelles autres abominations aurons-nous besoin de témoigner afin d’en extraire la vérité ?

Que Dieu pardonne ceux qui interpréteront mal APPRENTIS afin de justifier davantage de crimes contre l'humanité !  Voici une éventualité probable mais espérons rare.  Ils devront obtenir un indice que la mentalité d'armes les ait trahi une fois de plus, quand la cour outragée du monde leur tombera dessus les sabots en premiers.  Si celle-ci se rend également corrompue, voici pourquoi nous devons créer une Agora souveraine du monde et une milice armée mondiale : afin d'aussitôt déceler cette folie au seuil de nos portes et l'interdire au canon de fusil. 

En fait, la dissonance cognitive caractérise le comportement humain.  Trop rarement pratiquons-nous ce que nous prêchons.  Dans ce monde dit « réel » nous compartimentons nos sentiments.  Certaines histoires, certains individus et milieux suscitent confiance, compassion, coopération et amitié (envers la famille et les pairs de clan, de nationalité, de culte et de langue) ; tandis que d'autres, traitant des sans-abri et des immigrés, par exemple, se ternissent en crainte, mensonge et violence absentéiste. 

Nous pourrions corriger cette double vision en polissant les verres objectifs de notre dialectique d’armes et de paix.

 

Imaginons deux hommes : Monsieur Stoïque et Monsieur de Nerfs.  Quand M. Stoïque se blesse, il sécrète des suppressifs de douleur d'endorphine qui lui permettent ses fonctions de base à efficacité minime.  En plus pratique-t-il ce stoïcisme que nos philosophes d’armes aiment tant à louer. 

Ce stoïcisme social stimule une politique d’aliénés ; il produit la bureaucratie que Barbara Tuchman décrit en détail.  Les décisions descendent d’en haut, bien isolées de la réalité ;   elles dictent des désirs capricieux, capables ou pas d’être réalisés sur le terrain.  Ces décisions peuvent contredire l'instinct de survie, les potentialités locales et les préceptes moraux.  Et alors ?  Personne directement touchée ne sera consulté.  Des cadres intermédiaires les exécuteront de toute manière, sous la menace d’un licenciement sommaire.  Les protestataires raisonnables seront ébranchés de l'arbre de décision : cette taillade, la toilette favorite de toutes les bureaucraties, qui s’en rendent plus stupides de façon automatique et rituelle.

M. de Nerfs tombe dans les pommes à la première vue de sang sinon de maux plus graves.  Profondément enveloppé dans le choc, sa syncope totale languit jusqu'à ce que son subconscient ne stipule que les nouvelles conditions puissent être survécues.  Tandis que M. de Nerfs reste évanoui, son esprit contemple ses options à loisir. 

Le débat, l'argumentation et l’engendrement de consensus règlent cette politique nerveuse.  Le plus longtemps qu’elle persévèrera à réaliser un consensus, le plus long le retard entre ses actions.  Ces administrations nerveuses et pluralistes se compromettent, vacillent et retardent la prise de décision.  Personne ne se commet fermement à une position fixe, avant que chacun n’ait revendiqué la sienne.  Tandis que de plus en plus de voix se mêlent à la discussion, les retards s’étendent sans limite.  Le plus qu’il y ait de données à rassembler, la plus longue chaque prise de décision.  Prenant deux pas en avant et trois en arrière, les organisations exécutives recueillent des informations, les traitent pour en discerner une vérité indiquée, annoncent leurs décisions, en examinent les résultats, repensent, déterminent la prochaine ligne de conduite, etc. ...

Sinon, des minoritaires parmi les plus opiniâtres prennent des décisions arbitraires, ignorant ensuite leurs conséquences néfastes : cette pratique plus simple et courante.  Quand la prise de décision aboutit en impasse, l’avidité d’un simple profit dans le moins distant se rend l’arbitre décisif d’une discussion rendue trop dense.

 

Discutons de trois panacées de la gestion d’armes : la discipline, la morale militaire et la gloire.  Les disciplinaires militaires appliquent juste assez de brutalité pour rendre en court-circuit le bon sens et l'intérêt raisonnable de leurs recrues.  La « haute » morale d’une unité permet à ses subalternes de se sacrifier, une fois que les affaires se gâtent.  « La gloire » aboutit quand cette discipline est si bien modulée qu’eux tous se soumettent au massacre, souvent pour aucune raison valide … à part quelques maîtres aînés d’armes, bien isolés par la distance et la stupidité. 

Les bonnes unités combattantes doivent endurer de lourdes pertes et pourtant demeurer agressives ; elles doivent attaquer sans hésitation, même si contenues, renvoyées et chassées.  Dans certains cas, elles doivent se soumettre à l'annihilation face aux hasards incontournables. 

Après tout, le désastre particulier, voici tout ce qui résulte pour quiconque mutilé au combat.  Cela lui sera bien égal, combien glorieux fut son sacrifice.  En bref, qu’il soit épurateur de pots ou commandant suprême, tous les militaires doivent se soumettre à la dissonance cognitive sur demande. 

Voici un état d'esprit que tout état aurait des difficultés à maintenir.  Les hiérarchies militaires fonctionnent de routine dans un brouillard de dissonance cognitive.  Pourtant, elles-mêmes ont des difficultés à le maintenir.  Par conséquent, les états d'armes doivent choyer des maîtres de dissonance cognitive et marginaliser les perspicaces, les critiqueurs et les francs.  Des ronchonnements illettrés de l'info prolétariat jusqu’aux pinacles du mythe épique, de denses fondations de stupidité rituelle doivent soutenir les façades en carton de la civilisation dite « éclaircie. »  Ce soubassement est si omniprésent qu’il nous est devenu imperceptible. 

Les états d'armes ont appris à masquer leur agression manifeste durant des intervalles de paix.   Au lieu, des actes de violence raciale et domestique se rendent banals ; la culture populaire et les sports favorisent une concurrence brutale.  Le prolétariat trouve de moins en moins d’emploi légitime, ce qui amplifie le crime.  En poursuite de bénéfices à court terme afin de rémunérer des impositions colossales de guerre, les êtres humains se piquent les uns les autres et se combinent en contrepartie de leur environnement.  Au cours de l'épuisement en éclat de ressources naturelles, des éons de révérence pour la nature sont abandonnés.  Règnent la consommation en masse, le jonchement individuel de détritus et la pollution institutionnelle.  Des contraintes superflues sexuelles, l’intolérance religieuse et la criminalisation de l'alcool et des drogues multiplient cette agression de façon convenable.

 

La douleur – le compagnon le plus fidèle à l’humanité – a longtemps renforcé ce stoïcisme historique.  En dépit des fanfaronnades de nos toubibs, les riches et les pauvres souffrent également de ruptures mal réparées, de maux de dent, d’irritations et d’allergies chroniques, de désordres digestifs, d’urgences psychiatriques et de blessures provenant d'accidents, du crime, du combat et infligées soit par eux-mêmes, soit par l’incompétence médicale. 

Nos corps sont empoisonnés de façon cumulative par une nutrition toxique, mal comprise et mal instruite.  La désinformation est le pain beurré des méga sociétés de production alimentaire.  À vrai dire, leur seule intention réelle est de fabriquer en série  des rations du combat : les marchandises les plus toxiques et profitables qu’ils aient jamais produites.

Les vieux guerriers du passé ont dû souffrir davantage de douleur que d'autres personnes.  Leurs prérogatives leur ont permis de survivre plus longtemps que leurs contemporains moindres, en dépit des lésions du combat et des maux et douleurs de la vieillesse.

En effet, l’archaïque « supériorité » du noble vis-à-vis ses paysans, peut être tracée à son monopole de longue date des privilèges de la chasse.  Celui-ci mangea davantage de protéine animale, alors que les enfants manants furent nourris de légumes et de gruaux.  Leurs cerveaux en mûrissement n’ont pas obtenu assez de protéine pour se développer et concurrencer avec succès.   Autant pour des esclaves et leurs maîtres, et pour nous à présent.  La stagnation culturelle de nombreuses nations et minorités modernes peut être directement tracée à cette nutrition inadéquate (surtout le manque d’iode dans leur sel) que nous pourrions renverser presque instantanément.  Une démonstration en plus de notre dégénérescence d’armes : que nous ne l’ayons entrepris globalement quoique disposant de cette capacité depuis des générations. 

Des gens incapables de bien se démêler coûtent de plus en plus cher à maintenir, tandis que celles qui le peuvent produisent des profits fiables.  La pauvreté, c’est l’agencement social le plus coûteux au monde.

 

Hormis le cannabis, l'écorce de saule, la mandragore, l'hypnose, l'acuponcture et le jus de pavot, des analgésiques efficaces étaient jadis très rares.  Les chefs, ceux héréditaires en particulier, furent assaillis de douleurs atroces tandis qu’ils prirent des décisions importantes. 

Si tu as été assez veinard pour avoir évité l’effet ces douleurs, fais confiance en mon expérience.  Des personnes autrement sages se rendent en brutes parfaites sous une averse continue de douleur, leur raison abdique souvent en faveur de cruautés et d’irritations nerveuses.

L'alcool était l’analgésique de choix bien avant l'invention de celles plus puissantes depuis.  Cette combinaison de douleur et d'alcool annule les grâces sociales.

Aussi, l’alcool aide à la digestion.  Comme des bulles d’oxyde de carbone dans les boissons gazeuses, elle tue de nombreux microbes dans la nourriture, nuisibles à la digestion et au sang.  Ainsi permet-elle aux populations sans meilleurs moyens de décontamination nutritive – il y en a d’autres et de bien meilleurs, aux Apprentis à découvrir – de temps en temps se purifier les entrailles ; purifier leurs meurtrissures, aussi, et s’apaiser l’esprit trouble.

Un philosophe social dont le nom m’échappe à présent, conclut que des communautés se servent de l’alcool pour trier leur population.  L’alcool n’est, après tout, qu’une concentration de grains ou de fruits complémentaire à la sustentation de base si confectionnée du résidu de son surplus ; sinon un remplacement nuisible si produit malgré son insuffisance.  Elle serait un surplus significatif économique des besoins de base de survie d’une famille opérant aux marges financières et choisissant ou pas de la consommer : un véritable surplus au-delà des besoins de base pour des familles pauvres, tant aujourd’hui que durant le passé.

Ceux qui s’abstinrent de l’alcool pouvaient appliquer ce revenu supplémentaire comme nantissement d’entreprise rentable durant les bons temps et comme marge de survie en temps de famine ; alors que ceux qui le gaspillèrent en buvant excessivement se cloîtraient dans les classes inférieures et crevaient plus rapidement lors de la famine, eux et leur famille.  Des anciennes communautés interdisant l’alcool, se sont rendues plus rigides et fixes en abandonnant ce surplus et l’option de leurs familles de l’appliquer, alors que celles qui l’ont permis ont promu l’ascension sociale de leurs familles au mérite, si seulement de façon indirecte.

Un autre philosophe social, le nom duquel je ne me rappelle non plus, parlait d’autre chose.  Il conclut que les communautés dynamiques forcent les femmes (et les hommes, malgré qu’il n’en ait parlé) n’ayant pas envie d’avoir des enfants, à les enfanter.  Les communautés permissives produirent des bambins moins doués, devinrent moins productives et dégénérèrent conformément, puisqu’ils permirent aux gens mieux douées de façon neurologique de dériver dans le célibat (et les intimités homosexuelles, pareillement sans mention), et puisque les femmes « sensuelles » seraient les seules à enfanter dans ces sociétés.  Selon ce model, le contrôle chimique des naissances induirait la pire forme de dégradation sociale : un autre préjudice réactionnaire favori.  Bien que lui, un Anglais victorien, ne parlait que de la ségrégation sexuelle religieuse, si je ne me trompe.

Dans ce modèle, la même contrainte brutale appliquée pour produire davantage d’enfants, leur serait autant bien appliquée durant leur élevage (aussi aux femmes, aux inférieurs sociaux et à n’importe qui se rendrait en main), afin de les rendre plus féroces ; tandis que l’indulgence sociale chouchouterait davantage d’enfants et les rendrait plutôt en décadents pacifistes incapables de se défendre militairement des héritiers de cette contrainte supplémentaire.

Dans beaucoup de sociétés militantes (celle romaine, par exemple), il était illégal et même un sacrilège que des citoyens de premier ordre négligeassent d’avoir des enfants ; l’adoption fut obligatoire dans les cas les plus extrêmes.  Ne vaille que vaille.

Enfin, je n’aurai jamais écrit tout ceci ni tendu la main aux autres afin de leur en faire part, absent le lubrifiant divin de l’alcool.  Absent l’émancipation psychique du breuvage, j’aurai été trop lié par mon endoctrinement d’armes pour le défier.  Mon esprit, sobre à mourir et point modulé par les résonances de drogues psycho-actives, aurait pu trouver tolérable les platitudes meurtrières de la mentalité d’armes.  Je soupçonne qu’une forte partie de la créativité culturelle jaillit de cette même source.  Notons l’œuvre de Hemingway ainsi que d’un bon nombre d’autres artistes.

L’histoire des élites russes et celle d’alcooliques partagent beaucoup de symptômes.  Celles-ci incluent des soupçons intenses, retraits périodiques, crises de violence, autocritiques destructives, formations d’images faibles particulières, repentances provisoires, comportements améliorés et fautes s’empirant, aussi des comportements à tour de rôle adorateurs et abusifs envers leurs co-dépendants, des élancements frénétiques entremêlés d’apathie sans fin, des planifications méticuleuses suivies d’indifférence aux conséquences, des commencements brillants et des prolongations maladroites.  Nous pourrions inclure cette autre habitude qui caractérise les deux patients : l'envie de trahir leurs vrais amis et ceux leur apportant le meilleur conseil.

L'amitié sans faute (la metta dans la langue pali de Bouddha) est la vertu la plus éminente dans la pensée bouddhiste ; aussi la première chose que les directeurs d'armes font habitude de supprimer au nom de la fidélité à leurs agencements. 

« Ce n’est pas ici un concours de popularité.  Vous avez un travail sérieux à accomplir.  Allez gravement m’endolorir ces personnes-là et faites-m’en vite un rapport.  Rompez ! »  Le discours de la terre en armes.

Ces traits caractérisent tous les états d'armes, quoique des siècles de propagande anglo-saxonne les aient fixés comme des stéréotypes russes.  Ce comportement typiquement humain se produit de façon chaotique  – en parallèle aux échelons distincts – des frangins abusifs aux compagnes mal adaptées, des commis malins aux sergents chefs tyranniques, jusqu'aux rangs suprêmes du pouvoir.

Au monde en paix, ce discours de la terre en armes : « Ce n’est pas … » irait plutôt comme ceci : « Combien de nos amis t’es tu fait aujourd’hui, sinon d’étrangers aidés ?  Combien ?  Voici la sustentation que tu nécessiterais pour les aider en paix.  Sinon, sors vite me les trouver et absolve-nous de la disgrâce de ne pas les avoir aidés. » Un empereur romain est cité d’avoir remarqué, à regret : « Je n’ai aidé personne aujourd’hui. » Je l’appellerai grand, mais il a pour autant écrasé Jérusalem et qui sait combien d’autres collectivités ?

 

Un cas peut être inféré que les dirigeants de l'époque industrielle ont non seulement bu de façon excessive mais l’ont fait de belles carafes en verre plombé—s'empoisonnant eux-mêmes d’une synergie d’alcool et de plomb, et leur monde, de brutalité injustifiée.  La propagande hautaine et les inerties institutionnelles ont justifié cette stupidité à la satisfaction de ces soûlards empoisonnés—tant bien qu’à notre agrément aujourd'hui. 

Durant l'antiquité, des élites d’information grecques, romaines et autres ont souffert d’un empoisonnement analogue.   De l’eau et du vin acidifiés leurs furent servis dans des vaisseaux de plomb sinon soudés de plomb.  Les grandes maisons accumulaient de l’eau de pluie depuis leurs toits recouverts de plomb, sinon de cuivre ou d’argile cuit.  Ainsi, les plus riches qu'ils se rendaient et ont mangé et bu, les plus stupides se sont-ils rendus. 

Les pauvres ont mangé et bu depuis des vaisseaux en bois et en argile ; ils n’ont pas eu ce problème sauf indirectement de la part de leurs supérieurs.  Quoique, maintenant que j’y pense, toutes leurs célèbres voies d’eau potable furent scellées de plomb.

Cet empoisonnement chronique aurait été tout ce qu’il eut fallu pour démolir une civilisation.  Chaque nouveau problème reçut des solutions de plus en plus stupides, épicées d’un terrorisme réflexif.  Cela te semble familier ?

Quelle est notre excuse ?  Trois fois plus de radiations de base ?  Peut-être.  Des millions de fois plus de dioxines, d'antibiotiques et d'hormones métaboliques égarés dans notre nourriture, atmosphère, eau et graisse corporelle ?  Peut-être bien.  Autrement ne serait-ce que notre répétition par cœur de mythes hypnotiques d’armes ?  Pourrions-nous en trouver l’antidote chez les Apprentis ?

 

La consommation récréative des drogues psycho-actives (sans alcool) entraîne un ensemble différent de symptômes sociaux comprenant de la décadence.  Quand des personnes autrement énergiques se récréent de drogues, elles ont tendance à se retirer du matérialisme productif, dans le mysticisme, l’art, le démenti passif et l’indifférence sociale.  Combien totalement elles se retirent, cela dépend des doses et de la nature des drogues qu'elles choisissent de prendre. 

Des adultes se servent souvent de ces drogues comme soulagement d'ennui à bas stress— dans la tentative de compenser leur manque d’envisager leur sujet de passion et d’appartenir à un regroupement social pareillement obsédé.  Les montagnes de rouleau et les rendez-vous érotiques sont des exemples de soulagement d'ennui à grand stress.  Le combat, voici l’ultime soulagement de ce genre pour une société toute entière, ainsi que d’autres activités invitant l’individu aux risques. 

Légalisés, les effets sociaux des drogues récréatives seraient de valeur neutre et peut-être même bénéfique.  Cette utilisation de drogues, toutefois, affaiblit un état d'armes de façon redoutable : le cas en particulier quand celles implorées sont cultivées, traitées et distribuées par des étrangers et ainsi des ennemis éventuels. 

Ces drogues devraient être bon marché, légales, propagées localement et administrées de façon hygiénique.  Si oui, leurs effets secondaires seraient moins nocifs que ceux induits par l'abus compensatoire du tabac lacé d’additifs toxiques, de l’alcool, de la caféine, des farines blanchies, du sucre traité et des produits de remplacement du sucre.  Ne parlons pas de la prohibition policière, du crime structuré et commensal, et d’autres violations des droits humains que rapportent ces augustes assemblés.

 

Les injonctions de Mohammed, contre le jeu et l’alcool, ont réussi à décaler ses frères islamiques vers une meilleure justice sociale. 

 

·     La justice sociale pourrait-elle équivaloir à la santé publique plus ultra ?  Serait-elle proportionnelle à la santé publique ?

·     La consomption de l’alcool équivaudrait-elle à se laver les mains cinq fois par jour, en ce qui concernerait la santé publique ?

·     À quoi égalerait de laver les pieds de son ennemi ?

·     En assises de justice, peut-être …

·     Laver les pieds d’un étranger tari, comme habitude sociale de routine, cela égalerait à quoi ? …

 

L'islam primitif décousit d’énormes prolétariats d'information de la commande de leurs élites locales d'armes qui ne pouvaient être défaites autrement.  Le Qran substitua une sagesse bien supérieure à l'injustice dogmatisant des religions précédentes d’armes et de leurs potentats. 

Devançant de loin APPRENTIS, Mohammed divisa le monde entier en une maison de paix contenant ceux qui accepteraient sa doctrine, et celle de la guerre contenant ceux qui les combattraient.  On n'a pas besoin d'être un musulman pratiquant pour appartenir à la maison de la paix ; l’on doit simplement laisser les musulmans pratiquer leur foi en paix.   Il est certain qu’Allah préfère cette maison et abomine l’autre.  Aucun sage pratiquant musulman, ni Mohammed lui-même, ne contredirait cette conclusion.  Je ne puis être qu’un kafir siroteur du vin, pourtant cette vérité m’est apparente de même.

Les vrais pratiquants musulmans saisiront immédiatement l’idée de l’antinomie d’armes et de paix que propose APPRENTIS, beaucoup plus facilement que les philosophes d’origine « judéo-chrétienne » pour lesquels l’expression « paix » n’est qu’un autre mot insignifiant prenant place vide dans leurs testaments. 

Plus tard, des musulmans se prétendant plus mondains ont annulé cette avantage philosophique, en buvant de l'alcool jusqu'à la stupeur et en agissant par conséquent.  Encore plus tard, des sectaires d'armes sunnites et shiites ont profané le Qran en versant le sang les uns des autres.  Ils ont poursuivi de manière réflexive leurs buts d'armes, en transgression directe des intentions paisibles du Coran.  Leur violence blasphématoire fut justifiée par de pisseuses disputes géographiques, des ordres tribaux de picotement et des bigoteries ethniques, plutôt que la sagesse contenue dans le Qran.  La justification et la régularisation de ces mutilations interdites ont pu être le but primaire des commentaires tafsires. 

Je ne suis aucunement qualifié pour commenter davantage.  Des Apprentis musulmans devraient le faire à ma place, À HAUTE VOIX !

La combinaison d'alcool et de puissantes substances aliénantes ont abouti dans des comportements encore plus psychotiques et violents, comme l’ont démontré des cultes de sang précolombiens et scythes.  Les ultimes conséquences de cette double fixation semblent être le cannibalisme en masse et le sacrifice rituel humain.   Merci bien, passons.

À ceux qui s’amuseraient de drogues psycho-actives, incluant le cannabis béni, je vous conseillerai de n’avoir récemment goûté d’alcool.   La combinaison optimale serait le moins d’alcool en contrepartie de la plus forte la psycho-activité.  Ceux qui souhaiteraient entretenir la plus forte psycho-activité de façon constructive devraient appartenir à une confrérie prohibant strictement la consommation d’alcool.

Mais de là interdire aux laïcs les plaisirs distincts de quelques petites prises de pipe et de quelques gorgées d’un bon vin rouge qui tache, partagés de temps à autre entre amis – pourvu qu’elles soient reconnaissables comme ayant poussé de façon naturelle d’un bon terroir (donc aucune poussière blanche et générique ni de liquides claires et manquant du goût de terroir ni aucun stimulant fatal de laboratoire) – voici qui serait trop demander aux gens !   Célébrer (en grande partie) en modération, pourvu qu’aucun mal n’en résulte.

 

L’on pense que l'agriculture urbaine et les régimes autoritaires ont dû évoluer ensemble.  Les fermiers sédentaires ont cultivé des récoltes en surplus, incapables d’être commercées au-delà de la frontière locale du climat.  Des villes furent établies le long des fleuves principaux coulant au centre de ces frontières.  En d'autres mots, chaque habitant devait simultanément partager le climat local ainsi que ses surplus et pénuries de récolte.  Seulement un système de transport extrêmement surdéveloppé aurait pu déplacer des surplus agricoles au loin de leur zone d'origine. 

Dans l'absence du transport en bloc bon marché, l’on dut trouver un autre moyen de préserver ce surplus non vendable.  Ce n'aurait été ni sage ni sain de se gaver pendant les années d'abondance et crever de faim pendant les mauvaises.  Une certaine disposition dut être prise afin de niveler cette montagne de rouleau alimentaire.  Des périssables en surplus ont pu être préservés durant des années de famine, en prolongeant leur durée de conservation.

La fermentation permit de « résoudre » ce problème.  

Jusqu’alors, les meutes humaines de chasse auraient fonctionné à peu près comme ceux de loups : partageant leur conduite fondée sur le mérite, l'honnêteté individuelle et autorenforceante, la distribution équitable de nourriture et de travaux, des contraintes automatiques reproductives, la péremption permanente et automatique de toute violence au sein de la meute en question, et l’entretien assidu d’un petit nombre de jeunes très bien élevés par la communauté toute entière.  Le long d’éons de temps, des conditions marginales de survie ont anéanti toute meute ayant dévié de cette norme d'excellence. 

Nous avons été engendrés pour l’excellence comportementale mille fois plus longtemps que nous l’ayons été pour la mentalité d’armes. 

Ignorons, pour un instant, les chicanes philosophiques, le nihilisme rotulien et les doutes existentiels qui nous enchevêtrent à présent.  La vraie moralité améliore la probabilité de survie de l’espèce à long terme, en rendant moins nuisibles, de façon probabilisable, les conséquences imprévues.  La mauvaise conduite engendre des résultats plutôt néfastes quand elles sont passées à travers cette boite noire probabiliste des conséquences imprévues.  

En bref : obéis ta conscience morale, fais du bien et attends-toi à davantage de miracles inattendus.  Désobéis-la, réalise plus de mal et attends toi à davantage de catastrophes inattendus.  L’obéissance à la conscience morale et à son don de miracle, démontrable de façon scientifique.  Point, à la ligne.

Toutefois, l’abus routinier de l'alcool brisa ces commandes sociétales de longue date, au moyen de crises impensables de brutalité et d'impolitesse, de gueules de bois, de maladies dégénératives et d’effets nuisibles aux nouveau-nés.  Des générations récupérant de gueules de bois – sinon rendues simplement malades par leurs beuveries quotidiennes – auraient évolué des institutions et traditions d’aliénés mentaux afin de rationaliser leurs méfaits livrés à la boisson.  Nous voici ?

 

Les premières villes ont servi (ont toujours servi) comme centres de logistique, abris de désastre et forteresses.  La citadelle primitive n’eut logé que des élites de prêtres et leurs gardes du corps : un triage parfait de maîtres d'armes et leurs élites de bataille.  Plus tard, les habitants de villes murées ont retenu trois choix : envoyer des armées de campagne à l’encontre de hordes en approche, souffrir de l'annihilation à leurs mains, sinon s’en soumettre.  Ces trois phénomènes se sont souvent succédés en série.  Des armées de campagne ne sont que des villes voraces et migratrices.

L'agriculture sédentaire, l'urbanisme et le militarisme capitaliste et centralisé ont évolué en parallèle, mais par voies indépendantes.  La richesse urbaine a non seulement défrayé le coût des armées, elle les a rendues inévitables.  Les richesses en surplus ont exigé des fortifications, des lois de propriété et des protections de police.  Une dense population urbaine et ses biens fixes ont rendu les fortifications obligatoires et abordables.  Aucune différence quant à ceux qui les auraient équipées : esclaves, mercenaires, militaires de carrière ou milices armées et libres.  Cet automatisme d'hyper militarisation se soutint malgré tout.

 

Le syndrome de stress traumatisant (SPT) influe aussi la stupidité rituelle.  Les survivants de SPT sont affligés d’hyper vigilance, d’attaques diffuses de panique, de paranoïa, de coups de tête d’adulte, de penchant pour faire la casse et d'incapacité générale de se réadapter à la vie civile.  Des centaines de milliers de vétérans américains de la guerre au Vietnam (et maintenant, d’Irak et d’Afghanistan) sont morts comme sans-abri durant les décennies d'après-guerre—beaucoup plus de défunts abandonnés que les 59.000 et quelques noms gravés sur le mur noir à Washington—les mêmes pertes que nous subissons chaque année sur nos autoroutes, avec des survivants traumatisés toute en proportion.

Des anciens chefs ont confirmé leur prétention à la noblesse, en poursuivant des combats les plus acharnés.  Ils furent néanmoins censés exhiber une sagacité surhumaine lors de leurs prises de décision en temps de paix ; ceci malgré le fait qu’ils ont pu être temporairement rendus fous par la SPT sinon des déments permanents de l’élite de bataille.

 

Encore un autre préposé favorise la stupidité rituelle.  Beaucoup de temps est requis afin de rassembler des informations et transmettre des ordres par lentes voies de transmission.  Diriger un pays durant l’ère des chevaux et voiliers, s'eut été comme de piloter un avion radiocommandé mais défectueux, nanti d’un retard de contrôle d’une journée entière.  Autrement dit, la commande que tu introduirais au moment X n'entrerait en vigueur qu’au moment X plus 24 heures.  Ce délai intégral aurait comme conséquence une longue série d’abîmes au décollage ; aucune différence combien douée fut la main royale (sinon les mains républicaines) sur les contrôles.

L’on écrit bien des choses, de nos jours, sur la gérance du risque.  Les théoriciens de la gérance déplorent le fait que les professionnels du risque agissent de façon instinctive, notamment en traitant des politiques étrangères.  Ils basent leurs décisions sur des critères subjectives (lis des conneries). 

Ceux qui étudient la gestion du risque devraient étudier à sa place la gestion de l’incertitude : passer en revue les tours mentaux que doit employer un gestionnaire du risque afin de protéger sa conscience morale.  Après tout, celui-ci prend des décisions vitales selon des informations inadéquates, les rend en vigueur malgré les défectuosités du temps perdu, puis considère comme inévitable et de routine les désastres imprévisibles qui en déferlent.

Les techniciens d'armes sont au premier rang des communications à bande étendue, de la réalité virtuelle, de l'intelligence artificielle et des nouveaux systèmes de connaissance.  En attendant, la parcimonie du marché dit « libre » refile aux civiles  des systèmes d’information désuets ; assumant que n'importe qui se creuserait la tête afin de satisfaire des applications civiles bien moins payantes quoique beaucoup plus profitables à la longue. 

Peu d'organisations civiles recueillent chaque brin de donnés en temps réel et étudient ce contenu en détail.  De tels outils et méthodes viennent à peine de s’apprêter aux systèmes militaires de communications, de commande, de contrôle, d’ordinateurs et d’intelligence (C3OI.)  Le matériel moderne et l'expertise du C3OI accélèrent énormément les procédures d'analyse, d’exécution, de surveillance et de répétition...  Malheureusement, la plupart des établissements civils persistent à honorer les langoureux procédés de pensée datant du temps des poneys et des barques à voile.

Les menteurs d'armes pratiquent des protocoles de routine concernant la paix et le bien-être social : de majesté, de délibération et autant que possible de retranchement, de censure et de réaction.  Au sujet de la guerre prêchent-ils la créativité de libre dépense : vigueur, rapidité, imprévisibilité et résolution des problèmes au moyen d’applications d’un esprit émancipé. 

Cela prend des décennies pour renverser des gaffes majeures de la politique d’armes (comme la guerre au Vietnam et pareillement en Irak.)  Après tout, ces mauvais programmes doivent persister jusqu’à leur âpre conclusion, une fois que des fonctionnaires supérieurs en ont misé leur réputation.  Ils préfèrent sembler infaillibles, jusqu'à ce que la catastrophe ne leur rabaisse les pantalons, que d’admettre leurs erreurs, entreprendre des corrections radicales à mi-chemin et réaliser des meilleurs résultats.  Ils feront appelle à toutes les projections de faillite qui puissent émerger de ce changement, ainsi qu’à tous les arguments leur tentant de stagner en mode courante de crise.

La vulnérabilité d’élites bien retranchées fait pique quand leurs directeurs les plus malins se rendent compte que leurs pires habitudes leur ont apporté plus d'ennuis que de gains.  Alors conçoivent-ils, de façon hésitante, une nouvelle politique plus généreuse et élégante.  Des réactionnaires bloquent cette transformation à chaque opportunité.  Ayant usurpé leurs plus grands privilèges et profits pendant des intervalles de répression aggravée, ils sont outrés par tout changement.   Leur hypnose d'armes dicte que ces dispositions leurs soient primordiales : encore plus importantes que leur bonne conscience. 

Tandis que dépérit la justice sociale, des proto-élites (im)pertinentes bouillonnent du prolétariat d’info hôte ; elles s’impatientent de défier des élites équivoques.  Des réactionnaires et radicaux renforcent souvent leur brutalité mutuelle.  Des élites de bataille se raccrochent à une extrémité politique sinon l'autre sinon les deux.  Les directeurs d'armes, provenant tant de l’étranger que de chez soi, soutiennent leur brutalité.  Les membres des deux extrémités politiques agissent souvent en concert et en succession afin de perturber la paix.  Indépendants et en conflit, quoique complices de façon paradoxale, ils soulèvent autant de chaos que possible.

Il faut beaucoup plus de retenu pour grincer ses dents et enterrer posément ses morts les plus récents, que pour expédier le prochain raid héliporté sinon suicidaire à la bombe.  Un contrôle social beaucoup plus ferme est requis afin d’interdire la prochaine opération de représailles, au lieu de regarder à coté tandis que les plus impétueux s’emparent de l’initiative.  Entre temps, les modérés populaires seront visés : les plus courageux assassinés, les plus prudents terrorisés et les plus avides, corrompus. 

Ce sera la tâche de la cour et la milice du monde de sauver les modérés courageux, protéger les prudents et subventionner les plus avides dans tous les locaux, afin de promouvoir la paix.

Le prolétariat d'information est toujours de politique modérée à moins que la menace, la propagande, l’assassinat sélectif et l’agression militaire ne se multiplient au point de tordre sa perspective.  La violence politique favorise des extrémistes et frustre tous les autres.

La question centrale n’est pas combien de fois ces extrémistes se sont livrés au terrorisme de réflexe, mais combien rarement la majorité a tenu ferme sur leurs idéaux paisibles, afin de faire souffrir à ces extrémistes les conséquences de leur agression au lieu de les récompenser en multipliant les brutalités. 

Le seul cas que je connaisse où ces terroristes ont souffert de leurs actions et se sont figés, du moins pendant un certain temps – au lieu de se rendre en martyrs et d’inspirer la prochaine série de crétins destructeurs – fut pendant les jeux olympiques à Munich.  Des brigands armés palestiniens ont pris des athlètes israéliens en otage, les ont fait abattre dans un croisement de feux et ont congelé l’opinion publique du monde contre leur cause.  Quelle fut la différence entre ce massacre et tous les autres depuis, d'un côté ou de l'autre ?  Je ne puis le sonder.  Les Palestiniens en général se sont-ils peut-être momentanément horrifiés ?  

Les majoritaires doivent policer leurs extrémistes et s’allier avec des serviteurs non abusifs de l’ordre public, quoi qu’y se serait passé entre eux antérieurement.  Ces serviteurs doivent être disciplinés de façon la plus draconienne qu’ils permettront, sinon remplacés.  Leurs exclus doivent être trouvés d’autres emplois disponibles : aussi fatals que possible.  Le déminage ?  Voici qui serait nécessaire afin d’interrompre ce massacre. 

 

Une excellente analyse des révolutionnaires d'armes se trouve dans L'anatomie de la révolution, par Crane Brinton.  Ignorant l’antinomie d’armes et de paix, celui-ci passe d’autres préposés en revue soigneuse. 

Récapitulons L'anatomie selon la formule d'Apprentis.  L'élite d'information perd son standing privilégié, quand ses cadres contrariés passent du coté des proto-élites en nombres croissants.  Renforcée par ces transfuges,  la proto-élite la plus susceptible de reconstruire une armée nationale encore plus fatale, absorbe de nombreuses élites de bataille.  Elle tue ses adversaires les plus efficaces, terrorise les restants et prend le devant.  Souffrant de paranoïa et de mentalité de siège, ses chefs rejettent toute pensée paisible.  Ainsi réussit-elle à aiguiser la force de menace dissuasive de sa nation.  Voici le seul aboutissement de toutes les révolutions d’armes, toutes les guerres et tous nos « progrès » tant technologiques que sociétaux : un surcroît d’états d'armes encore plus fatals.

 

« La révolution [française] à déblayé la voie pour un instrument d’état beaucoup plus ample et centralisé, capable d’exploiter son idéologie de patriotisme révolutionnaire et ses nouveaux procédés de coercition, afin de mobiliser les grandes armées et ressources économiques d’une guerre importante.  La Révolution bouleversa de façon inévitable l’équilibre du système d’états Européens, au centre de laquelle se situait la France, et créa de nombreuses raisons, des deux cotés, pour qu’une suite de guerres se déplia rapidement.  De son coté, la guerre transforma de façon radicale l’acheminement de cette révolution, en rendant coup de grâce à l’intervalle libéral de 1789-91 et en créant tant bien la bureaucratie de La France Fonctionnaire  et les éléments d’un corps professionnel d’officiers et d’une armée nationale moderne.  Ce ne fut donc pas pour la dernière fois qu’une révolution sociale se rendit l’instrument principal du développement de l’engin d’état.  (Par ailleurs, Marx le reconnut dans le cas français ; il se confondit en croyant qu’une révolution prolétarienne livrerait un résultat différent.)  Martin Shaw, Dialectics of War: An Essay on the Social Theory of Total War and Peace, (Dialectiques de la guerre : Un essaie sur la théorie sociale de la guerre totale et de la paix,) Pluto Publishing Ltd, London, 1988, pp. 47-49.

 

Les élites orthodoxes d'info attaquent chaque nouvelle révolution avec juste assez de force pour remettre ces révolutionnaires sur la voie du développement d'armes.  Les révolutionnaires paisibles sont déménagés au moyen de guerre directe, de terrorisme subventionné ou de blocus économique.  Là où une invasion directe serait contre-indiquée à cause d’une milice populaire mise en place pour la prévenir, des chaosistes internes (des contras) sont lâchés à sa place. 

Les sociétés plus libres puisque évoluées en paix, peuvent être aiguillonnées sur cette voie tyrannique par des piqûres d'épingle terroriste : arrangées soit de l’intérieur, soit de l’extérieur. 

Toutes les puissances globales accélèrent cette régression au moyen militariste, et tous les plus petits les suivent de près.  Les directeurs d'armes visent des idéalistes paisibles et les remplacent par des maîtres d'armes favorisés ; ils neutralisent les modérés politiques et les remplacent par des canailles d’élite de bataille. 

Nous sommes programmés pour admirer ce choix darwinien d’accroissement de brutalité.  Aucune exception n'est permise.

Ainsi, le statu quo fatal d’états adversaires en armes se rend chaque année plus tyrannique, en dépit d’essais erronés de la part de tous les révolutionnaires, de le résister et le transformer au moyen de brutalités renouvelées.  Cette tyrannie se développe en dépit et à cause d'eux.  Toutes les formes de résistance violente perpétuent, perfectionnent et renforcent cette tyrannie globale d'armes.

La résistance non-violente à l’échelon global – sûre d’elle-même, transparente, hétérogène et inébranlable – la dissoudrait une fois pour toutes.

 

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APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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