SOMMAIRE D’APPRENTIS
INTRO ET VOCABULAIRE
« Ainsi ai-je fait la morne découverte, dans le temple manichéen K, d’une bibliothèque entièrement détruite par l'eau. Quand j'eus excavé de l’entrée son amoncellement de sable et de poussière de lœss, nous trouvâmes au seuil le cadavre desséché d'un moine bouddhiste assassiné, son vêt rituel tout taché de sang. La pièce entière où cette porte menait fut couverte d'une masse profonde d'à peu près soixante centimètres, qui s’est prouvée, sur inspection proche, des restes de manuscrits manichéens. L'eau de lœss avait pénétré ces papiers, les avait collés ensemble, et dans la chaleur terrible de l'été ordinaire par là-bas, tous ces précieux livres s’étaient rendus en lœss. J'en ai pris quelques échantillons et les ai soigneusement séchées, dans l’espérance d’en sauver quelques-unes. Mais ces pages séparées se sont émiettés et sont tombés en petits morceaux, sur lesquels on pût encore entrevoir des traces de traits admirablement calligraphiées, entremêlés de traces de miniatures exécutées en or, bleu, rouge, vert et jaune. Un énorme trésor fut perdu là... » Albert Von Le Coq, Trésors enterrés en Turkestan chinois, Oxford University Press, Oxford, New York, Toronto, 1985, p. 61; par autorisation d'Oxford University Press.
La ruine en question s’appelait Khocho, Ephesus, Dakianus, Idikuchahri, Kao-chang et Karakhoja : cette chaîne de noms nous révélant l'arc-en-ciel de peuples qu’elle eut logé dans le temps. Du reste, je ne traduirai pas ce chapitre dans son entièreté, n’ayant nulle envie de deviner le nom en français de toutes ces villes antiques.
Von Le Coq fut un allemand d'extraction huguenote française, qui eut la bonne fortune de mourir avant la seconde guerre mondiale. Entre les guerres, il avait soigneusement ramené des quantités énormes – de quoi remplir des musées entières – d'art inestimable, de manuscrits et de trésors abandonnés le long de la route des soies ; sinon les aurait-il pillés, selon ton point de vue. Pendant la DGM, tous ces trésors furent incinérés sous une grêle de bombes pyrogènes alliées. D’innombrables écoles, bibliothèques, musées, maisons d'adoration, dépôts de manuscrits et traditions orales furent annihilées concurremment. Cette annihilation se perpétue tandis que nous en discutons sereinement.
Ce chapitre est un aperçu désinvolte de la destruction d’anciennes archives et bibliothèques. Dans de nombreux cas, la mention d'empires et de villes capitales demeure le seul indice de ces collections disparues. Ces textes ont pu détenir des parties vitales de notre puzzle d'information. Nous sommes tant futés, nous ne pouvons même plus nous souvenir de ce qui advint à la plupart d’entre eux.
Selon Le principe de Lucifer, par Howard Bloom, les êtres humains se coagulent dans des « super organismes » sociaux ; ceux-ci parfois fondés sur le partage de gènes et de géographie, mais plus fréquemment sur celui de mèmes : « théories, cultures [et] visions du monde. » Richard Dawkins inventa l’expression « mème » dans son livre, Le gène égoïste, Oxford University, 1976. L’impitoyable compétition, entre ces super organismes de même, provoque la plupart des mauvais comportements de prisme. La dissémination d'APPRENTIS et de textes semblables, voici l’assaut en escalade du plus dominant de nos mèmes culturels : la mentalité d'armes.
Tracer la chute des grandes bibliothèques, c’est un peu comme de répondre à l’énigme zen : Quel son rend la chute d'un arbre dans la forêt quand personne n’y est pour l'entendre tomber ?
Si ça t’ennui de lire de longues listes de dates et de noms de place, parcours les quelques paragraphes suivants et saute le restant de ce chapitre. Espérons que tu commenceras à concevoir des énormes lacunes de mémoire perdue que nous ne pouvons ni laisser tomber ni retrouver. D’énormes trésors d’information ont sombré en oubli total, et de l’information paisible, pouvant être cruciale à notre bien-être, disparut en taux inimaginables, presque aussi rapidement que des Apprentis ont pu la concevoir.
Regarde aux alentours et rappel-toi que
nous nous mettons à table devant une géante pizza super luxe qui s’étire
jusqu’à l'horizon puis à l'infini, entassé d’écimages et de délicatesses
savoureuses. Bien que nous restons
affamés, puisque nous concentrons notre attention sur une seule petite tranche
de cette tarte, étroite d’un petit degré, carbonisée au noir et rongée à
nue : la terre en armes et ses supports périphériques. Le restant illimité ? C’est le monde en
paix que nous insistons à pousser hors de vue et d'esprit, comme fausse
science, magie, rêve et utopie.
Ce chapitre lustre des grands étirages d'espace-temps et des contes de destruction si impudiques et redondants que j’ai du en abréger, condenser et sauter entièrement quelques-uns. J'ai contesté la myope vision du monde, héritée de mon éducation occidentale. Selon elle, l'univers est une cible idéalisée de jeu de dard, représentée comme de suite. La noblesse caucasienne et la haute bourgeoisie, leurs flagorneurs et satiristes, occupent un mille géant de glorification exhaustive ; les pires assassins et pirates dans l'histoire sont honorés de saluts cérémonieux ; et une étude intensive est faite des tribus de guerre juives, grecques et romaines—aux dépens de tous les autres.
Même ces tribus éminentes ont eu 99% sinon plus de leur littérature anéantie.
L'investigation littéraire devient plus intéressante quand nous recherchons des épiques perdus qui auraient pu être les contemporains de l'Iliade et l'Odyssée, sinon peut-être d’autres écrits de Homère. Selon l'édition en anglais de L'Encyclopédie Larousse de la mythologie, une épique perdue s'appelant Le Retour est supposée narrer le retour depuis Troie et la naufrage de la flotte grecque restante, commandée par Agamemnon, hormis le vaisseau de l'Odyssée. Puis il y a l'Oichalias halosis ou La saque d'Oichailis, dont il ne reste qu'un seul verset. Celui-ci a pu être le troisième livre de la trilogie Homérique mutilée. (Citation en anglais de http://omega.cohums.ohio-state.edu/mailing_lists/BMCR-L/2002/0396.php.) Je parierai que ces deux oeuvres furent beaucoup moins enthousiasmantes à l’égard des gloires de la guerre : la raison principale, sans doute, qu’elles n'aient survécu.
Autrement, un inventaire fixe de romans d’opéra de lessive et de calembours philosophiques (les grands livres, à quelques exceptions près) est sélectionné pour son ennui fracassant, verbiage interminable, réductionnisme biographique, redondance insignifiante et obscurantisme autoritaire. L'ultime utilité de cet inventaire peut être résumée ainsi : il fournit un parcours d'obstacle parfaitement incommodant aux étudiants d’école supérieur, et un code culturel complexe, les éléments duquel des élites d’armes peuvent se troquer avec enthousiasme et sans fin, sans jamais révéler les pires de leurs contradictions sociales. Cet écran de fumée qui n’enseigne rien d’important, voici du génie pur !
Une poignée de textes religieux âgés de milliers d’années fournit du travail sécurisé pour leurs anciens rédacteurs publicitaires qui ont enveloppé leur ignorance en ambiguïté. Les fondamentalistes d'aujourd'hui nous honorent avec leurs interprétations « littérales » de clarté équivalente.
Des technologies bornées d'armes sont analysées en détail microscopique, ainsi que l'échafaudage inerte de dogme scientifique les soutenant ; ensuite sont-elles déclarées les seules certitudes dans l'univers. Je n’ai jamais entendu de telles sottises formulées avec autant d’enthousiasme depuis peut-être Lagash. Entre temps, très peu de textes n’existent à propos de la destruction de l’ancienne pensée … ou de la paix en général, du reste : peut-être les sujets les plus importants et les moins bien documentés sur terre.
Les dates historiques paraissent fluctuer en proportion directe du nombre d'historiens consultés et inverse à leurs expressions de certitude. Par égard à la commodité, je me suis servi de la dernière date référencée, à condition qu’elle ait tenu bon avec les événements adjacents. J'ai invoqué Procruste quand des dates devaient être égalisées afin d’aller mieux ensemble. Déchiré entre la relation temporale de ces événements et leur stricte chronologie, je crains avoir rendu violence aux deux.
Mes remerciements à Hammond Past Worlds: The Times Atlas of Archaeology;
Encyclopedia of Library Science; The Timetables of History – The New
Third Revised Edition par Bernard Grun; Timelines
of War: A Chronology of Warfare from 10000 BC to the Present par David
Brownstone et Irene Frank; The Encyclopedia of Military History par les frères Dupuy; Joseph A. Tainter, The
Collapse of Complex Societies; Grousset, The
Empire of the Steppes: A History of Central Asia, traduit
par Naomi Walford.; et War and the World: Military
Power and the Fate of Continents par Jeremy Black.
Ces textes et d'autres cités ci-dessous m’ont
fourni de nombreux référencements et chronologies ; encore plus n'ont pas
reçu la mention qu'ils méritent ici. Je
crains que je les aie lus avant d’avoir débuté la documentation sérieuse de ces
recherches. Je suis né ne sachant aucune
de ces bidules, ainsi aurais-je dû signaler chaque rubrique.
Les anciennes villes ont formé des tas séquentiels de ruines fondées sur une combinaison d'eau douce, de récoltes dignes de confiance, d’opportunité économique, de terrain défendable et d’accessibilité physique. D’habitude, une voie d’eau navigable – l’autoroute naturelle de l'ancien transport de charge et la source fiable d’une grande quantité de protéine de la meilleure qualité : la pêche – fut indispensable pour nourrir une vraie ville, chacune construite sur les ruines de celles précédentes et peut-être encore plus élégantes.
Pour chacune des collections disloquées de textes que nous ayons pu récupérer du passé, des dizaines de bibliothèques royales et centaines d’histoires à l’orale n’ont pas survécu. Nous avons oublié un nombre à ne plus compter de guérisseurs pré-écrits, de bardes, scribes, sibylles, chamans et magiciens ; sinon d'auteurs, de rédacteurs et de bibliothécaires conventionnels, eux tous commémorant la sagesse collective de leur peuple.
Par exemple, des 142 livres écrits par Livie, il ne reste plus que 35. Lui fut parmi les mieux documentés des anciens historiens romains. Tu trouveras quelques autres exemples dans ce livre ; faudra imaginer beaucoup plus dont aucune documentation ne subsiste. Alors que tu lis ce chapitre, imagine d’innombrables archives réduits en cendre et poussière, pense aussi à d’exquis poèmes, religions, médecines, psychologies, botaniques, etc. – des civilisations entières préhistoriques, commémorées tant à l’oral qu’à l’écrit – s’étant fait taire à jamais.
Souviens-toi, durant la majeure partie de l'histoire, les soldats ne furent payés qu’avec des armes, des rations et du butin (et très souvent une insuffisance de ceux-la.) Là où les anciennes armées ont marché, la misère suivit de près, parmi les non-combattants du camp.
Rappelle-toi aussi que la tyrannie de
Saddam Hussein fut en grande partie moyenne, comparée à la plupart de celles
anciennes, et que ses nombreuses persécutions et crimes n’ont à peine équivalu
à ceux des antiques seigneurs de guerre.
La rancune et les fantaisies de rachat de dette ont dû tant empester
parmi les habitants d’anciennes villes, que des rêves d’Ali Baba : se
rendre riche en vitesse, tandis que personne ne tint la garde. De ce fait, quand le « changement de
régime » créa un vide momentané de pouvoir, des criminels locaux ont dû se
soulever en émeute, pillage et arçon, tout comme les pires Bagdadiens quand ils
en eurent l’opportunité. Tout butin
urbain que des armées n’eussent détruit ou emporté, des survivants locaux
auraient pillé avec entrain.
J'ai entrepris de noter la destruction d'autant de patelins importants que j’ai pu découvrir. Mais ne présume pas que la paix ait régné ailleurs, pour la seule raison que je n’ai signalé de guerres dans ce continuum d’espace-temps. Au fond, aucune civilisation n'a su éviter la guerre pour plus longtemps qu'une génération. Regarde nous qui ne l’ayons pas réussi. Nous : tant avancés, émérites et amateurs de paix !
Des catastrophes naturelles ont tout aussi souvent rattrapé des civilisations entières. Au moins tous les cinq ans durant ces derniers quelques milliers, quelque part au monde, une importante collection d'information souffrit d’un dégât considérable, en même temps que sa population hôtesse. Assez fréquemment, des civilisations indépendantes se sont écroulées simultanément à travers la planète, peu importe combien écartées leurs villes.
Tandis que des inscriptions vantardes et grands registres de butin ont permis aux graisseux seigneurs de guerre d’enregistrer la dévastation résumée ci-dessous, aucun Apprenti lettré n’a nécessairement survécu pour regretter à l’écrit la terminaison de sa civilisation remarquable. Des civilisations entières furent sans doute gommées de la mémoire humaine : probablement la majorité et certainement les plus paisibles.
Selon Rick Potts, dans La descendance de l'humanité, William Morrow and Co., New York, 1996, pp. 201-203, l’objet symbolique le plus vieux serait une figurine féminine sculptée d'un caillou exotique, déterrée d'une creuse israélienne et datée de 230.000 ans. L’on vient de trouver, en 2003, une lame de silex admirablement taillée, placée dans un creux funéraire datant de 300.000 ans et, en 2008, des traces d’un feu fait exprès, vieilles de 790.000 années. Des bifaces primitifs datent d’un million sinon beaucoup plus (à cet age, leur authentification comme outils de poigne est controversée.) Depuis 130.000 ans, des néandertaliens sculptèrent, encochèrent et gravèrent des os et dents d’animaux. Des symboles reconnus humains furent répandus depuis à peu près 40.000 ans, et leur diversité explosa il y a environ 18.000 ans, quand des flèches climatiques, de glaciers au Nord et de déserts incandescents au Sud, ont refoulé les survivants humains dans le croissant fertile.
Nos ancêtres, humains et préhumains, furent cruellement martelés. Nous sommes une progéniture mise à l’enclume de l'histoire : pliée et battue en mille feuilles, comme le meilleur acier d'épée japonais sinon la patte d’un napoléon. L’ADN humain fut brutalement projeté à travers des goulots génétiques où furent annihilées toutes sauf une poignée de lignés de descendance. Cela s’est passé si souvent que nous nous sommes rendus très durs, tranchants et friables, ainsi que des frères et sœurs très proches, chacun des milliards d’entre nous.
Des codes personnels, aides mémoire et médias écrits dépéris ont pu guider des civilisations néolithiques, (depuis 10.000 à 50.000+ années) paléolithiques, (encore plus vielles) sinon prèhumaines.
Après tout, les quelques baleines bleues qui survivent aujourd’hui partagent, à travers la planète, des chansons qui durent toute une journée et qui varient selon la saison. Est-ce que leur musique démontre une culture avancée mais démunie de technologie dite « dure ? »
Au-delà de quelques bibelots, murales de caverne, ficelles nouées et sites d'enterrement, nous ne reconnaissons aucun tel registre ni marque de culture. L'étendue de notre arrogance collective est stupéfiante, n’équivalant qu’à la profondeur de son ignorance.
Denise Schmandt-Besserat a publié son idée de génie, dans Avant l'écriture, volume un : Du comptage au cunéiforme, University of Texas Press, Austin, 1992. Elle découvrit que des jetons d'argile furent employés comme aides de compte et de mémoire, bien avant que des êtres humains aient développé l'écriture comme nous la reconnaissons (de 8.000 à 4.000 AEC – avant l’ère chrétienne.) Les premières transcriptions furent des inventaires en code, inscrits à l'extérieur d'enveloppes en argile contenant ces jetons. De tels se sont laissés découvrir dans beaucoup de creuses préhistoriques : ils sont parmi les premiers objets fabriqués en argile. Jusqu'à sa découverte, nous n'avions jamais présumé l’existence d’écritures préhistoriques. Vanité humaine typique.
Dans Le calice & la lame, Riane Eisler présente un cas impérieux. Elle base cette interprétation sur l’œuvre de Marija Gimbutas, Le langage de la déesse : Déterrant les symboles cachés de la civilisation occidental, 1989, Thames and Hudson, London (en anglais.)
Il y a environ dix mille ans, des sociétés matrilinéaires adoraient la déesse. Ses adeptes occupaient des sites non fortifiés à travers l’Europe, l’Anatolie et le Moyen-Orient. Il paraît que ces gens furent séparables selon les articles qu’elles déposèrent en sépulture : le peuple des cruches et celui des haches. Ces premiers enterrèrent avec leurs morts des cruches (à boire ?) en métal malléable, et les seconds, des hachettes aux lames de pierre, façonnées minces et circulaires en demi- ou quart de lune, donc fragiles et inefficaces comme armes.
Leurs habitations furent affectueusement sélectionnées pour de belles vues, des champs fertiles et de l'eau douce tout près. Leurs maisons, d’une bonne qualité constante et d’un dessein étonnamment courant, se vantaient de multiples pièces intérieures aux murs blanchis, étant pourvues de portes à verrouille, d’étagères par-dessus la tête et de fenêtres fournies d’une membrane claire. Leur grain fut entreposé dans des creuses soigneusement revêtis d’argile, ce qui scellait l'humidité en-dehors, et au-dedans, des gaz de fermentation nuisibles aux insectes.
Est-ce la raison que les limonades et la bière descendent si bien avec notre mal bouffe ? Leur contenu de bioxyde de carbone pourrait-il nuire aux méchants organismes qui provoqueraient de l'indigestion autrement ?
De l'Europe et l’Asie occidentale jusqu’à maints lieux en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, on a retrouvé des dépouilles couvertes d’ocre rouge et des sites d'enterrement remplis de fleurs. Beaucoup de figurines féminines stylisées ont fait surface, aussi des têtes sculptées de taureau, des crêtes de lune et des haches aux têtes doubles, fabriquées de minces billets de cuivre, (c'est-à-dire ornementales et ne pouvant servir comme armes.) Des emphases élitistes, telles qu’armes, armures et fortifications, furent en grande partie absentes.
C'est à savoir, comment ces gens disposaient des sociopathes que projette inévitablement la génétique humaine. Les plus sournois ont pu être ostracisés puis exilés au loin dans la nature. Des survivants de ces exilés ont pu rayonner sur les steppes eurasiennes et former les hordes meurtrières décrites ci-dessous. Sinon, j’ai peur que ce culte de déesse impliquait le sacrifice sélectif d’êtres humains les plus sociopathes.
Ce culte reflétant peut-être à une
civilisation supérieure et antécédente, noyée depuis ?
Robert O'Connell, dans La chevauchée du deuxième cavalier : L’enfantement et le décès de la guerre, exprime son avis que les êtres humains ont débuté en tant que chasseurs charognards paisibles et entièrement libres, du type Bushman. Ils ont d'abord élevé, plein de dévouement, un petit nombre d’enfants dans des adultes sagaces et sains.
Ensuite sont-ils tombés dans le piège des plantations. En échange d’une source de nourriture un peu plus fiable, celui-ci leur exigeait une interminable main-d’œuvre au dos voûté, soumission inaccoutumé aux chasseurs et hyperactive fertilité féminine.
Les femmes, piégées dans cette plantation, ont dû faire naître trop d'enfants. Elles furent donc trop abusées, dégradées et surmenées pour leur rendre des soins adéquats. Par exemple, l'allaitement prolongé fut une méthode naturelle de contrôle des naissances, avant le piège des plantations ; aussi assurait-il que la plupart de ces enfants bénéficieraient d’attention et de caresses prodigues pendant leurs cinq premières années.
Des bébés portés à la hauteur d’adulte associeraient naturellement cette perspective au monde, beaucoup mieux qu’ils ne l’apprennent aujourd’hui en rampant par terre. Portés et caressés depuis l’age le plus tendre, durant tout leur temps en éveil, ils ont dû grandir pourvus d’une musculature, de filets neuraux et de systèmes immunitaires supérieurs.
Le piège des plantations leur retira ces bénéfices de chasseur glaneur, à cause du surmenage, de l’épuisement et de la négligence de leurs parents. Ces problèmes s’aggravèrent sous la gérance de l’hydro-agriculture au niveau du petit village, ce qui nécessitait une main-d’œuvre encore plus intensive. Ils se seraient finalement rendus intraitables par des gens libres quand ces civilisations hydrauliques et leur gérance esclavagiste – les organisations d’armes dont nos historiens aiment le plus s’extasier – ont exigé des corvées saisonnières.
Peu importe combien ardûment ont dû besogner ces rattrapés dans le piège des plantations, de terribles famines ont suivi des années de largesse passagère. Tandis que la fertilité hyperactive multipliait la main-d’œuvre rurale, hâtait-elle autant le surpeuplement, les épidémies et la haute mortalité infantile. La population de haute densité qu’exigeait l'agriculture a rendu ces fléaux inévitables. Somme toute, des écosystèmes trop durement cultivés se sont écroulés, et la famine suivit de près. La guerre s’est rendue la méthode favorite d’ajuster minutieusement ce moteur au mouvement cyclique de hausses et de chutes subites de population.
S'ensuivit la fente entre Caïn et Abel : le gardien des troupeaux et le fermier. Note que, contrairement à nos préjugés, c’est le fermier trouvé coupable dans ce conte, dont des nomades bibliques ont dû être les initiateurs.
À propos, les animaux d’exploitation ont incubé la plupart des épidémies humaines. Celles vraiment fulminantes ont dû attendre l’arrivé du monde urbain. Peu de maladies n’ont pu sauter des animaux sauvages aux chasseurs glaneurs et puis s'étendre au-delà du site initial d'infection. Ceux-là furent trop isolés de leurs associés, la plupart du temps, comparés aux citadins.
Je commence à me changer d’avis à ce sujet. La transmission de pestes globales par voie d’oiseau sauvage, comme celles que nous notons à présent touchant la grippe aviaire, le virus du Nil occidental, etc., aurait pu frapper aussi durement ces chasseurs glaneurs. Faute d’un tabou compulsif leur interdisant de consommer des espèces maladives et donc plus faciles à attraper en vol et cueillir une fois échouées, celle-ci aurait présenté un danger global de mort, tant aux chasseurs glaneurs qu’aux citadins. Étant donné des cieux remplis d’oiseaux infectés et un maquis grouillant de charognards également malades, l’isolement relatif de ces chasseurs glaneurs, comparé au coude à coude des citadins, aurait été sans rapport à ce problème épidémiologique.
En tout cas, des gardiens de troupeau furent plus miséreux durant la fin d'hiver, quand leurs troupeaux étaient maigres et indignes de commerce. À ce moment-là auraient-ils été tentés de faire la razzia des communautés d’exploitation agricole et d’en arracher leur surplus connu. Mais quand ces malfaiteurs rentrèrent chez eux surchargés de butin, ils furent vulnérables aux poursuites rapides, embuscades et représailles. D'après O'Connell, ils eurent recours à l’ultraviolence à l’encontre du fermier villageois, afin que son choc et chagrin retardassent ses détachements de poursuite. La réaction horrifiée de ce fermier fut de fortifier ses murs de village, et ces clôtures fortifiées se sont rendues en cocottes-minute de stress social, de peste et de tyrannie. Qui plus est, les fermiers fortifiés ont commencé à attaquer leurs voisins non fortifiés. En fin de compte, toutes les communautés survivantes se sont trouvées rattrapées dans ce jeu sanglant. Ainsi conclut M. O'Connell.
Cet aboutissement aurait ressemblé à celui des anciens Iroquois. La guerre intertribale s'y rendit tant brutale que l’anarchie chaotique finit par régner. Personne ne pouvait se hasarder sans risque au-delà de ses fortifications tribales, pour glaner, obtenir de l'eau, soigner la récolte et entreprendre la chasse ou la pêche. La malnutrition régit les huttes longues et le cannibalisme s’y rendit banal. Aucune mythologie guerrière n’a pu survivre les abus d'une telle actualité.
Les Iroquois ont enduré cette longue durée de misère désespérée jusqu'à ce qu'ils aient prêté attention aux mots de leur forgeur de paix, Deganawida. Celui-ci appartenait à la tribu Huron, et aurait dû être considéré un étranger et une menace potentielle. Au lieu, quand il discourut de la paix et la confédération, ils l’ont écouté et suivi ses conseils de façon religieuse. Ainsi s’est produite la plus forte confédération indienne : les six nations qui se sont gouvernés en paix pendant des générations multiples.
Enfin, le désaccord entre isolationniste,
profrançais et pro-anglais a décousu cette confédération Iroquoise ; elle
s’est rendue la proie mûre de la prédation et des maladies occidentales. Les rédacteurs de la constitution américaine
ont puisé de précieuses inspirations pour leur document, depuis les politiques
Iroquoises traditionnelles.
Riane Eisler élabore de manière légèrement différente les premières manifestations organisées de cette violence humaine. Depuis 5.000 ans AEC, des bandes de guerriers Kurgan ont envahi toutes les communautés non fortifiées d’adorants de la déesse. Apparemment ont-ils exterminé tout le monde rencontré, à part des jeunes filles. Quelques palais grandioses furent bâtis parmi de nombreux taudis, enterrements de sacrifices humains, cachettes compliquées d'armes et palissades fréquemment incendiées. Ces fortifications perchaient sur des monticules et escarpes branlants : tant laids, pénibles et inaccessibles qu’inconfortables. La régie de la conscience humaine fut noyée dans le sang des innocents. Nous ne nous sommes jamais remis de ce désastre global.
Des belles figurines modernistes, provenant des Îles Cyclades, remontent jusqu’en 3.500 AEC. D’autres objets de culte ont pointillé les rives de la Méditerranée.
L'adoration de la déesse ne survit qu'à peine aujourd'hui ; elle fut décimée maintes fois par décret patriarcal. Des élites sophistiquées d’armes, comme les nôtres, ont dû exercer plein de patience et de ruse afin de l’extirper. De nos jours, la désinformation remplace la brutalité ; les adoratrices de la déesse sont calomniées et banalisées au lieu d'être simplement massacrées.
Des chroniqueurs subséquents se sont rappelés d’un « age d'or » longtemps disparu, et ont consigné les générations consécutives aux ages dégénérés de bronze et de fer, correspondant aux matières premières d'armes retenues en main.
Les Védas, provenant de l’Inde, décrivent une succession d’époques (Youga) encore plus longue, se rassemblant en cycles durant environ 24.000 années. Chacun correspond à la récession de l’équinoxe vernale : la rotation complète dans le firmament de l’axe de l’orbite terrestre autour du soleil, aussi celle de l’axe polaire terrestre et puis du system solaire oscillant du haut en bas de l’équateur galactique, dont la science moderne confirme l’étendu chronologique.
L’humanité vient d’émerger de la Kali Youga : l’ultime et la pire de quatre époques dont la moralité et bonté aient pratiquement disparu, comparée aux Youga précédentes. (En anglais) http://cycle-of-time.net/cycles_of_precession.htm.
Nous devons être les gens de la dioxine, dans ce scénario, issues de l’age du plutonium, « à demi en argile et à demi en fer » d'après le cauchemar de Daniel dans l’ancien testament. Nous nous serions rendus en êtres dégénérés, nous sauvant des sabots bien aiguisés des quatre cavaliers auxquels nous avons cédé cette planète : famine, pestilence, guerre et mort. Par contre, puisque nous nous serions écrasés dans les plus basses profondeurs, en ce qui concerne notre moralité, il ne semble rester nulle part aller sauf à la remonte.
La Chine néolithique et paisible paraît avoir éprouvé une dégénérescence similaire. La culture du millet date de 8.000 AEC dans le Nord, et du riz, de 5.000 AEC dans le Sud. À partir de 3.000 AEC, une transition archéologique reconnaissable, de la paix pastorale au chaos militaire, a broyé la Chine sous les sabots de cavaliers nomades provenant de l’Asie Centrale.
Des découvertes récentes (2008) démontrent que des céréales sauvages furent amassées depuis 15.000 à 18.000 ans, donc avant le dernier maximum glacial. http://www2.warwick.ac.uk/newsandevents/research_pushes_back/. Il est probable que des communautés d’agronomie primitive, presque aussi anciennes, pourront être déterrées dans l’avenir. Des fragments de pots datant du 16eme millénaire AEC ont fait surface sur les îles japonaises de Tsushima, Kyushu et Shikoku.
Des centaines de menhirs équarris furent trouvés en 1994 à Gobekli Tepe en Anatolie. Ces pierres, empilés l’une sur l’autre en forme de T et sur lesquels sont sculptés des frises en haut relief d’animaux et de formes humaines stylisées, datent d’au moins 9.000 ans et donc de 7.000 AEC sinon auparavant : avant même l’agriculture reconnaissable. Parmi les plus anciens villages néolithiques connus, Catal Huyuk se trouve en Anatolie aussi, fondée environ 7.000 AEC. Des dessins, sculptures, outils et armes, et même une carte de ville, ont été trouvés là.
Mehrgarh, une ville primordiale dans ce qui est à présent le Pakistan, fut fondée au 7eme millénaire AEC. Lepenski Vir, sur les portes de fer du Danube, fut occupé environ 6.000 AEC. Ses habitants furent des villageois chasseurs glaneurs avant de s’être rendus en fermiers, prouvant que cette option nous reste ouverte ; ainsi que furent des tribus indiennes sur la cote nord du Pacifique (parmi les plus riches en Amérique) dont les communautés fixes étaient fondées sur la pêche, au lieu de l’agriculture. C’est à savoir, combien de civilisations fondées sur la pisciculture et le jardinage furent annihilées par des agriculteurs ou nomades militaristes et rivaux.
Arslantepe (Porte du Lion, en turque) fut fondée environ 4.250 AEC. En 4.000 AEC, un grand temple y fut bâti, s’occupant de l’entretien et la distribution des vivres. Des céréales étaient déjà cultivées en Anatolie depuis trois milles ans, et en Palestine, depuis mille ans supplémentaires. Arslantepe fut abandonnée durant l’effondrement de l’empire Assyrien, environ 610 AEC.
La première civilisation américaine dont nous retenons des indices date d’environ 5.000 années, donc de 3.000 AEC. Le plus récent « premier » site de la civilisation urbaine est dit d’être Caral, à 200 kilomètres au nord de Lima. Sa creuse déterra de l’architecture monumentale and de l’agriculture irriguée datant depuis 2627 AEC (donc contemporains de leurs équivalents égyptiens.) Le site de Norte Chico fut déterré sur le plateau Péruvien ; il dura 1.200 ans, avant que ses gens n’aient déménagé dans des vallées plus importantes vers l’intérieur, au Nord et au Sud, et ne se soient transformés de la pêche et du jardinage, à la cultive plus intensive du maïs. http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn6829.
La première documentation reconnue a débuté avec un calendrier égyptien qui date (littéralement) de 4.241 AEC. Les textes védiques indo-aryens ont pu être beaucoup plus anciens, étant donné des observations astronomiques antérieures que l’on peut y trouver. Ces Védas furent transmis par récitation à l’orale, miraculeusement libres d’erreur, à travers des milliers d'années d'analphabétisme absolu. Des textes védiques intégraux ont disparu en transit, sans doute parmi les plus paisibles.
L'Égypte s’unifia pour la première fois environ 3.100 AEC. Protégé par les vastes vides du désert, ces proto Égyptiens ont enduré de nombreuses guerres civiles, y compris une lacune de sept cents ans, recensée de façon frissonnante, « l’anarchie. » Enfin, le pouvoir national s’est consolidé le long de l’étroit bord d'inondation du Nil.
Dans cette bordure, la construction d’enclaves urbaines fut formellement interdite ; elle fut réservée à l’agriculture. Nous verrons si les Égyptiens regretteront d’avoir désobéi à une ordonnance si stricte.
L'Égypte fut la victime de nombreuses razzias ; elle fut envahie et occupée, et puis se libéra, des Nubiens et leurs alliés provenant du Nord, les Hyksos, de 1.800 à 1.600 AEC ; des gens de la mer de 1.200-1.170 AEC ; des Philistins et Éthiopiens en 730 AEC ; puis des Assyriens et Libyens en 671 AEC. Environ 661 AEC, les Assyriens ont réussi à saisir Thèbes, la capitale égyptienne depuis 2.100 AEC, avec son temple géant d'Ammon. En 605 AEC, Babylone refoula les armées égyptiennes de la Syrie et Palestine.
À l'époque, dans les anciennes villes que nous sachons « lire, » rien n'existait que des palais, casernes, taudis/ateliers et bazars. Pendant des millénaires, le temple local servit comme banque, hôtel de monnaie, monastère, chiromancie, géomancie, bureau de poste, entrepôt, grossiste, hôtel, bordel, musée, bibliothèque, maison d'édition, agence publicitaire, bureau de journal, station radio, cathédrale, théâtre, casino, maison d’hébergement, observatoire, hôpital, université, et d’autres fonctions oubliées depuis. Si tu appréciais la curiosité, l’imagination et la camaraderie, la prêtrise fut l’unique jeu en ville, en dépit de ses tendances encastrées de réaction.
Quel fut le tau d'usure d’anciennes archives égyptiennes ? Imagine combien facilement ont dû disparaître des voûtes enterrées, remplies de papyrus et d'argiles comprimées. De la poussière transformée en argile ; puis passée au feu, au sang et à l’inondation ; pour en revenir à la poussière.
L’ultime bibliothèque égyptienne gît en toute probabilité intacte et non reconnue sous le lit du Nil à la hauteur des pyramides de Gizeh. Son placement serait indiqué de façon énigmatique par une correspondance géométrique entre ces pyramides et les étoiles de la constellation Orion. Dans ce cas, le Nil prendrait la place de la voie lactée. Sa disposition, noyée et scellée sous les fleuves du Nil, serait marquée par la plus brillante étoile dans l’intersection de cette voie et cette constellation, comme orientée au temps de la construction des derniers de ces monuments et représentée par aucun autre monument reconnaissable. Sinon, là ou il serait le moins inconvénient de détourner le Nil, en amont d’un passage correspondant à une autre maison astrologique. Personne de responsable ne semble s’en intéresser.
Des ardoises en argile se sont rendues en céramique indestructible quand des palais impériaux furent incendiés avec leurs bibliothèques annexes. Il ne reste que quelques petits problèmes : découvrir ces collections et les déchiffrer. Oublis vite des archives en parchemin, vélin, papier et papyrus. Tout environnement moins stérile qu’un désert de sel les aurait mises à pourrir.
Pense à ces papiers et parchemins
éphémères. Furent-ils tracés à l’ongle,
de marques cunéiformes sur des feuilles fraîches, cueillies d'arbres aux feuilles
géantes grandissant au bord d’avenues majestueuses ? Voici comment j'imagine qu’ils aient pu s’en
sortir, s’il n’y eut rien d’autre auquel appeler, que la nature et les
technologies de base. Tout document
ainsi copié ne serait à présent que de la paille, et toute archive contenant
ces documents, rempli de terreau illisible.
Suit une liste interminable mais incomplète des villes détruites, documents disparus et civilisations étranglées. Je n’ai pas eu la force de la traduire, cette liste, et tu n’aurais probablement pas eu l’intérêt de la parcourir dans son ensemble. Consulte plutôt une bonne histoire du monde afin de t’en éduquer, pourvu que tu ne t’ais pas encore fait une bonne idée. Sinon, apprends l’anglais afin de lire la mienne. Je ne traduirai que les portions suivantes, m'étant les plus intéressantes.
…
La civilisation de Minos surgit sur l'île de Crète, environ 2.000 AEC. Ses structures en combinaison palais, temple et centre de commissariat et de civisme furent reconstruites en 1.700 AEC, après qu’une série de tremblements de terre, de révoltes et de pillages les eut endommagés. L'age d'or minoen dura jusqu’en 1.450 AEC, quand éclata le volcan avoisinant, Théra ; ce qui annihila les sociétés établies sur Théra, sur Crète et qui sait ailleurs dans la Mer Égéenne et plus loin ?
La civilisation de Théra eut pu être encore plus brillante que celle de Minos, ainsi que St. Petersbourg brille plus vive que le vieux Moscou étouffant. Il se pourrait que Thera ait été une base militaire et un port naval qui protégeait l'île démilitarisée et idyllique de Crète, comme Pearl Harbor sert l'île bénie de Maui.
En tous cas, cette éruption projeta de puissantes vagues de marée sur les rives de la Mer Égéenne, perturba la saison des croissances avec des chutes de cendre épaisses d’un mètre, et détruit, en toute probabilité, toutes les flottilles en port et à la plage. Des envahisseurs opportunistes (les Mycéniens ?) ont suivi ce désastre, parvenant à éteindre cette flamme lumineuse de la civilisation.
Durant leurs beaux jours, les Minoens se civilisèrent par la redistribution du culte de la déesse : des produits forestiers, faunes montagnardes, pêches abondantes, agriculture fertile et art de maître. Des plantations d’oliviers se sont épanouies en Crète depuis au moins 3.500 AEC. Relativement peu de fortifications insignifiantes ont pu y être trouvées ni aucun port fortifié, mur de ville, inscription militariste ni de royauté.
Les fresques et fragments de pots Minoens indiquent un naturalisme fantasque. Cela, puis leur prédilection pour le rouge de l’ocre et le noir du charbon, nous rapportent devant le meilleur art néolithique. Des boucles en bronze enserraient la taille de guêpe des jeunes gens, et leur mode de couture découvrit les seins des jeunes femmes. Avec tout le respect dû à Ursula K. Le Guin, je salue une culture assez gaie et auto disciplinée pour permettre ce rapport de mode sans perturber la paix. C’est à imaginer, le tumulte qu’une telle indulgence induirait dans nos sociétés « modernes » et barbares !
De l'eau propre fut conduite dans toutes les maisons (même de l'eau chauffée) ; les eaux d’égouts, écoulées au loin. Les chambres furent de taille et de qualité égales à travers la population : une autre habitude paisible que nous n’avons pas permis depuis.
Des taureaux sont représentés jetant en l'air des danseurs acrobates de culte, entre leurs cornes énormes et épaules puissantes. On a spéculé que cette cérémonie dépeignait une confrontation rituelle, suicidaire et pratiquement impossible. Le taureau au combat ne soulève pas ses cornes du ras en haut, comme un conducteur de bouteur soulèverait sa lame. Au lieu fouette-t-il les organes vitaux de sa victime, à la diagonale et d’en dessous, comme le ferait un bagarreur astucieux au couteau.
Il serait plus probable que des enfants destinés au sacerdoce furent encouragés à élever des veaux prisés en tant qu’animaux de compagnie. Ils ont dû s’exercer avec eux afin de récréer ce jeu de danse sacrée ; ainsi que des enfants en Asie rurale gambadent dans l'étang de canard du village avec leur buffle d'eau familial. Les étrangers (particulièrement des occidentaux puant de la graisse des rognons) risquent une attaque sournoise de la part de ces mêmes bêtes dociles.
Certains postulent que la civilisation crétoise ne fut qu’un article truqué. Aurait-elle pu gérer une géante place de mausolée, marchandée à travers la Méditerranée comme un paradis funèbre pour des momies ? Pour des riches investisseurs défunts : Club Mortalité ? Tout ce bel art aurait néanmoins pu être d’autant visé pour la stupéfaction de ses spectateurs (dans ce cas, nous) que pour attirer d’outre-mer des cadavres embaumés de gros propriétaires d’esclaves.
Rien de déchiffrable ne reste de la culture écrite des Minoens, que des restes de registres de comptabilité. L’élégance vibrante de son art nous étonne ; sa prose et poésie ont dû garder le pas. C’est bien dommage que rien ne reste d’elles que nous ne puissions déchiffrer.
Il se pourrait, comme le suggère Graham Hancock dans Underworld: The Mysterious Origins of Civilization, L'abîme : Les origines mystérieuses de la civilisation (Crow Publishers, New York, 2002), que l’expression artistique ou religieuse fut restreinte par la loi et les meurs aux présentations à l’orale et aux mnémotechniques fastidieuses, et que le mot écrit ne fut utile que pour les trifouilles à profit : inventaires, calendriers et telles bêtises sordides ou technicités.
Certains présument que les peuples de la mer sinon les Philistins ont pu être les évacués de Minos d’après ce désastre. L'historien de la Grèce antique, Hérodote, cet avide pourvoyeur de superstitions, (l'Histoire d’Hérodote, de Tudor Publishing Company, 1943, Dial Press, Inc., 1928, George Rawlinson, traducteur, Manuel Komroff, éditeur), attribut une origine Minoenne aux Spartiates : ces vulgaires techniciens d'armes. Bien que j’aime, moi aussi, transmettre les soi-disant superstitions ; ils sont divertissants.
D'autres postulent que la civilisation de Crète fut le dernier avant-poste des Atlantides mythiques, occupant Théra et d'autres îles à présent effacées.
Platon, citant son mentor, Solon : un homme d’état et philosophe naturel renommé pour sa probité, affirma que cette civilisation revenait de dix mille ans en arrière de son temps. Solon l’apprit d’historiens religieux en Égypte. Des historiens modernes affirment que ces Égyptiens furent plutôt nébuleux quant à ce qu’ils comptaient comme mille ou dix milles ans. Je pressent qu’ils parlaient sérieusement de dix milles années précédentes.
Ce serait bien notre veine : une des civilisations les plus brillantes dans la mémoire humaine, planqué au point zéro d’une catastrophe planétaire.
Simcha Jacobovici est le réalisateur d’un filme documentaire génial : The Exodus Decoded (l’Exode déchiffré) dans lequel il fusionne les Hyksos et les Juifs en un seul peuple historique ; les dix fléaux d’Égypte et la noyade de l’armée égyptienne, lors de l’Exode, des suites directes de l’explosion volcanique de Santorin. Voir http://www.amazon.com/Exodus-Decoded-History-Channel/dp/B000HOJR8A.
Le mythe d'Atlantide gagne créance en raison des similitudes saisissantes partagées des civilisations transocéaniques : leurs effigies sculptés comportant des traits raciaux distinctement exotiques, des ressemblances quant à leurs objets façonnés pour commerce, dispositions culturels et architecture semblablement monumentale.
Le fameux historien, Fernand Braudel, a remarqué que tous les sites originaires de l’agriculture organisée dans le basin méditerrané, furent établis aux élévations de 600 à 900 mètres par dessus la mer (Fernand Braudel, Les Mémoires de la Méditerranée : Préhistoire and Antiquité, Editions de Fallois, Paris, 1998.) Ces sites ont-ils survécu une série de super tsunamis qui effacèrent la civilisation préhistorique partout ailleurs et en dessous ?
Les Mycéniens ravageurs n’ont pas enduré beaucoup plus longtemps que leurs victimes à Minos. À partir de l’an 1.200 AEC et ensuite, de plus en plus de leurs palais se sont fait incendier, et des fortifications monstrueuses se sont épanouies à leur place. Leur artisanat, au mieux médiocre, s’est rendu de plus en plus rare et effiloché. Les archéologues indiquent qu'une brutalité traumatique éteint 90% de la population locale : cette proportion incroyable et dénotant une interne génocide systématique. Quel épouvantable site d’accouchement pour la civilisation d’Homère et de Platon !
Nota : voici la fin de mon effort à traduire ce texte effarant. Je tenterai de m’y remettre quand j’en retrouverai les forces. Je te prie, entre temps, de te remettre au chapitre suivant, le lien auquel se trouve en bas de cette page.
ADDENDA : Un mardi noir, le 15 avril 2003, la bibliothèque national d'Irak, son musée national et sa bibliothèque islamique furent pillés, ruinés et brûlés par des émeutiers insoumis et d’experts pilleurs de tombe. Le monde dût soutenir, pour la millième fois, une nouvelle lobotomie terrible.
Dis-moi, est-ce vraiment durant le 21ème siècle que je purge ma peine ? Sinon serait-ce le monstre Hulagu qui demeure toujours le seul responsable ? En effet, nous, les Américains, avons confirmé que nous sommes un événement historique aussi néfaste que les Talibans qui n'ont su rien faire de mieux qu’exploser leurs statuts géants de Bouddha dans la vallée de Bamian. On m’apprend que le responsable de ce scandale vient de se faire élire au nouveau parlement afghan. Qu’il étouffe de sa popularité récoltée au canon du fusil.
Cent ans dans l’avenir, quand presque tout le monde aura oublié Saddam Hussein, on se souviendra de Bush le Moindre comme ce rustre d'Américain qui surveilla l'annihilation des inestimables collections de Bagdad. Dans mille ans, voici peut-être la seule chose dont sera reconnu l’empire transitoire américain. Combien durement ces nains mentaux devront chuter !
Il n’y a que des Texans et leurs copains de réaction et d’avidité commensurables, qui s’assureraient de sécuriser le ministère du pétrole irakien, mais non sa bibliothèque, sa bibliothèque islamique et son musée national. Leurs maîtresses d’école ne leur ont pas appris l’archéologie mésopotamienne comme l’ont fait les miennes, en toute révérence. Le quartier général du commandement central des USA fut prévenu d’avance à maintes reprises. Il n'en fit rien. Barbares…
Quant aux Marines américains, quelque chef de section de première souche eut dû saisir ce que ses supérieurs, du président jusqu’à son commandant de compagnie, furent trop stupides et fainéants pour s’en rendre compte. Ce genre de prise d'initiative, c’est la raison que l’on paye des bons officiers : afin qu’ils plantent des postes de garde autour d'installations imprévues mais vitales. Il aurait dû mettre à l’arrêt n’importe qui eut touché à ces collections sacrées, et ses supérieurs eussent dû le soutenir de réflexe.
Il l’eut essayé peut-être ; qui sait ? L'histoire, voici le premier amour d’un bon soldat. Aucun historien digne de se nom n'aurait autorisé cet outrage sans protester. Mais il dût envoyer sa demande en haut dans la chaîne de commandement, et durant sa montée, elle dût figurer devant le lien le plus stupide de cette chaîne (peut-être celui dans la Maison Blanche ?) Quelque officier surmené d’état major, comptant assidûment ses escouades disponibles contre les blocs carrés de Bagdad qu’ils dussent garder, a-t-il simplifié sa carrière sans valeur en rendant un rédigé brusque en bas ? « Négatif. Ne faites rien de tel. » Ne fut-il qu’un autre mercenaire de l'initiative de collecteurs avides arrachant ces objets et satisfaisant ainsi la convoitise de leurs patrons politiques ?
Dans l'un ou l'autre cas, s'il y a une différence entre l’irrésistible puissance de feu et la sagesse victorieuse, les Américains ne l'ont pas encore apprise.
Voici un nouvel avilissement pour les Marines américains. Laisser brûler les collections antiques de Bagdad pendant leur tour de garde, c’est tout aussi immonde que de s’enfuir en déroute de la ligne des cannons durant la première bataille de Bull Run et d’ainsi valoir à l'armée de l’union un autre quatrain d’années de massacre ; sinon permettre à leur caserne centrale à Beyrouth d’être bombardé par camion piégé, sans bagarre sérieuse, des jours après que des cibles semblables aient été annihilées de la même manière.
L'Amérique doit apprendre, aussi lentement que péniblement, ce que chaque empire tant stupéfié par l’histoire dût apprendre pendant son acheminement de rouleau caboteur : du développement, à la conquête, à la stagnation, puis à l’annihilation, juste avant que ses victimes alliées ne lui démontent pour de bon tout ce qu’il eut chéri. Comme un homicide accidentel au cours d’une autre infraction, la stupidité, la mauvaise gérance et l’ignorance culturelle n'excusent jamais les conséquences inattendues de nos pires impulsions. L'histoire ne se soucie guère combien Texan, Republican, de corporation et autrement ineptes et insensibles que seraient nos chefs ni combien sots nous devions nous rendre pour leur autoriser, sauf afin d’accélérer notre ultime défaite.
L'Amérique et l'Australie ont le luxe de dominer leur propre continent, sans rival militaire digne de ce nom, contrairement aux autres pays de partage continental ; ils peuvent s’enfouir dans leurs continents et y demeurer aussi provinciaux, fermés d’esprit et chauvins qu’ils le veuillent. Ces Américains peuvent mal éduquer leurs enfants jusqu'à ce que nos étudiants d’université ne sachent ce qu’un enfant de douze ans connaîtrait par coeur outre-mer ; les plus méphitiques de nos gros riches peuvent envoyer des mercenaires à l’étranger afin de ratisser le monde et d'en arracher sa trésorerie, verrouillée ou autrement, avec impunité relative.
Pourtant, dès que nous nous hasarderions hardiment et une fois pour toutes au large de ce grand monde bien affreux, l'incompétence permissive nous devient un handicap fatal, nous apportant des conséquences d’une gravitée bien au-delà de celles qui nous embarrasseraient en public, trahissant tout simplement notre fadaise collective.
Américains, soyez prévenus ! Comme un enfant gâté lors d’une crise de colère, nous avons cassé la vase irremplaçable d’une boutique de porcelaine. Nous avons déjà été pas mal raclés, une fois ; la prochaine pourrait nous voir taillés en lambeaux. Voici ce qui est arrivé à tous ceux qui nous ont précédés sur ce chemin lumineux de l’avide primauté impérialiste, ici-bas sur cette terre en armes.
Nous rendrions meilleure service en
organisant le monde paisible durant notre tour de garde : répondant mieux
aux intérêts, aux forces et aux limitations de l’Amérique tout d’abord, et à
ceux du monde entier ensuite.
ENSUITE TABLE DES MATIERES ANTÉCÉDENT
APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix
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