SOMMAIRE D’APPRENTIS INTRO
ET VOCABULAIRE
Je n’ai pas encore figuré comme guerrier armé durant cette vie ni connu de combat cette tournée de ronde. Mais je te parierai que j’ai servi cette peine pendant des vies antérieurs et que tu te l’ais tapée de même. Nous sommes tous des experts subliminaux et victimes invétérés du combat.
Tant pis si tu nies mes écrits parce que tu refuses de croire en la réincarnation, sinon insiste que les civiles doivent se taire au sujet de la guerre. Lis-le ou pas, rends t’en compte ou pas. Tout ce dont je suis capable, c’est de te l’offrir.
Nous devons boire profondément de l’acide vomi plein sang de la guerre, sans devoir l'éprouver en temps réel. Nous devons aspirer à plein le parfum ranci de cette fleur et nous asperger la figure de sa rosée fécale, reconnaître ce que nous avons raté comme nous reconnaîtrions notre premier baiser.
Évoquons le combat des écrits de ceux qui l’ont éprouvé pour nous et aussi de nos expériences antérieures ; ainsi pourrions-nous nous retenir de la répéter si souvent à présent et dans l’avenir—bien moins fréquemment qu’il nous l’ait fallu dans les mondes et réincarnations du passé.
Je peux te raconter ce que me raconta mon grand père. Lui me dit que le meilleur fruit qu’il n’ait jamais goûté – et nous habitions Provence, lieu d’un bon nombre de bons fruits – fut d’oignons crus déterrées d’un champ abandonné hors de Verdun, là où il fut blessé comme simple soldat ; ces oignions couverts de terre et « mangés comme des pommes. » Puis il en sourit, de son souvenir.
Que quand ton escouade se fait attraper loin d’abri d’un ouragan de feu, mieux vaut de se vautrer parterre en fil et ramper en avant jusqu’à ce que ta tête ne s’enfouisse sous les entrejambes de celui au devant, puis poser ton casque sur son arrière train. Qu’il a trouvé ça drôle, quand un de ces hommes chia dans ces culottes (ce qui arrive à au moins le quart des combattants sous le feu) sur la tête d’un autre ! Ils survécurent cette tempête là, de mort à faire dans les culottes, afin d’en rire ensuite.
Ou mon père me racontant d’avoir attrapé des poux auprès de sa compagnie sous une jeté pourrie. Ou me démontrant, tout grave et silencieux, l’étroite plage de galets au fond d’une gorge aux ombres profondes, trop abrupte pour en négocier la descente à l’aveuglette, bien qu’elle ait pu détenir un sentier caché. Mon père ne me l’a pas montré et nous n’y sommes jamais retournés, quoique tout près de la maison.
Son meilleur ami et sa section embarquée de scoutes de cavalerie d’une unité anti-char furent massacrés dans une croisade de mitrailleuses allemandes, probablement déployées bien en haut de cette falaise, près du bord que nous chevillions à présent, une bonne trentaine de mètres ou plus (j’étais alors jeune et petit) par dessus cette triste plage rocailleuse au bord de la croisette. Loin sur l’aile droite du débarquement Américain en Provence, là où plus loin la Brigade des Commandos Français se fit massacrer. Mon père en avait de la veine.
Un autre de ces meilleurs amis mourut après la tombée de Dien Bien Phu. Il y commandait la seule section de chars envoyés là-bas en pièces par avion et lui avec ses deux bras cassés en plâtre, puis mourut durant l’évacuation.
Ou l’histoire qu’il me conta une fois, quand il fut jeune officier en avant d’une colonne régimentaire de cavalerie à cheval, en marche depuis des centaines de kilomètres, du Texas au Kansas et de retour : l’une des dernières marches comme ça dans l’histoire Américaine.
Ils étaient drogués de chaleur, de retour au poste. Les chevaux en pointe, en s’approchant du camp, le flairèrent et s’élancèrent au pas de charge par dessus la crête et en bas vers la vallée et leurs stalles doucereuses, d’en dessous d’un soleil écrasant et de leurs cavaliers somnolents. Quelques uns ont sans doute dû piquer du nez, bien que lui ne m’en dit rien, et je fus trop bête pour le lui demander.
Mon père transmit la nouvelle le long de la colonne, qu’il fallait ranimer tout le monde, étant donné que les chevaux s’animeraient. Je te parie qu’ils ont fait une grande rentrée en poste, en panache de formation bien cousue à la fin d’une marche de maître. Lui, ne m’en dit plus rien. Mais j’ai perçu la fierté dans ses yeux.
Tous deux m’ont coupé court leurs petites histoires et me les ont parcimonieusement racontées, bien qu’ils savaient que je leur écouterai bouche bée. Tant fut la peine de leurs souvenirs.
Mettons-nous les godasses boueuses d’un fantassin moyen d’infanterie au combat. Au monde paisible, on en raconterait à chaque enfant jusqu'à ce qu'il lui fût ordinaire— bien que plus rien de la gloire militaire. A huit ans, on aurait déjà pris GUERRIER D’INFANTERIE AU COMBAT en dictée à l’école sinon le dévoré en dessins illustrés.
Au lieu de te réveiller dans un lit douillet dans une chambre bien chauffée le long du couloir de parents affectueux, sinon à côté d'une douce compagne voulant bien t’aimer, sinon tout seul et nébuleux ; tu sursautes en éveil dans un trou humide de civières en décomposition, éveillé par une démangeaison fâcheuse au milieu d’une cacophonie d’explosives à haute puissance qui t’a assommé les susceptibilités depuis des mois, sinon par une quiétude sinistre qui ne présage rien de bon.
L’horizon gronde du fracas lointain de l’artillerie lourde – la tienne si tu es veinard ; celle de l’autre coté sinon des deux si tu ne l’est pas – ce son un peu étonnement comme celui depuis ton estomac vide—sauf qu’elle frémit tout le paysage en plus de tes boyaux intimes. Affamée pour encore plus, elle déverse un peu de poussière dans ton trou. Fais gaffe qu’elle ne s’approche de toi gueulant fort, ne te renifle dans ton terrier et ne te prenne pour son petit déjeuner ! Rien à faire en tout cas, ce concernant.
Tu es terriblement seul, entouré de petits groupes fumants de tes camarades martyres, enterrés et invisibles. Personne n'a mis de côté ses chaussures putréfiées ni ses chiffons couleur de caca, ni ne s'est reposé correctement, ni baigné proprement depuis une quinzaine. Si tu dormais du tout, ton coma mortel fut baigné en sueurs, bourré de cauchemars et interrompu de façon exaspérante à chaque instant. Cette frimasse de zombi de privation de sommeil, c’est ton sort quotidien aussi celui de tes officiers preneurs de décision.
Ce matin noir et humide, il est tout comme les autres : d’un froid gelant ou d’une chaleur accablante selon l'excès saisonnier. Qui aurait cru, d'après les agréments urbains et ruraux de chez toi, que le simple temps dehors fut tant sauvage ?
Une fétidité pénètre tes narines ; elle est commune à tous les champs de bataille : composée de boue ou de poussière, d’haleine fétide, d’odeurs de corps humains et de leurs déchets ; d’habits, de nourritures et d’équipements moisis ; de gazes d’explosifs à haute puissance et de bouts cuits de chair en décomposition de toutes espèces. Le tout souligné depuis presque cent ans par l’omniprésent remugle du diesel. Tous les effluves toxiques et fluides interdites, évités pendant la paix, composeront en guerre ta toilette quotidienne. Sa puanteur infectera ta psyché jusqu'à la mort ; chaque suggestion d’elle rallumera des fugues poste traumatiques lors de ton distant avenir civil.
Tu as mal partout et la diarrhée trotte de près derrière toi en te tourmentant l’estomac—advenant à moitié de ta crainte et son affaiblissement de ton immunité, et à mi du petit déjeuner fécal que tu viens d’avoir la bonne chance de gaver. Tes muscles sont saturés d’acide : le lait du surmenage. Ta peau rampe d’une énervante grouille de poux (les compagnons constants du combattant) et d’un lustre collant et puant d’ordures. Tu souffres de plaies embarrassantes et de plaintes chroniques que personne ne reconnaîtra sauf pour te les ridiculiser. Tu dois tousser, éternuer ou chier pendant des moments périlleux et aggraver celui de tes amis durant. Tu as perdu plus de poids que ne serait normal ni sain. Ton épuisement te prosternerait dans des circonstances normales ; tout docteur qui valut son sel jetterait un coup d'oeil sur ton pauvre cul désolé et l’enverrait au lit pour une bonne semaine de repos. Pas ici, pas maintenant.
Tu es affamé et fou de soif. Pour chaque tourment t’étant absout par la logistique combattante géniale de ta nation, une douzaine de plus t’infestent en pires et moins remédiables. Que tu sois toxicomane ou pas, le faux promis de l'alcool et des drogues te laissera souffrir comme un damné. Tu ferais n'importe quoi pour une petite gorgée ou piqûre d'évasion. Néanmoins, ni la nourriture, ni la boisson, ni les drogues : ces horreurs moisis disponibles dans ta porcherie, ne t’offriront aucune consolation.
Que des courriers problématiques seront capables de te consoler ; tant capables de t’apporter la mauvaise nouvelle que ta compagne s’est rendue folle de solitude et s’est jetée sur le premier merdeux venu, ou que ta famille et tes amis ont expiré durant la plus récente atrocité martiale chez vous et t’abandonnent pour toujours.
Au lieu de circuits rébarbatifs et sans fin à un boulot modérément passable, tu dois faire face à la machinerie ronflante de haine industrielle qui s'étend au-delà de l'horizon : tout le génie, toute la fortune et la fleur de la jeunesse d’un pays choisi à l’aléatoire, les citoyens duquel tu n'aurais jamais rencontrés ni tenus en querelle—entièrement, consacrés, à, ton, extermination, particulière. Gloupe !
La puissance de feu de ton armée t’est aussi menaçante que celle de l'ennemi. Les soldats en première ligne peuvent être et seront massacrés par l'un côté ou l'autre. Les forces mécanisées sont des germoirs de désastre mortel ; l’artillerie, les chars et les avions des deux camps, parfaitement conçus pour annihiler ta vulnérabilité transparente. La maladie et les accidents peuvent te tuer aussi facilement que le combat. La mort n'est pas particulière au champ de bataille.
Le péril te menace de partout, et l’exécution tranquille par peloton de feu sinon du pistolet de ton chef d’escouade, pourvu que tu demeures trop longtemps en lieu de sécurité. Nulle sûreté ne t’attend sauf dans des rangs bien alignés d’une cimetière militaire ou d’une chambrée de convalescence ; sinon d’une fosse commune et anonyme, raclée par bulldozer, sinon d’une grotte moite, empestée et retentissant de cris : des premiers secours aux derniers recours.
Au lieu de pratiquer ta politique journalière sous les contraintes de la civilité et des lois, auprès de personnes familières, compétentes et modérément raisonnables, tu devras faire face aux âmes perdues, aussi dégoûtantes et malheureuses que la tienne. Au lieu d'une coterie d’amis et de familiers ardemment nourris par la bonté mutuelle, ceux-là sont une troupe puante de brutes vulgaires et de compulsifs névrotiques avec lesquels tu ne partages rien à part cette misère motivée par dépit fugace et terreur parfaitement raisonnable. Si tu est assez chanceux et possédé de la dignité du courage, ils te traiteront mieux qu’un frère noble durant des moments éclatants de crise, te partageront leur dernière croûte de pain et gorgée d'eau, risqueront leur vie pour sauver la tienne—et t’abuseront comme une saleté à tout autre moment. Vos tendres sentiments et corps maltraités seront à la merci chacun des autres. Aucun choix ce concernant.
Ce matin t’apporte des cancans à toi et tes précieux amis de partager. Vous avez été rendus bien malins à présent, aussi superstitieux que des cannibales et d’une circonspection sauvage envers tout Autre.
Si ta troupe trouve une certaine poche de sécurité relative, le combat pourrait devenir votre dernière inquiétude. Vous y serez intimidés par des maîtres d’esclave d’arrière secteur, choisis pour leur insensibilité, dont l’intention est de vous garder sur qui-vive permanent : des sadiques professionnels que tu ne côtoierais jamais dans la vie privée et auxquels tu ne rendrais aucune confiance au combat—pour effectuer des ronds de corvée sans fin et sans valeur, dégoûtants et épuisants. Leur seule réponse à ta requête de dignité : l'insulte réfléchie, la brutalité et encore plus d'expéditions à charge dangereuse. Leur sûreté relative dicte ton péril ; leur maigre confort, ta misère. Des lutins zébrant les entrées de l’enfer, aiguillonnant les damnés vers leur malheur : leur but primaire étant de te refouler dans les tirs. Tout comme d'autres institutions répressives en temps de paix, tout comme des cils rayant l’intestin péristaltique, qui envoient des déchets plus loin après en avoir extrait tout lambeau de vie.
Tes commandants seront plus attentifs à détruire l'ennemi qu’à ton bien-être. S’ils sont des braves, ils bosseront jusqu’en crever pour veiller que tu sois nourri et hébergé aux normes minimes, regretteront brièvement ta détresse d’insecte et ta disparition, puis poursuivront leur chemin. Sinon ne s'inquièteront-ils point de toi ; en effet chercheront-ils leur promotion en promouvant tes malaises.
Voici ce que crée un général et lui rend ses étoiles. Sa charge primaire est de vous clouer, toi et tes amis, dans une certaine position intenable, puis vous envoyer en marches sans fin et de plus en plus périlleuses, jusqu'à vous soyez rendus en pertes comme des bagages égarés et inutiles pour plus d'ennuis. Voila son devoir, sa gloire et sa récompense.
Tes meilleurs amis mourront devant tes yeux sinon seront terriblement mutilés dans tes bras, et aussi leurs remplaçants et leurs remplaçants de suite et probablement toi-même à la longue. Après avoir témoigné de leur agonie et lavé tes mains dans leur sang, tu les enterreras dans un trou commun (le millième que tu aies creusé) qui prit des heures précieuses d'éreintement dans ton éraflure de la terre, des pierres têtues et des racines à tes pieds. Il est stupéfiant, le travail impliqué dans la creuse d’une tombe adéquate ou d’un abri décent.
« La blessure qui vaille un million de dollars (comme celle soufferte par les héros de Hollywood) est provoqué par une balle militaire de vélocité élevée, non déformée et toujours emballée dans son enveloppe de métal, qui passe directement à travers le tissu relativement élastique du muscle et puis en dehors de l'autre coté, créant un tunnel de la minceur d’un crayon et délogeant une sortie dans la forme d’une étoile d’environ deux centimètres de largeur. Cependant, les dimensions de ce tunnel provoqué par le passage de la balle se permutent en raison des embardées. Le long d’à peu près les premiers 15cm de sa traversée, cette balle entièrement revêtue maintient son point en avant et ceci peut lui permettre de jaillir de l’autre côté ; mais parce que sa base est plus lourde, elle veut toujours être en avant ; au-delà de cette distance, elle commencera à rouler et virevolter. Quand cette dégringolade atteint 90°, la balle se déplace de travers, agrandissant de ce fait le tunnel à 3cm ou plus de travers. Après avoir pénétré 40cm de tissu, sa base fait pic et le tunnel reprend son envergure initiale. Sans tenir compte de son intervalle parcouru à l'intérieur du corps, cette balle peut se casser en percutant des os majeurs, sa veste en métal et son souple noyau de plomb peuvent se séparer en morceaux irréguliers dont chacun prendra sa destination imprévisible—ainsi que des morceaux d'os cassé. Dans ce cas, la blessure de sortie peut atteindre jusqu'à 13cm de travers. [Nota : va mesurer ça sur la peau de ta torse nue : une plaie ensanglantée de 13 centimètres d’envergure.] Les blessures aux membres peuvent massivement endommager en brisant les longs os ; en particulier aux jambes, là où des os brisés menacent les principaux vaisseaux sanguins. Même les pénétrations dites « propres » du coeur, du foie et des principaux vaisseaux sanguins seront d’habitude mortelles, et les atteintes au cerveau ont normalement des résultats dévastateurs, même quand la victime les survit :…
[Nota : la modernité des armures par balle et de la maîtrise chirurgicale permet la survie davantage de soldats jadis vite décédés : ceux atteints aux portions exposées de la figure et du cou qui mènent au cerveau et aux vertèbres cervicaux ; ce qui produit une foule de gueules cassé qui n’auront qu’à subsister le restant de leur vie dans un état plus ou moins végétal et paralysé. Un autre groupe encore plus grand se fait cogner la cervelle par des explosifs et souffre d’une détérioration mentale plus ou moins sérieuse et permanente. D’autres survivants de cette haute technologie perdent leurs membres sans armure : jambes et bras, mains et pieds.]
« …Indépendamment des embardées et coups aux os ; la quantité de dégâts que cause une balle dépend d'un autre effet du nom de cavitation.
« Imagine une boule de tennis forée au centre et glissant librement le long d’une tige mince comme un crayon. Cette tige, c’est le tunnel creusé par la balle : la cavité permanente. La boule, c’est la cavité provisoire, provoqué tout autour de ce parcours par une brève mais forte onde de choc qui suit la balle de près : cette cavité atteignant jusqu’à 18cm de travers, qui s’effondre ensuite vers l'intérieur (l'effet de ce vide peut également sucer des saletés par la voie d'entrée de cette balle.) Quelques organes comme le foie ne peuvent que rarement le survivre ; d'autres en sont moins atteintes, telles que le poumon.
« Le tissu musculaire épaté dans la cavité permanente et le tissu étiré dans la cavité provisoire sont tous deux effectivement rendus en sangsues abruptement dépourvus d’approvisionnement sanguin par voie mineure ; si laissée non traitée, cette chair se décomposera (en nécrose), créant un milieu idéal pour la reproduction des bactéries. Le traitement chirurgical implique donc le debridement : découper ce tissu mort ainsi qu’une marge de tissu sain aux alentours, ceci plus ou moins radical selon des circonstances distinctes. La correctitude de la synchronisation et du degré de ce debridement, voici des sujets de discussion professionnelle parmi des chirurgiens de trauma. Dans le meilleur cas, du nouveau tissu sain s’étendra vers l'intérieur depuis les alentours de cette blessure débridée. Dans les cas les pires, la nécrose se produira – la gangrène – et les chances du patient se rendront sérieusement inquiétantes. » Martin Windrow, The Last Valley: Dien Bien Phu and the French Defeat in Vietnam (La dernière vallée : Dien Bien Phu et la défaite française au Vietnam,) Da Capo Press, Perseus Book Group, Cambridge, Massachusetts, 2004. Publiée d'origine chez Weidenfeld et Nicolson, Londres, Angleterre, 2004. Pages 533-534. (Voir aussi le deuxième paragraphe en dessous.)
« Aucune arme ne m’épouvante autant que l’obus. Les balles ont une certaine logique. Met un bout assez costaud de béton entre toi et le tireur et tu demeureras indemne. Cours entre tes cachettes, car il est difficile de toucher un homme qui fait un bon sprint, même pour le tireur d’élite. Même quand tes gens aux alentours seront atteintes, leurs blessures ne te sembleront pas si graves pourvu que la balle n’ait virevoltée en vol ni frappée à la tête. Mais des obus ? Ils peuvent faire des tours au corps humain que tu n’aurais jamais crus possibles ; entièrement le retourner comme une rose fumante, le décortiquer en arrière et du dedans, le hacher, le déchirer en lambeaux, le réduire en pulpe : des mutilations d’une bassesse si maligne qu’elles n’ont jamais achevé de m’écœurer. Et puis il n’y a aucun abri fiable du feu d’obus. Ils peuvent pleuvoir du ciel jusqu’à tes pieds sinon pénétrer n’importe quelle architecture afin de te découvrir. Quelques pièces d’artillerie dont se servaient les Russes, pénétraient un immeuble de dix étages avant de percuter au sous-sol. Des obus peuvent arriver muets et sans annonce sinon siffler et hurler leur arrivé : ce son semblant t’écorcher les nerfs plutôt que te prévenir de quoi que ce soit. C’est leur détonation toute seule qui paraît toujours la même – cette sensation autant que ce son – ce hideux sucement-hurlement-coup sourd qui peut de lui-même crouler ton palais et liquéfier ton cerveau pourvu que t’en sois assez proche. » Anthony Boyd, My War Gone By, I Miss It So (Ma guerre passée, qu’elle me manque tant.) p. 244.
« La métaphore répertoriée jusqu’au cliché néanmoins la plus précise en ce qui concerne le bruit d’un obus surgissant en vol, c’est celle d'un train démodé d’expresse à vapeur qui se précipite à un mètre d’écart. Selon la distance, la vitesse et l’angle [aussi le calibre] de ces obus, ils rendent des sons légèrement différents en perçant leur tunnel dans l'air ; un barrage lourd se tisse ainsi une cacophonie ahurissante. Pourtant, cette précipitation finit toujours pareil, avec une détonation de coup de tonnerre : sschhiiii... boum ! Les microphones de Hollywood ne reproduisent ni suffisamment en acuité ni en volume cette explosion au champ de bataille, et les effets visuels simulant d’ordinaire des averses d’obus – avec des sachets en plastique remplis d'essence et de silicate d'aluminium – sont également fallacieux. En réalité, l'oeil enregistre souvent la détonation d’un obus comme un flash instantané en jaune et orange, sautant de l’intérieur d’une fontaine ténébreuse de fumés mêlées de terres pulvérisées, parfois cloutée et brodée de grands morceaux de débris plus indolents. Ces segments plus massifs et lourds, de terre et de pierres soulevées par l'explosion, tombent auprès d'abord ; les débris moindres, soufflés beaucoup plus haut, crépitent et se laissent tinter pendant une durée considérable et sur un secteur d’autant plus étendu.
« Cette vague instantanée de pression explosive s’épanouit à vitesse supersonique : voici l'extension de l'anneau vu au passage, par exemple, sur une pellicule aérienne enregistrant les explosions d’une file de bombes. S’en suit le vent du souffle, après un intervalle appréciable mais bref : le déversement en bloc de gaz chauffées, de fragments et débris terrestres au loin de l'explosion. Ceux aux alentours du cible éprouvent cette vague de pression comme une abrupte sensation de serrage aigu à la poitrine, et son choc est pareillement ressenti par l’intermédiaire du sol : ce frissonnement terrestre est assez fort pour rendre des personnes s’abritant aux fossés, dans la crainte (tant admissible) qu'elles sont sur le point d'être ensevelies vivantes, et celles à plat ventre parterre ont la sensation d’être gesticulées brutalement dans l'air. Ces perceptions sont accompagnées d’un bruit assourdissant, et toutes les sensations physiques se trouvent accablées sous un feu lourd et persistant. Absolument impuissants d'influer leur chance de survie, des soldats trouvent la pire épreuve du combat dans une averse soutenue d’obus et de mortiers ; ceux qui l'éprouvent sont souvent momentanément ébranlés et perdent tout contrôle musculaire (y compris celui de la vessie et du sphincter) et toute appréciation raisonnable au-delà : « Oh, mon Dieu, s’il Te plait, pas ça... » Ces effets sont particulièrement remarquables parmi des hommes exposés pour la première fois aux feux d’obus—ainsi que fut la grande majorité à Dien Bien Phu. Bien que ces réactions physiques et mentales soient tout à fait involontaires, cette crainte est raisonnable : en guerre moderne, ce sont les bombes d’obus et de mortiers qui produisent la grande majorité des pertes.
« Dans la minorité des cas quand un homme souffre d’un coup pratiquement direct d'artillerie, cela aboutit dans la destruction complète de son corps : "L’obus l'a frappé, je te dis, l'a soufflé en petits bouts minuscules... un pied en botte, une section de crâne humaine, un ensemble de doigts, un restant d'habits. Ce n'était plus qu’une question de petits rondins minuscules." Le témoignage de cette annihilation physique totale, peut-être d'un ami, voici qui est singulièrement choquant ; cela déchire d'un seul coup un certain nombre d'illusions obligatoires et protectrices de soi. Quand le corps humain se fait sauter, sa colonne vertébrale, étonnamment résiliente, subsiste souvent ; après qu'un obus tombe au milieu d’un groupe d’hommes, le compte du résidu de ces colonnes vertébrales est parfois la manière la plus facile de dénombrer les morts.
« La plupart des atteintes se produisent cependant à plus grande distance du site de l'explosion. Les atteintes du souffle au corps humain peuvent être catégorisées comme primaires, secondaires et tertiaires. Dans la première catégorie, voici l'effet direct de la vague de pression ; dans la seconde, celui des projectiles et débris emportés par le vent du souffle ; dans la tierce, le résultat d’un corps jeté dans l'air puis écrasé au sol ou contre d'autres obstacles.
« L’évidence du dégât primaire, c’est la rupture des tympans qui peut se produire quand la pression atmosphérique monte moyennant de 0,3 à 1 kilogramme par centimètre quarré [nota : cette pression additionnelle ; celle normale : 1.7 kg/cm**2.] Les mémoires de guerre offrent des exemples à foison d’hommes nantis par le souffle, qui semblent s’être endormis paisiblement hormis ce saignement dénonciateur de leurs oreilles. Les fatales atteintes internes, provoquées par une pression de 3.5 kg/cm2 sinon plus, ne présentent aucun signe extérieur dramatique (bien que les victimes d’une averse d’obus souffrent typiquement de blessures multiples.) Les organes contenant du gaz subissent des dégâts immédiats et souvent mortels, de la part de cette vague de pression : les poumons et le côlon souffrent de temps en temps d’un dommage catastrophique de son effet instantané. De grands vides remplis de sang se forment dans les alvéoles spongieuses du poumon et de fatales embolies gazeuses sont déchargées dans le système artériel ; moins fréquemment, les entrailles peuvent rompre, comme le peuvent, dans certains cas, la rate et le foie.
« Les dégâts secondaires sont certainement plus dramatiques. Quand un obus éclate, sa cuirasse en acier se brise en fragments de toutes formes et tailles : des perles minuscules jusqu’aux gros bouts tordus pesant plusieurs kilos. Ceux-ci – ainsi que des pierres, des lambeaux d'armes et d'appareillages, et même des grands fragments d'os provenant de carcasses abîmées plus près du souffle – tourbillonnent de ce milieu à diverses vitesses. Les effets d'être heurté par ces fragments d’obus (habituellement bien qu'inexactement désignés shrapnel) varient selon la taille et la vitesse de ces tessons métalliques. L’homme ignore parfois qu'il fut percé par un petit éclat, jusqu'à ce que d’autres ne lui indiquent le trou taché de sang dans son habit. Des fragments plus gros peuvent éviscérer et démembrer, en tourbillonnant dans l'air comme une roue de chariot brodée de lames et de crochets déchiquetés.
« Dans de nombreux cas, cette évidence se rend trop vive en confrontant son témoin ; chez d'autres, la réaction immédiate est celle d’une perplexité toute simple : le souffle et l'acier peuvent jouer des tours tant extrêmes avec la forme humaine que l'observateur ne comprend plus ce qu’il voit. Quand un certain repère aléatoire de référencement physique rétablit subitement l'image entière en un modèle compréhensible, le choc d’identification peut être accaparant. Les enjeux d’une destruction massive – la carcasse ruinée d'un torse, les côtelettes cramoisies, les entrailles scintillantes, les membres arrachés et dispersés, la tête déracinée – comportent une misère noire de charnière qui nie toute dignité humaine. Durant des soirées fraîches à Dien Bien Phu, les cavités chaudes et béantes de carcasses cuirent visiblement à vapeur et les entrailles entrouvertes dégagèrent la puanteur des excréments. » Martin Windrow, La dernière vallée, op. cit., pp 371-374.
Sinon, voyons depuis le Sud Liban et la Palestine, dans les années récentes … Suis-je bien au vingt-et-unième siècle de l’ère chrétienne sur terre ???
« Tout dépend de la physique. Ce que les films ne peuvent représenter, c’est que la forme la plus fatale d'une explosion n’est pas d’ordinaire la dispersion de projectiles par son souffle mais l’énorme onde de choc qu’il libère. Bien qu’elle s’affaiblit rapidement sur le terrain dégagé d’un quelconque champ de bataille, la disposition en falaise d'une ville lui fournit des canaux de traverse aussi des effets d'amplification alors qu'elle carambole entre les murs et bâtiments environnants. Cette vague, elle aussi, s'affaiblira peu à peu en s’éloignant de sa source, mais sa force exponentiellement plus concentrée infligera des dégâts beaucoup plus importants. Elle est également capable de laisser des cercles concentriques et nettement tracés de destruction. Tout comme dans sa lecture des anneaux de croissance d’un arbre, un observateur expérimenté dans ces cercles peut déterminer tout à fait aisément l’exact épicentre de l’explosion, même si aucune apparence physique – un cratère, par exemple – n’est laissée.
« La terre sera balayé d’une propreté parfaite en proximité immédiate du souffle. Bien sur, la dimension de cet épicentre dépendra de l’ampleur de l'explosion – étant donnée la gamme d'artillerie habituellement servie par des armées modernes, elle pourrait s’étendre de cinq à vingt-sept mètres – mais dans ce secteur, il n’y aura plus un feuillet de papier ni une pépite d'asphalte libre, et quiconque aurait eu la malchance de s'être tenu là ne sera ni fatalement jeté ni culbuté mais vaporisé : aucune dent ni bout d'habit ni lacet ; il aura simplement été transformé en brume.
« En se déplaçant depuis l'épicentre, l’on commencera à trouver des petit bouts de débris y compris des rondins de chair, mais ceux-là seront d’abord tant petits et dégradés à être méconnaissables. Un peu plus loin, ces chutes deviendront plus grandes mais toujours difficiles à distinguer des simples détritus, parce que le corps humain claque de façon imprévisible et ses bouts seront noircis et roussis, encroûtées de terre et de gravier, donc facilement confondus avec des chiffons légèrement brûlés sinon même des fragments tordus de métal.
« Au-delà de cet anneau, les restes humaines commenceront à reprendre des formes reconnaissables. La plupart du temps au début, ce seront des membres et torses détachés, certains encore vêtus mais pour la plupart nus ou laissés en sous-vêtements, leurs survêtements ayant été déchiquetés ou brûlés dans le souffle initial. Il peut y avoir également dans ce secteur un certain nombre de corps sans tête. C'est parce que la tête est la partie la plus lourde du corps humain, aussi la plus délicatement attachée ; et dans le choc monstrueux d'un souffle d'artillerie, se sépare-t-elle souvent à la première vertèbre de la colonne vertébrale. Il n’est pas du tout exceptionnel, dans une telle situation, de trouver trois ou quatre têtes alignées au bord de la rue ou au pied d'un bâtiment à une certaine distance de l'explosion : ces têtes ayant roulé jusqu'à ce qu’un obstacle n’interrompe leur impulsion. L’on commencera aussi à trouver les premiers survivants les plus gravement blessés dans ce secteur, et puisqu’un bon nombre d’entre eux seront toujours conscients et suppliant de l’aide au-delà des capacités de quiconque de leur rendre, c'est d’ordinaire ce secteur qui sera le plus bouleversant aux témoins.
A un certain point en dehors de l'épicentre – ce qui peut être de vingt à cent mètres, encore selon l’ampleur de l'explosion – il paraîtra que l’on ait atteint le rebord de cette destruction, mais ce ne sera probablement pas le cas. Selon la trajectoire de l’obus et les particularités architecturales de la ville, les ondes de choc sont susceptibles d'avoir pénétré des allées et immeubles environnants, et l’on pourrait y trouver un certain nombre de défunts additionnels sans blessure évidente. Ce seront des gens foncièrement écrasées, leurs organes internes ayant éclaté sous l’énorme force instantanée à laquelle elles furent exposées ; et ce n’est pas du tout anormale de trouver ces victimes se reposant toujours tout droit dans leurs chaises, comme si simplement à la sieste ou contemplant pensivement dans l’air.
« Pourtant, aussi horrible que tout cela paraisse, ceux qui tombent les victimes directes du souffle et de l’onde de choc des obus d’artillerie, ne représentent normalement qu’une portion de ceux meurtris quand une ville est bombardée. Beaucoup plus sont fauchés par des tessons de verre provenant de fenêtres soufflées, agissant comme des milliers de poignards laminés qui filent en toutes directions, nantis parfois d’une vitesse suffisante pour percer du métal ou du béton sinon transpercer la torse humaine. D'autres périssent lorsqu’un bâtiment se renverse sur eux. Et puis il y a ces feux qui accompagnent tant de fois des bombardements. Tandis que les armées les plus sophistiquées ont développé des bombes incendiaires qui sucent littéralement l'oxygène d'un secteur visé, exterminant en vitesse tout le monde pris au dedans ; la forme la plus commune de mort dans ces circonstances, c’est l'épreuve prolongée d'empoisonnement à l’Oxyde de Carbonne, tandis que le bâtiment brûle lentement autour de la victime. Et puis, naturellement, il y a ceux qui subsistent pendant un certain temps et qui ne succombent de leurs blessures que le jour suivant sinon celui d’après…» Scott Anderson, Moonlight Hotel, Doubleday, Random House, 2006, pp. 168-170.
Sinon devras-tu trimbaler leur corps rompu et d’une lourdeur de plomb vers un destin incertain à l'arrière, souhaitant à moitié qu’ils crèvent et te soulagent de la lutte pour les sauver. Tes précieux sens d’amitié et de fidélité seront tordus dans ton cœur comme des poignards; tu les éviteras de suite. Plus jamais de ces amitiés tant pénibles pour toi.
Qui s'inquièterait du sort de quiconque, à part ceux de ta tribu infestée de vermines ? Tous sauf tes compagnons d’escouade réduite – qu’ils soient alliés, ennemis ou non-combattants – endosseront l'ombre fantôme de spectres inhumains dont la souffrance et l'extermination deviendront des sujets de soulagement, d'indifférence et de dérision sportive. Tu dédaigneras surtout ces civils pâteux que tu fus expédié là pour défendre ; leur souhaitant pire destin que le tien, empirant leur sort commun par la magie noire de ton envie.
Toi et chaque survivant pas un sociopathe inné muterez-vous tôt ou tard en zombis poste traumatisés—sur ce, rien ne t’aidera, vraisemblablement, jusqu’à ce que tu n’obtiennes des mois de soins professionnels et peut-être plus jamais, quoi qui t’arrive. Tu ne t’en remettras jamais entièrement.
Ta seule vraie tâche, c’est de tuer et si possible ne pas être tué. Tu seras invité à effectuer avec compétence professionnelle tous les crimes que tu méprises. Rien d’autre que l'acceptation complète de ta dégradation criminelle ne te permettra d’échapper de cet enfer le corps intact, bien que ton âme n’en sorte qu’en lambeaux. Ta haine t’aveuglera. Les cris perçants d’agonie de tes ennemis se rendront en musique à tes oreilles, comme le pourraient des sanglots de femmes et d’enfants dont le malheur serait d’être attrapés dans tes tires croisées. Le pillage te deviendra un enjeu sportif. Toute décence prisée d’antan te sera arrachée, et des perversions de justice et de compassion se rendront coutumières.
Ce ne sera qu’alors que tu comprendras totalement cette perversion qu’est la guerre. Trop tard, malheureusement, pour faire n'importe quoi à son insu sauf renforcer sa misère. Tes options se rétréciront à la seule de survie (et pas toujours celle-là.) Tout le restant te semblera insignifiant : des mots vides et sensations creuses, comparés à la réalité en noire et blanc du combat, et aux extases de la survie mise à nue.
Dépouillé des gris fades et des arcs-en-ciel rigolos de la vie civile, tu pourrais te rendre intoxiqué par ton dilemme et incapable de rattraper les rapiècements de la paix. Dans ce cas, ta propre communauté adorée, ancienne pratiquante des arts du triage social, éteindra tranquillement ton existence misérable, une fois que tu renoueras son étreinte—sans pause, pitié, dignité ni regret. Tu ne seras même pas compté parmi les deuils de la guerre, bien moins honoré pour ton sacrifice. Encore plus de vétérans meurent ainsi – abandonnés chez eux de tous – que ceux au combat.
Ces jours-ci, encore plus d’enfants meurent au combat que de soldats.
Le réveil du lendemain te sera tout comme celui d'aujourd'hui et celui d'hier et du jour avant, à moins qu’un nouveau désastre ne sonde les limites de ton courage, de ta santé d'esprit et de ta résistance, ne te fouette et en toute probabilité ne te fait gémir et périr.
Au lieu des appelles héroïques d’un homme en pleine forme : au devoir, à l’honneur, à la patrie sinon à Dieu, que tu t’attendrais à prononcer dans des circonstances imaginaires ; tes dernières paroles au souffle coupé court seront probablement des petits cris de bébé : maman, maman – qu’elle vienne te délivrer de cette agonie – ta tentative de rétablir, en tenant cette dernière position infâme, les doux réconforts de l’enfance. Toute ta précieuse virilité d’adulte fuira de toi avec ton sang.
Personne ne s'inquiétera trop de ton sort pour bien longtemps. Si tu fus parent, ta mort multipliera la misère de tes enfants et de leur mère, en plus de celle insupportable de tes parents. Ceux pleurant ta disparition se tairont bientôt, victorieux ou défaits. Ensuite mourront-ils à leur tour, et ta vie gaspillée sera entièrement oubliée.
Ta misère deviendra une abstraction sanctifiée : moins qu'une apostille dans les livres d'histoire qu'ont enterré tant de vies gaspillées en jargon militaire et baragouins sociopolitiques. Moins significatif que la mort d’une fourmi ouvrière. Mite à la flamme : ta vie passionnée et immaculée, soutenue et nourrie durant de longues années de tendresse et de dévotion de la part de parents et gardiens dévoués, pellettera son petit comptant de combustible dans la plus sale des machines d’armes (will stoke the WeaponWorld Jive Drive) et assurera ainsi que pleins de toi réincarnés dans les enfants à venir, auront à retracer ton chemin lugubre.
Dis-moi maintenant, cher Apprenti, comment peuvent les routines rassurantes de la paix et du progrès nous préparer pour cette agonie interminable—comparée à laquelle la crucifixion du Christ durant un bref après-midi n’aurait été qu’une petite flânerie au parc ? Seulement un conditionnement progressif et hypnotique depuis la naissance, en parallèle d’abus compulsifs et d’oppressions obsédantes le long de milliers d’années – grâce à notre civilisation d'armes – seulement ceux-là pourraient nous interdire d'abandonner cette sépulture de fous, hurlant du fond de nos poumons, sinon défier ces psychopathes évidents qui prescrivent de plonger nos tendres extrémités dans leur flamme patriotique, comme des boudins craquant dans le feu du camp.
Il serait mieux s'il n'y eut plus de guerre sur terre mais seulement la paix. Non aucun combat du tout, du moins pendant un certain temps, mais beaucoup moins à présent et de moins en moins avec le temps.
- LE
MONDE PAISIBLE DES APPRENTIS -
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APPRENTIS: De la terre en armes au monde en
paix
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