- LA MYTHOLOGIE D'ARMES -

ENGLISH VERSION           

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS          INTRO ET VOCABULAIRE

 

« Un mythe, c'est l’unité d'imagination qui permet à un être humain d’accommoder deux mondes, qui réconcilie de façon réalisable les contradictions entre ces deux mondes et maintient ouverte la voie entre eux … 

« Le mythe te permet de vivre avec ce que tu ne peux pas supporter. 

« Et si ce mythe a été bien appris, il devient un mot, un seul mot commutateur qui rallume tout un système de délusions réconfortantes …  

« La fonction du mythe est de fournir un modèle logique, capable de maîtriser une contradiction.  Le mythe confirme que les choses ont toujours été comme elles le sont et ne changeront jamais. » Antjie Krog, Country of My Skull: Guilt, Sorrow and the Limits of Forgiveness in the New South Africa (Pays de mon crâne : La culpabilité, le chagrin et les limites du pardon dans la nouvelle Afrique du Sud), Times Books, Random House, New York, 1998, p. 250.

 

Tu pourrais trouver alarmante la conclusion suivante : nos vérités sociales les plus chéries sont des mythes d'armes intégralement opposés à la paix.  L’antinomie d’armes et de paix corrode la conscience humaine, comme de la salive sucrée fond l'émail des dents, et la pluie acidifiée dissout le marbre.

Lorsque je jette ces mythes en l'air et les bâtonne vers toi au rondin de base-ball, dépiste leur trajectoire en crête et déplace-toi sans crainte en dessous ; ne te couvre pas la tête de tes mains.  Ce ne sont que tes raisonnements intuitifs qui puissent remplacer les platitudes soignées de la mentalité d'armes.

Nous disposons du livre De la guerre, mais d’aucun équivalent De la paix.   Cette unilatéralité trahit la collectivité de nos ignorance, apathie et stupidité.

Selon Karl Von Clausewitz, l’auteur de l’œuvre révéré De la guerre (l’ultime exercice pédante de la mentalité d’armes) : « La guerre est une suite de la diplomatie (politique étrangère) menée par d'autres moyens. »  Nous pourrions autant bien conclure que l'agriculture est la suite des bonbons menée par d'autres moyens.  Compare les fortunes dépensées en préparatifs au combat, même lors de la paix, contre le maigre revenu versé aux diplomates professionnels.  La guerre, c’est une suite des technologies d'armes dans leur forme la plus pure : notre transformation de l'énergie potentielle sociale en mutilations actives.

Il conclut ce qui suit, dans son chapitre, « Les buts et moyens de la guerre » :

 

« Nous pourrions occuper un pays intégralement, mais des hostilités peuvent s’y renouveler à l'intérieur, sinon peut-être avec de l'aide alliée.  Ceci, naturellement, peut aussi se produire après le traité de paix, mais cela démontre que pas toutes les guerres ne mènent nécessairement à une décision finale et à son règlement.  Pourtant, même si les hostilités devraient se renouveler, un traité de paix éteindra toujours une masse d’étincelles qui auraient pu persister à couver tranquilles.  En plus, des tensions sont relâchées, car les amants de la paix (et ceux-là abondent dans tous les peuples dans toutes les circonstances) abandonneront donc toute pensée d'action supplémentaire.  Quoi que ce soit, nous devons toujours considérer qu'avec la conclusion de la paix, les buts de la guerre ont été réalisés et ses affaires sont conclues. »  De la guerre, Oxford Classics, P. 32.

 

Si même le grand Clausewitz fut forcé à conclure que chaque guerre doit aboutir en traité de paix, alors nous le sommes, de même, que la guerre mondiale n’aboutira jamais sans un traité de paix global.

 

« En temps de paix, les relations entre deux diplomates ressemblent à celles entre deux commerçants.  Alors que ces marchands se troquent du cuivre ou des transistors, la transaction des diplomates touche aux bornes, aux sphères d’influence, aux concessions commerciales et à une variété d’autres enjeux qu’ils tiennent en commun.  Un ministre des affaires étrangères ou un diplomate, c’est un marchand qui trafic au nom de sa patrie.  Il est autant acheteur que vendeur, bien qu’il achète et vend des privilèges et des obligations au lieu de marchandises.  Les traitées qu’il signe ne sont que des versions plus courtoises [Nota : et moins bien réglementées] de contrats commerciaux.

« L’embarras, autant en diplomatie qu’en commerce, c’est de trouver un tau acceptable de transaction.  Ainsi que le prix d’une denrée comme le cuivre représente à peu près le point de correspondance entre sa provision et sa demande, le prix d’une transaction diplomatique indique le point approximatif où la volonté de payer d’une nation correspond au prix que l’autre demande.  Cependant, ce marché diplomatique n’est pas aussi judicieux [bien réglementé] que celui commercial, et les fonds politiques ne peuvent être évalués aussi facilement que ceux économiques.  Acheter et vendre dans un marché diplomatique, c’est plutôt plus comme une troque : cela ressemble donc à un ancien bazar, les négociants duquel n’ont aucune rubrique agréée d’échange.  En ce qui concerne la diplomatie, chaque nation retient l’équivalent nébuleux d’un tarif de vente acceptable – le prix qu’elle accepterait dans la vente d’une concession – aussi l’équivalent d’un tau d’achat.  Ces montants sont des fois tant écartés qu’une transaction essentielle aux deux nations ne peut être effectuée en paix ; elles ne peuvent plus s’accorder quant à son prix.  L’histoire de la diplomatie est bourrée de telles crises…

« … Lors d’une crise diplomatique, les fonds d’une nation ou alliance sont sans rapport avec ceux de l’autre.  Ces fonds sont simplement des appréciations de la capacité relative de négocier que retient chaque nation.  Ces évaluations ne sont pas faciles à quantifier ni à évaluer par un étranger, pourtant demeurent-elles clairement dans la conscience des ministres et diplomates les négociant.

« …

« La nation qui fait face à une crise financière, peut mesurer l’ampleur dont elle vit au-delà de ses moyens.  Le long des mois, qui plus est, elle peut évaluer si ses remèdes ont été efficaces, car les statistiques d’équilibre de payements sont des annonciateurs précis de l’approche d’une crise et de son passage.  Par contre, un déficit de pouvoir internationale est moins facile à discerner.  La nation retenant un déficit ascendant dans son pouvoir international, ne pourrait même pas remarquer sa faiblesse.  Elle pourrait tant se tromper quant à son pouvoir aux négociations, qu’elle pourrait faire l’ultime appelle à la guerre, puis s’enseigner, lors de la défaite en guerre, d’accepter une appréciation plus humble de sa disposition dans les négociations.

« …

« En diplomatie, quelques nations peuvent subsister au-delà de leurs moyens : subsister de cette manière, c’est concéder bien moins que ne serait concédé par la force.  Un gouvernement peut être intransigeant, lors de ces négociations, parce qu’il prédit que son adversaire ne souhaite pas la guerre ; il peut l’être parce qu’il retient une idée enflée de sa puissance militaire, sinon parce que de céder à l’ennemie pourrait affaiblir son standing et sa poigne chez lui.  Tandis que la nation au risque d’une crise économique ne peut éviter une punition quelconque, elle le pourrait entièrement durant une crise diplomatique, dès que la nation ou l’alliance rivale n’insistera pas à guerroyer.  C’est ainsi que la diplomatie peut se rendre de plus en plus irréaliste, les crises plus fréquentes, et les tensions et confusions aboutir en guerre. »  Geoffrey Blainey, The Causes of War, The Free Press, Macmillan Publishing Co., New York, publié d’abord par Macmillan dans Londres, 1973, pp. 115-117.

 

« Au contraire, la vraie cause de la guerre s’entrevoit le plus carrément quand nous l’étudions en corrélant l’amoindrissement des profits : ceci pourrait évidemment être dû à l’accroissement dans la population et diminution dans la productivité du terroir, mais peut aussi se manifester, indépendamment de ces deux phénomènes, comme l’effet directe d’une diminution dans la productivité travailliste [nota : sinon technologique]…  En d’autres mots, comme le remarqua Proudhon, la guerre résulte toujours d’une déformation économique qui ne peut être remédiée par des moyens moins compliqués et coûteux, comme le commerce ou le monopole commercial.  Benjamin Constant remarque aussi vraisemblablement que : "Les hommes n’ont recours à la guerre que quand ils sentent que le commerce soit incapable de leur obtenir ce qu’ils tentent d’acquérir par la force." » Achile Loria, The Economic Causes of War, Charles H. Kerr & Company, Chicago, 1918, p. 55.

 

Alors, imagine-toi pénétrant dans une petite épicerie, tenant en une main ton argent et un pistolet dans l’autre.  Tout le monde agirait ainsi.  Chaque fois que quiconque achèterait même un chewing gum, celui-ci et son négociant devraient déterminer si de l’argent changera de mains et puis combien, selon leur évaluation mutuelle de qui gagnerait un tir aux flingues, sinon. 

Serait-ce là une manière sensée de gérer ses affaires, sinon celles de la planète entière, si n’importe quelle autre alternative se présentait ?

Alors, afin d’entièrement illustrer notre réalité de réserves pétrolières en diminution et de technologies d’armes en croissance, imagine que tous deux eussent des enfants crevant de faim et de froid chez eux, et qu’ils empoignèrent, au lieu d’un pistolet, le détonateur de bandoliers de dynamite enveloppant leur corps : branché de façon à exploser le leur et tous ceux des autres.

Est-ce que n’importe qui de sensé demeurerait dans les parages – soit urbains, soit planétaires – afin d’en constater le dénouement ?  Y aurait-il une option un peu moins mythique ?

 

Disposons d'abord de la paire suivante de mythes d'armes : les plus prééminents, communs et pernicieux.

En premier lieu : la paix au monde ne s’effectuera pas avant qu'une communauté unanime de saints ne se soit repentie de ses péchés antérieurs.  Rien de moins que cette caricature irréalisable ne pourrait définir la paix à la satisfaction de ces mythomanes.  Je me demande si la plupart des gens pensèrent dans ce genre à l’égard de la terminaison du cannibalisme ou de l'esclavage, avant que ceux-là ne fussent anéantis.  Il aurait fallu que chacun devienne un saint tout d'abord.  Bien sur.

Bien au contraire, le monde en paix sera désordonné, controversé, fort ‘politique’ et corrompu, de potentialité brise cœur et assujetti aux échecs périodiques, peut-être à un échelon massif, peut-être au point de la fatalité de l'humanité et de sa civilisation.  Le bonheur et le déplaisir humains y auraient la même signification qu’ils retiennent sur la terre en armes. 

La seule dissemblance serait que le meurtre organisé serait illégal et que cette loi serait imposée avec acharnement.  La guerre deviendrait moins fréquente, étendue et fabriquée en série ; marchandée moins souvent comme quelque chose d’honorable et d’acceptable.  Dans l'absence de la guerre, toutes les autres formes de conflit humain croîtraient pour prendre sa place.  Habitues-toi à cela.

Le deuxième mythe d'armes, c’est qu'un avocat de la paix doit tout d'abord aspirer à la sainteté sinon être déjà un saint acceptable (selon la manière dont l'auditeur souhaiterait de le condamner.)  « Es-tu humain dans tes actions, faiblesses et échecs ?  Me critiques-tu au lieu de me séduire dans la paix, ainsi que le ferait un vrai saint ?  Tu ne dois pas parler d’elle.  Prétends-tu être un saint, en prédiquant pour la paix ?  Tu dois être trop ambitieux, trop prétentieux, souffrir d’un complexe de messie et donc ne pas être propre à la tâche.  En tout cas, aucun besoin d’écouter tes propos de paix. »

Les champions de la paix sont des êtres humains qui puent quand ils ne se nettoient pas ; qui doivent aspirer de l'air frais et exhaler du CO2 et de la mauvaise haleine ; qui éprouvent des besoins, craintes, haines, avarices et ambitions comme tout le monde.  Rien de sacro-saint n’est obligatoire dans leurs particularités ni n’est la sainteté exigée pour ce genre de travail.  Cela pourrait servir à quelque chose, mais n’est pas obligatoire.

Ailleurs, je parle des saints massés du monde en paix.  En simple, ces premiers ne sont pas nécessaires pour parvenir au second, plutôt dans l’ordre opposé : nous pourrions mieux parvenir à la sainteté, après avoir créé le monde en paix.  La mythologie d’armes transpose ces requis et résultats ; celle paisible les place simplement dans leur véritable ordre de progression.

Quiconque répand ces mythes d'armes, n’est qu’un autre mentor d'armes tentant d’embouer les eaux.  Quiconque les prise, l’entreprend pour satisfaire ses préjudices belliqueux et pour interdire la paix en continuité.  Ces deux mythes sont tant valides qu'inoffensifs.

Habitues-toi à cela, aussi.

 

En dépit de ta prédilection, tu seras incité à avaler la guerre et la guerre le sera à t’avaler ; nonobstant que nous brocantions cet autre non-sens : « Si tu désires la paix, prépare-toi pour la guerre. »  Cette citation, qu’un autre contaminant en latin de notre constellation de métaphores politiques. 

Végète, un romain du cinquième siècle, l’inventa.  Un total de 150 copies de son De Re Militari (Des affaires militaires) parvint à survivre l’age sombre en Europe ; ceci en dépit d’une hécatombe dans la littérature concomitante de la paix (selon l’article d’Arther Ferrill, “Vegetius”, p. 487, dans Robert Cowley and Geoffrey Parker, Editeurs, The Reader’s Companion to Military History).

Comme d'autres désastres, la guerre n'atteint aucun objectif que ses propres ; elle n’exsude que des conséquences plus imprévisibles et immondes.  Les seules conséquences durables de la guerre sont des technologies d'armes de plus en plus fatales.

Les guerres ne sont jamais courtes ; la guerre est perpétuelle.  Quelques guerres sont raccourcies au moyen d'une diplomatie futée : durant l’Orage du désert, au Panama et en Grenade, par exemple.  Cet homicide interruptus ne réussit qu’à diminuer la valeur de son dénouement.  Les longues guerres sont trivialement décisives ; celles courtes, absolument dérisoires.

La mythologie d'armes rend noble des guerres non plus nobles que des seaux de latrine dans le couloir des condamnés à mort. 

D’une manière ou d'une autre, nous créditons la guerre d’innovations dans l'instruction, la liberté, l'harmonie sociale, l'égalité et d'autres prestations sociales que nos élites doivent expectorer tôt ou tard—ne serait-ce qu'avec la plus grande chicane, quoiqu'à la longue bénéficient-elles le plus de cet échange.  Tant bien que mal, les guerres constituent la seule forme acceptable de liaison masculine : elles transforment des garçons en hommes et rend invisibles les estropiés, les végétaux mentaux et les cadavres en résultant. 

N’avons-nous pas entendu mille fois ces mythes d'armes ?  Ne les avons-nous pas récités et mémorisés de façon hypnotique depuis une centaine de générations ? 

Nous devrions au lieu dévouer l’Agora Virtuelle à la mentalité paisible et saturer la superconscience collective de mythes paisibles, rendre ces appréciations perceptibles à tous ceux leur étant intéressés à travers l’Agora Virtuelle du monde paisible.  Nous n’offririons plus en erreur toutes ces pensées, tous ces écrits, drames, actions et résultats sinistres sur l’autel de la mentalité d’armes.  Nous verrions ensuite combien mieux ce changement de point de vue pourrait bénéficier notre sort commun.  

Nous devrions imiter les plus sages des shamans primordiaux.  Appliquant leur sagesse antique, ceux-ci consignaient le survivant du combat à une élaboration de rituels d'isolement et de purification.  Aucun combattant ne pouvait rejoindre la communauté paisible, avant d’avoir rendu honneur à ces cérémonies.  Dans le monde moderne, nous ignorons ce venin subliminal ; sans que nous ne l’admettions, celui-ci caille la psyché de nos vétérans et les transforme en morts ambulants : les ultimes sinistrés de guerres longtemps oubliées.

 

« Les chiffres les plus récents démontrent que 264 vétérans [britanniques] de la guerre aux Malvinas se sont suicidés depuis ce conflit, comparé aux 255 décédés en service actif. »         http://www.spacewar.com/2003/030521165439.qscyf5x8.html

 

Tandis que Simon Gardner, reporter pour Reuters, écrit (le 19 août 2004) que plus de trois cents vétérans Argentins se sont suicidés depuis cette guerre ; [dénotant peut-être les bénéfices thérapeutiques de la passion latine vis-à-vis le stress post-traumatique, par dessus le réserve émotionnel des Anglo-Saxons, puisqu’il y eut beaucoup plus de vétérans argentins et puisqu’ils souffrirent de la défaite militaire et de ses répercussions psychologiques.]   

 

Victorieux ou défaits, des vétérans du combat sont accablés d’avoir survécu leurs pairs aimés.  S’ils ne trouvent aucune issue admissible pour leur peine, leur monologue intérieur et obsédant d’adrénaline grenadier s’entraîne quelque chose comme ceci : « Manquant d’avoir mieux fait, j’ai laissé les forces armées (de hargne) gaspiller ma jeunesse dorée dans un enrégimentement de dédain, de brutalité et de terreur.  Moi-même, mes chers compagnons et d’innombrables innocents ont dû parcourir ce gantelet de souillure, de défiguration et de mort.  Rien qu’en participant aurons-nous approuvé de toute cette douleur.  Nous, les survivants, soutenons une effarante culpabilité de sang ; ceux qui ont refusé de participer sont encore plus coupables dans nos yeux. » 

Les activistes de paix sont à leurs yeux les plus coupables.  Nous rejetons l'utilité de la guerre, sans devoir l'éprouver.  Comme si nous eussions besoin d’attraper la peste afin de rechercher son traitement ?  Ce faisant, nous avons rendu beaucoup moins tolérable le fardeau de douleur et de honte qu’ils ont dû supporter.  Après tout, ne devrions-nous pas être reconnaissants qu’ils aient épaulé ce fardeau branlant ?  N’est-ce pas le moins que nous puissions faire : leur rendre honneur autant qu’à leur peine ? 

Point du tout.  Des guerriers ont pour trop longtemps été honorés jusqu’à la mort : ce qui n’a jamais amélioré ni leur sort ni le notre.  Il est temps que l’humanité reprit ses anciens rituels de décontamination guerrière et de décompression psychique, au lieu d’honorer ceux qui ont traité d’abominations intimes et ne s’en sont épurés ; temps que nous nous rassemblions, guerriers confondus et non-violents également confus, pour rétablir les mœurs de la paix.

 

Quels que soient les bienfaits provenant de la guerre, la paix pourrait les produire beaucoup plus rapidement et profitablement.  Ceux qui suggèrent autrement se jouent un canular, consciemment ou pas.  Quiconque affirme que la guerre favorise la créativité, tandis que les sociétés paisibles stagnent, celui-ci vit dans un rêve.

 

« Nous pouvons être certains que les guerres persisteront sur terre.  La guerre peut être une nécessitée biologique dans le développement de la race humaine : le nettoyage domiciliaire de Dieu, comme l’eut appelé Ella Wheeler Wilcox.  La guerre peut être un grand stimulant de l’âme, censé purger l’humanité de maux lui étant supérieurs : ceux de la bassesse humaine et la dégénérescence globale.  Nous savons qu’il y ait des forêts ternies qui doivent être astiquées par le feu.  Ne nous moquons pas d’une telle théorie, avant d’avoir compris les mystères immensurables de la vie et de la mort.  Nous savons qu’à travers les époques, deux impulsions raciales, mystérieuses et dévastatrices se sont fait ressentir parmi les hommes et n’ont jamais été restreintes : l’attraction sexuelle et la guerre.  Peut-être n’ont-elles pas été prévues d’être restreintes. 

 

« Écoute John Ruskin, apôtre de l’art et de la spiritualité :

 

« "Tous les arts nobles et purs de la paix sont fondés sur la guerre.  Aucun grand art n’a paru sur terre, sauf d’une nation de soldats.  Aucun art n’est réalisable par une nation, sauf celui établi en bataille.  Quand je vous dis que la guerre est le fondement de tous les arts, je veux aussi dire qu’elle est la fondation de toutes les vertus et capacités dans l’homme.  Cette découverte me fut très angoissante et bizarre, mais je l’ai trouvé un fait fort indéniable ; et la notion ordinaire que la paix et les vertus de la vie civile aient fleurie ensemble, je l’ai trouvée entièrement intenable.  Nous parlons de la paix et de l’étude, de la paix et de l’abondance, de la paix et de la civilisation, ensemble ; bien que sur ses lèvres ces mots furent : paix et sensualité, paix et égoïsme, paix et mort.  J’ai découvert, en bref, que toutes les nations ont trouvé dans la guerre la véracité de leur parole et la puissance de leur sagesse, qu’elles ont été nourries en guerre et dépéries en paix, enseignées par la guerre et trahies par la paix ; en un mot, qu’elles sont nées en guerre et ont expiré en paix." » Cleveland Moffet, The Conquest of America,  http://www.knowledgerush.com/paginated_txt/etext05/7conq10/7conq10_s1_p10_pages.html.

 

[Nota : Tout ceci serait parfaitement vraisemblable sur la terre en armes, là ou la guerre et ses préparatifs effacent toutes les traces valides de paix.  Au monde paisible, là ou elle fleurirait et la guerre serait équivalente à se régaler d’une assiette de merde, sa luxuriance surenchérirait la guerre par des milliers de fois.  Comme des précédentes tribus paisibles, nous trouverions des moyens dynamiques d’endurer et de neutraliser les effets nuisibles de l’égoïsme, de la fainéantise et de la luxure.  Ce sont là des excuses mythiques pour perpétuer l’assassinat en masse nous étant interdit par Dieu, tandis que ces trois autres ne le sont pas—au cas où on l’aurait oublié.]

 

Je me souviens d’un auteur belliqueux qui affirma combien le conflit international rendait plus avancé, éclairé et brillant le monde.  Voici un autre mythe chouchouté d'armes.  Sans peur (ce que je dois admettre avec une certaine admiration) se rendit-il à Kosovo, Kigali et pareils trous de peste militaire, pour faire son plein d’un journalisme autrement perspicace.  Il établit à chaque étape des amis importants et contacts puissants, et aurait pu choisir n'importe quel de ces lieux pour s’aménager.  Au lieu élève-t-il ses gosses dans un bled discret en Massachusetts occidental.  Ce qu’il voulait vraisemblablement dire, c’est que la guerre est créatrice et éclairante POUR LES GOSSES D’AUTRUI.

Les directeurs d'armes contemplent avec énorme soupçon la véritable créativité et l'étude sérieuse : au mieux des influences efféminées et débilitantes, au pire trahissant leurs protocoles paumés et traditions longuement affectionnées. 

Quant à la stagnation de la paix, eh bien ! « 95% de tout n’est que de la merde, » comme l'eut si bien exprimé un malin jadis ; et 95% des gens ne sont que des bourdons dépourvus d’esprit, condamnés par l'éducation courante à l'inertie intellectuelle et la répétition par cœur de banalités futiles.  Entre temps, 5% ou moins de la population fait et dit tout ce qui serait conséquent pour le mieux ou le pire.  Seulement les Apprentis, dans un milieu réellement paisible, sauraient transposer ces pourcentages ridicules, au moyen de sérieuses applications d’Apprentissage. 

La liste des mythes d'armes s’étend sans fin ; sans fin nous les récitons-nous.  Aucune vraie paix n'émergera avant que nous ne bloquions cette invocation incessante—avant que nous n’identifions et ne défions sur place tous ces mythes d'armes.

 

Deux autres mythes d’armes permettent aux gens de réagir comme des autruches : leur tête bien enfouie dans le sable, afin de se cacher d’un danger mortel.

Le premier, c’est l’épithète paranoïde.  Ces jours-ci, cette expression sert aux commentateurs afin de décrire quelqu’un qui discute d’affaires controversées et de potentiel dangereux, mais qui manque suffisance de déférence pour le statu quo pourri.  Ce mot, paranoïde, c’est leur code secret pour : « J’étais trop distrait et indifférent pour étudier sérieusement ses propos.  Son compte rendu ne vaut pas la peine d’être mis en examen ; ayez confiance en mon préjudice d’invertébré. »

Le deuxième, c’est l’expression « théorie des conspirations. »  Des gens insistent à me sermonner qu’une conspiration complexe, impliquant plus qu’une poignée d’individus, soit quasi impossible, surtout si ces individus proviennent de diverses formations et retiennent des priorités diverses.

Merde.

Le programme américain, U-2, d’avions de reconnaissance surveillant la Russie et la Chine, continua pour au moins une demi décade, non reporté par la Presse and strictement nié par tous les responsables gouvernementaux, du Président à tous en dessous.  Ce programme employa des centaines d’entrepreneurs industriels, des milliers de personnel militaire, des cuistots aux commandants de base ; des centaines de bureaucrates gouvernementaux et techniciens de renseignement ; et des centaines supplémentaires de responsables étrangers dont la coopération active étaient requise pour maintenir ces avions en base outremer et volant à travers des cieux de souveraineté étrangère.  Bien qu’il « n’exista pas » jusqu’à ce que les Soviets n’en aient abattu un et traduit son pilote, Francis Gary Powers, devant un procès spectacle.

De telles conspirations « impossibles » sont ordinaires pour le complexe militaro-congressio-mediatique.  Alors, pourquoi pas d’autres, encore plus sournoises et criminelles ?  Surtout ceux entraînant une suite de témoins défunts ou terrorisés ?

Ici, aux Etats-Unis, il n'existe qu’une forme de conspiration : celle qui échoue.  D’ineptes amateurs commettent un crime massif en plein jour, laissant une traînée de paperasseries compromettantes qu’aucun journaliste débutant ne pourrait manquer.  Ils sont trop délicats pour tuer et terroriser de nombreux témoins qui trahiront toute l’affaire sans se soucier de la sécurité de leur famille.  Voici la seule définition de conspiration admise dans la culture populaire américaine.

Hélas, il existe une autre forme de conspiration : celle dans laquelle des malfaiteurs malins, puissants et sans scrupules sont fort aguerris à commettre leurs crimes et à exposer ceux de leurs ennemis.  Eux et leurs patrons ont fait répétition depuis des centenaires : ils sont experts.  Ils peuvent faire appel à une énorme mémoire institutionnelle du crime et des affaires policières, et embaucher les meilleurs professionnels pour réaliser leurs plus sales besognes.  Leurs secrets criminels son tamponnés Secret Défense et protégés par la pleine force de la loi.  Ils sont tant riches et influents qu’ils contrôlent les medias en masse.  Ils n’ont aucune conscience morale : tuer des témoins, cela ne leur est qu’un souci mineur.  Ils ont assez de patience pour lessiver leurs traces et plein de subordonnés fervents pour flanquer à la trappe, si nécessaire.

Les Grecs de l’age classique, au sommet de leur pouvoir, ont signalé cette pratique comme un despotisme oriental, efféminé et dégénéré ; ils ont craché dessus et l’ont écrasé presque sans effort.  Quelques milliers de leurs citoyens libres pouvaient mettre en déroute la plus grande cohue que ces gangsters purent rudoyer au front—bien qu’elle fut dix fois plus nombreuse.  Ils ne se sont soumis à l’empire romain qu’après avoir été dominés par des gangsters semblables provenant du voisinage.  De tels gangsters pourrissent leur armée, par définition.  Leur gangstérisme transparent (Soumets-toi à nos délits incontestables, sinon gare à toi !), voici ce qui est advenu à nos plus vibrantes libertés.  Nous devrions regretter notre tolérance chétive de cette corruption.

Une fois le crime commis, il ne reste aucune trace de paperasses dénonciatrices ni de témoins en vie sauf ceux terrorisés en silence.  Reste une superfluité de preuves circonstancielles, de mensonges patents et de bouts pendants que personne ne peut expliquer, aussi un tas de corps au lieu de témoins clés, mais nulle preuve admissible en cour d’assise.  Quiconque découvrirait ces preuves, après toute une vie d’investigation, celui-ci sera tout doucement éliminé.  L’extorsion et le chantage persistent pendant des décennies, même la menace de guerre civile si un seul mot n’en sorte de travers.  Des archives officielles sont scellées, des preuves dénonciatrices réquisitionnées et « perdues » en gros lots.  La plupart des investigateurs officiels sont sous la main de ces conspirateurs et leurs patrons ; ils ne trouvent donc rien de grave, apparemment par incompétence incroyable : ce qui leur vaut la prochaine promotion.

Ceci n’est jamais une conspiration, ici aux USA.  Une conspiration bien réussie, ça n’est pas une conspiration mais une démarche officielle et parfaitement légitime.  Celui qui dirait autrement, voici un « théoricien des conspirations » qui doit être stigmatisé comme tel et renvoyé sans audience.  Quel moyen rassurant et aisé de chouchouter des mafieux puissants, influents et bien connectés.  Combien convenable pour eux !  Combien lâches se sont prouvés les restants, dans leur solde et à leur merci. 

Quant aux conspirateurs, la réussite antérieure leur repaye celles subséquentes ; ils sont tentés de se surpasser la prochaine fois, et avec enthousiasme.  La conspiration criminelle, c’est leur atout caché en manche, leur ultime argument en réserve.  Elle est parfaitement légitime : protégée par convention populaire, approbation officielle et répression médiatique.  Rien ne les retient. 

Nous vivons durant une époque où personne de bien relié n’est responsable pour rien et tout est la faute à quelqu'un d’autre.  Des gens impuissantes sont écrasées, qu’elles soient coupables ou non, et celles puissantes opèrent avec impunité parfaite en anonymat parfait. 

Quelle épave de bêtes humaines à répétition perpétuelle !  C’est du Zola pure !  Sauf que Zola lui-même serait stigmatisé comme un théoricien de conspirations et strictement interdit d’accuser personne de quoi que ce soit. 

Je préférai être traité de théoricien paranoïaque des conspirations et laissé sans un rond, que d’empocher la solde d’une vingtaine de ces collabos crados bien payés et promus pour sauvegarder des conspirateurs mafieux. 

 

Un cas robuste peut être dressé, que les ultimes accomplissements du politicien hiérarchique pourraient être d’induire de la douleur et des souffrances parmi ses ennemis et d’obliger ses propres à supporter des misères supplémentaires.  Après tout, les décédés ne votent plus et n’ont nul besoin de se soumettre à l'ordre public.  Il n’y a que des survivants faibles et affligés qui doivent choisir, avec peine incroyable, entre reddition et résistance continue.  Les armées ne s’effondrement qu’après que leur douleur ait atteint un niveau insupportable de chagrin et d’agonie.  Le compte des sinistrés, voici l’unique quantificateur valide de la misère que les armées doivent produire et leurs victimes, supporter.

 

Nous sommes fortunés que notre ADN ait pris des millions d'années avant l'histoire enregistrée, afin de perfectionner notre éthique en tant que membres intimement paisibles de meutes omnivores.  Toute déviation de l'éthique la plus pure : toutes les mutilations cumulatives, déviances stériles et mauvaises allocations de ressources extrêmement rares, auraient détruit ces meutes souillées de violence interne.  En fonctionnant au fil de rasoir de la survie, ils n'ont eu de marge d'erreur leur permettant de diverger d’une moralité excellente. 

Il pourrait nous sembler que nous sommes écroués dans une carapace blindée de millénaires d’histoire militaire.  Cette armure n’est pourtant qu’un mince glaçage ranci qui beurre un gâteau d'excellence comportementale cent fois plus doux et profond. 

La liberté que nous poursuivons n'est pas basée sur une quelconque fantaisie utopique : ce que des maîtres d'armes insistent à répéter ; elle est fondée sur les libertés parfaites que nos ancêtres ont portées dans leurs cœur, cerveau et entrailles pendant des centaines de millénaires.  Cette liberté du chasseur/cueilleur paléolithique, voici le contexte politique et constitutionnel que nous réclamons, émancipé des craintes que nos maîtres d'armes aient pu graver à l'eau-forte d’adrénaline sur nos esprits. 

La diffusion de la paix ne toucherait pas aux Apprentis tout seuls dans un vide.  Quand nous confrontons un agresseur aujourd'hui, (qu’il soit bandit armé ou complexe militaro-industrielle), nous nous attendons à ce que cet Autre partage nos craintes et mythes d'armes.  Ceux-ci dictent que nous hésitions de lui offrir une ouverture paisible et qu'il en rejette nos tentatives, à moins que l’un de nous ne soit anéanti d’abord.  La mythologie d'armes chuchote les mêmes préjudices dans l’oreille de chacun.  Selon ses préjugés, des gestes pacificatrices sont des marques de faiblesse et de trahison, qui doivent enflammer l’universalité des soupçons, hostilités et agressions. 

Si la mentalité paisible prévalut dans nos constellations de métaphores politiques, nous pourrions dissiper cette agression (soit bilatérale, soit unilatérale) au moyen de gestes communs et de formules mutuellement accessibles et réconciliateurs.  Ceux-ci ne seraient jamais considérés comme des aveux de faiblesse, mais des manifestations fiables d’une rassurante maîtrise de vraisemblance et sagesse.  N’importe quel enfant pourrait instantanément désamorcer une bataille sanglante au pistolet, ainsi qu’un loup bêta, en exposant son abdomen sans défense, interrompt sa punition mortelle de la part du loup alpha dominant. 

Cette capacité spontanée d’entretenir la paix, elle est encablée dans le crâne de tout individu en bonne santé ; nous l'avons tout simplement oubliée temporairement, déprogrammée de nos esprits et nous rendus ainsi hors d’esprit.  Une fois que les Apprentis répondront au battement de rassemblement mondial, nous formerons une majorité écrasante, incapable d’être contredite et neutralisant de manière thérapeutique des petites minorités trop traumatisées pour pouvoir contrôler leur agression.

Tout ce crier au loup me fut d’abord inspiré par le livre en percé de Jean Bacon, Les Saigneurs de la Guerre, des Presses D’aujourd’hui, Paris, 1981.  Ce titre fut publié à Tokyo en 1983, en Angleterre en 1986 et republié par l’Harmattan à Paris en 1995 ; il vient de reparaître dans sa troisième édition, chez Phébus en 2003.

Par la suite pourrions-nous étudier et institutionnaliser beaucoup d’autres potentialités et talents jadis cachés, capables de lâcher d’énormes énergies psychiques tenues à l’écart jusqu’à présent.  Nous avons sublimé ces talents par instinct légitime d’autoprotection.  Après tout, si nous eussions libéré ces énergies prématurément sur la terre en armes, elles nous auraient annihilés.  Nous sommes aujourd'hui bornés à nous lancer, les uns sur les autres, de la matière morte et des eaux d'égout saupoudrées.  Comme nos ancêtres, les singes, nous nous catapultons de la merde.  En dépit de cette limitation fécale, nous avons atteint une nouvelle cime de destruction globale.

 Ce n’est qu’au monde en paix que nous pourrions contenir, en abondance sûre, mille milliers de fois plus d’énergie, sans avoir à faire sauter la totalité avec, de façon obsédante compulsive.

 

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APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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