- PAROXYSMES -

ENGLISH VERSION           

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS      INTRO ET VOCABULAIRE

 

Nous sommes inculqués qu'il n’y eut que deux guerres mondiales, dites s’être produites durant le 20eme siècle de l'époque commune ou chrétienne (EC).   Encore des mensonges d'armes. 

Les guerres ne sont pas des aberrations momentanées que les faibles fuient et les forts interdisent au plus vite possible ; au contraire, la guerre mondiale se perpétue sans jamais finir.  Une suite continue de paroxysmes militaires n’est interrompue que par des durées raccourcies de brutalité légèrement amoindrie afin de se réarmer, remplacer ses pertes et réaligner ses alliances.  La guerre perpétuelle se ravive de suite après.  Afin d’être plus exacts, nous devrions considérer les guerres mondiales I et II comme le grand paroxysme et plus grand paroxysme d’une perpétuelle guerre mondiale.

Nous nous ceignons, à présent, pour l’ultime paroxysme, au lieu de présenter devant Dieu son monde en paix.

Beaucoup de conflits ont saisi l'ensemble du monde « connu. »  Des êtres humains un peu moins enrégimentés se sont assassinés, entre temps, avec l’abandon des non documentés.  Pendant les 1700s, en parallèle d’un optimum climatique et son débordement correspondant de population, les guerres du « siècle des lumières » ont ragé autour du globe. 

En effet, chaque considérable permutation climatique a déclenché des réflexes rotuliens d’attaque humaine : des changements pour le mieux ont explosé la densité des populations, ceux pour le pire ont épuisé les ressources.  La guerre en ressortit par l’une ou l'autre voie.

Lors de leur métastase et autodestruction, les empires précurseurs se sont épuisés afin de réaliser des pertes dévastatrices que nous, les modernes, pouvons induire avec l’aise de pousse bouton.  Des maladies et privations fouettèrent ces combattants ancestraux de façon interchangeable.  Nous autres mélangeons l'appartenance ethnique maniant de la machette, avec des fausses idéologies ensemençant des mines, puis injectons sur commande de la privation nutritive et des épidémies supplémentaires. 

Dans mille ans, des archéologues horrifiés déterreront des tombes en masse du vingtième siècle, encore plus de squelettes clivées à la lame, fracassées par massue, criblées de balles, de privation, de maladie et suffoquées de gaz toxiques, que nous n’ayons trouvé dans toutes les creuses « barbares » et anciennes. 

De quelle civilisation « raffinée » sommes-nous avérés faire-part !

 

Les états-nations en guerre poursuivent un cycle apériodique, une équation de chaos, un code de morse s’alternant de guerre et de fausse paix.  Eugen Rosenstock-Huessy, dans son livre, A partir de la révolution : l’autobiographie de l’homme occidental, William Morrow et Co., New York, 1938, p. 128, a constaté que l’Amérique subit une révolution sociale, presque comme un rouage d'horloge, quinze ans après chacune de ses guerres.  La réplique des Apprentis aux mutilations les plus récentes pourrait remédier nos réflexes rotuliens et notre réaction Reaganoïde quant aux débâcles antérieures, sinon pas.  Nos politiques Bushoïdes récentes n’arrivent qu’à raffiner notre condition de paranoïa en masse.

 

Chaque génération de soldats a juste assez de temps pour ruiner sa jeunesse dorée en guerre – victorieuse, perdante ou de partie nulle – et puis se rétablir.  Se remettant ou pas des séquelles du combat les ayant estropiés, ils inculquent, dans trop de leur progéniture, la même aliénation mentale dont ils furent instruits.  Ensuite les renvoient-ils au loin pour être râpés à leur tour.

Par intervalles fréquents, une pandémie d’ultraviolence semble infecter des peuples entiers.  Presque toutes les sociétés se sont bagarrées avec toutes les autres qu’elles ont pu atteindre ; toutes ont mené « la guerre mondiale » comme politique étrangère faite exprès.  À un moment donné, des empereurs chinois ont choisi leurs gardes du palais d'une distante colonie d’anciens légionnaires romains rendus en esclaves, les ayant obtenus comme tribut des Parthes belliqueux.  L'empire de Parthe se trouva entre Rome et la Chine―tous deux ont combattu les Parthes et commercé avec eux et leurs descendants le long des siècles.

Rends-toi là où le terroir fertile, des minerais abondants et (encore pire) la terre sacrée aient attiré l’humanité.  Là-bas, dans la terre à tes pieds, seras-tu certain de trouver des traces de sang humain versé en violence organisée.  Les Néandertaliens artistiques et révérenciels (leurs cerveaux plus grands en moyenne que les nôtres) furent traqués de la surface de la terre en armes, celle-là grêlée de traces oubliées de civilisations supprimées depuis.

 

« Il est important de constater que toutes les guerres sont des guerres sacrées, non parce que des bannières théologiques y sont sinon ne sont pas déferlées, mais parce que l'écoulement du sang et la déchirure de la chair consacrent la terre dans son sens le plus élémentaire et antique que nous connaissons.  De tuer et mourir au champ de bataille, d’y mutiler et saigner, nous rapportent devant la divine table de dés, là où le hasard, la compétence et le courage s’accordent afin de marquer tous les joueurs de façon définitive.  Quelques-uns seront triés afin de rejouer au lendemain, quelques-uns seront blessés et marqués d’une cicatrice, et quelques-uns seront mutilés au-delà du reconnaissable ; mais tous auront été réunis dans la présence de la chose la plus véritable : se reconnaître et être reconnu avec clarté suprême, dans une orgie festive de générosité et de haine.  Par où ailleurs pourrions-nous trouver l'opportunité de consacrer nos énergies les plus profondes, tant contraintes et clôturées comme elles le sont, par nos buts communs ?  Par où ailleurs pourrions-nous les offrir franchement aux dieux à qui elles doivent si manifestement appartenir ? »  Dudley Young, Les origines du sacré : Les extases de l'amour et de la guerre, St Martin’s Press, New York, 1991, p. 224.

 

Les bibliothèques, grandes comme petites, ont attiré destruction massive―depuis celles en ancienne Chine et au Proche Orient, jusqu’à celles de Dresde, Tokyo, Beyrouth, Amritsar, Sarajevo et Bagdad.  La connaissance, c’est le pouvoir.  Le meurtre en masse se rend plus facile, une fois l’ennemi aveuglé et assourdi. (Voir Les bibliothèques qui brûlent.)

Aryeh Neier écrit depuis les moellons tiraillés de Sarajevo en Bosnie, dans le journal The Nation (l’édition du 3 mai 1993, p. 585).  Il conclut qu'un nouveau modèle d'assaut est en train d’émerger, qui ne vise pas des populations de proies particulières selon leur politique d’identité, comme l’on s’attendrait à croire, mais plutôt l'urbanité en général.

Les citadins développent un ensemble fondamental de compétences de survie : cosmopolitisme, tolérance pour l’étranger, ouverture d’esprit et attitude générale leur permettrant de se promener un petit kilomètre dans les godasses d’autrui.   La réduction des tensions devient un usage spontané parmi des étrangers qui partagent une ville ; en bref, leurs habitudes les rendent civilisés. 

Dans une communauté vraiment salubre, l’on n’aurait plus besoin de verrouiller sa porte d’entrée.  La liberté de nos arrières grands parents, de Babylone disparu, oublié depuis à travers le monde.  Voici en quoi consistent l’abondance et la justice soutenues par l’humanité et le devoir, comme l’eut prédit Mengzi (Mencius.)  Aucun besoin de technologies dévastatrices ; peut-être un intérêt particulier dans les meilleurs d’entre elles et leurs applications paisibles…

Ceci rend furieux les sectaires d'armes : d’habitude des fanatiques ruraux et des voyous provenant de petits patelins.  Ceux-là clament pour des doses de rattrapage de génocide, dès que la parution de ces réflexes courtois commence à menacer leurs préjugés rabougris ; ils marquent comme lâcheté toute tentative civilisée de modérer leur terreur coutumière de l'Autre.

Des villes magnifiques – renommées pour leur commerce, piétée, éclat et hospitalité – ont été ravagées depuis ces dernières années.  Une courte liste inclut Jérusalem, Nicosie, Belfast, Hue, Vientiane, Phnom Penh, Jolo, Kaboul, Beyrouth, Téhéran, Bagdad, Herat, Dubrovnik, Sarajevo, Monrovia, Groznyï, Kigali, Oklahoma City, Mogadishu, Nairobi, Adis Ababa, la ville de Kuwait, Bagdad, les villes de Palestine, New York City et Beyrouth de nouveau.  Beaucoup d’autres furent visées pour ce genre de destruction.  Pardonne-moi, s'il te plaît, d’avoir omis ta ville favorite hachée par la guerre.

Hélas, ces préjugés trop humains ne figurent rien de neuf.  Le chaosisme : l'imposition délibérée de l'ignorance, de la dévastation et des souffrances à leur propre compte, peut constituer le pénultième but des directeurs d'armes.  Leur ultime coup de maître serait l’omnicide nucléaire, biologique et scalaire sinon nanochimique—pourvu que nous le leur permettions.

Des états d'armes en maturité peuvent s'accabler d’industries sophistiquées d’armes qui ne leur mènent qu’à l’indigence, quoique cela leur prenne encore des années pour maximiser la production d'armes, bien après que tous leurs grands-papas et enfants soldats aient été mis en marche pour périr.  L'équipement de bataille, fabriqué en temps de paix, sera obsolète une fois le plus indispensable.  Tous les états stockent néanmoins des armes coûteuses et obsolètes, et les troquent aux nations étrangères, au moyen d’ombrageux plans d’aide internationale, afin de subventionner leurs industries domestiques d’armes en temps de paix.  Ces armes rejetées sont ensuite adaptées à étriper des pays les plus pauvres : ceux les moins capables d’en soutenir les casses et coûts d’entretien.

Des nations battues gagnent souvent cette course technologique d’armes.  Puisque leur matériel obsolète fut détruit, leur nouveau est du dernier cri.  Ils ont tendance à adopter les armes les plus modernes et les tactiques étrangères qui les ont blessés le pis.  En revanche, des généraux victorieux se préparent d’ordinaire pour la dernière guerre et perdent ainsi la prochaine.

Tous les gouvernements d'armes adoptent au moins une technologie assoupie d'armes ; ils tentent, en ce faisant, de parer coup de main de la part de leurs voisins plus agressifs.  Des obligations somnolentes au lieu d'être des atouts d'urgence, ces technologies résiduelles s’atrophient puis se boursouflent ; elles se rendent en prétextes de corruption d’élite, de répression politique et de taxation excessive.  Nous autres, les prolétariens d'info, sommes contraints d’exploiter des profits de courte durée, d’usure et d’aliénations environnementales et particulières, dans le défraiement d’impôts d'armes sans fin.  Ainsi sommes-nous prédisposés à la révolte.

De façon réflexive, des élites d’armes rehaussent le niveau de stress social.  Si aucune raison valide n'existe, quelque fausse cause peut toujours être déterrée : privilèges de classe ; jeux de coquille économiques ; préjugés de race, d’ethnie et de religion ; controverse culturelle sans raison ; abus des drogues et de sa police ; foi, magie et hystérie : la plus insignifiante cette controverse et la plus intraitable qu’elle paraît être, le mieux servira-t-elle.  

Des opposants politiques redoublent leurs rations de shadisme policière et de cabale déversant du sang ; n’importe quelle excuse stupide fera leur affaire.  Des contestations prismatiques parmi les plus sottes peuvent être cultivées, aménagées, pendant un certain temps et ressorties à loisir.  Des tyrans médiocres peuvent toujours être recrutés et dirigés avec bien moins d'application que des chefs charismatiques de paix.  Des sociétés entières revisitent les conséquences de cette répression : conséquences imprévues, comme d'habitude.

Dans Le mal : Au-dedans de la violence et de la cruauté humaine, W.H. Freeman and Co. , New York, 1997, Dr. Roy F. Baumeister décrit trois attitudes que les gens adoptent vis-à-vis les maux sociétaux qu'ils partagent.

La première, celle des victimes : elles magnifient le mal qu’on leur ait fait, la perfection de leur innocence et la bestialité des malfaiteurs dont les ancêtres, descendants et imitateurs font entendre le rire saccadé de démons incarnés du mal. 

Le psychopathe au regard luisant qui prend plaisir dans la douleur de ses victimes : voici un cliché narratif conventionnel mais très rare sur le terrain.  La plupart des gardes de camps de concentration et des vermines pareils ne furent que des rustauds stupides, paresseux et incapables de trouver meilleure emploie dans une économie maladive que leurs chefs admirés empirèrent de façon délibérée.  Ce mythe commun, rendant démoniaques des malfaiteurs, leurs parents et leurs communautés, endure pendant des siècles de vendetta ; la mémoire culturelle le magnifie et des protestations de représailles antérieures le renforcent.

En second lieu, des malfaiteurs tentent d’effacer le rappel public de leurs maux accomplis.  Des explications créatives, tant raisonnables qu’absurdes, rationalisent leurs méfaits ; des représailles antérieures y figurent distinctement.  Ces malfaiteurs trouvent n’importe quel moyen de radoucir leur honte et détourner les critiques subséquentes : une réaction réflexive de leur part, afin de protéger leur conscience piquée. 

« Rien de grave ne s'est vraiment passé.  Leurs accusations ne sont que des grosses exagérations.  Tout ce qui se serait passé fut au-delà de notre contrôle ; quelqu’un d’autre a donné les ordres.  Et puis ils ont mérité ce qu'ils ont obtenu. »  Cela te semble familier ? 

La troisième attitude peut être la plus importante : celle des spectateurs.  La plupart réagissent au mal avec une indifférence passive et bien étudiée.  Nous concluons que notre intervention ne pourrait influencer le dénouement, sauf peut-être en nous procurant le rôle de prochaine victime.  Au contraire, l'intervention la plus superficielle de la part de spectateurs aléatoires fait hésiter la plupart de ces malfaiteurs ; elle laisse aux victimes l’opportunité momentanée de se défendre et s’enfuir.  Chaque témoin du mal doit saisir cette vérité fondamentale : qui se protège le mieux obstrue le mal sans crainte ni hésitation.  Les Apprentis diffuseront assidûment cette leçon, tandis que les élites d'info ont tendance à la supprimer.  « Laissez faire les autorités ! » alors que des agents de police regardent de coté sinon se rejoignent au pogrom. 

 Quant à moi et mon expérience, j’ai renié mes responsabilités encore plus souvent que ces malfaiteurs.  Je suis donc plus coupable qu'eux, à la longue.  Et voici mon tour, bientôt de suite, sans que personne n’en bronche mot.

Quand des actes indicibles sont commis avec sanction officielle, tous les survivants portent leur part de culpabilité.  D’après Antjie Krog, dans Pays dans mon crâne : La culpabilité, le regret et les limites du pardon en nouvelle Afrique du Sud (en anglais, p. 123) des théologiens allemands d’après la seconde guerre mondiale ont formulé quatre catégories de culpabilité de guerre :

 

·     culpabilité criminelle pour les tueurs pratiquants ;

·     culpabilité politique pour les politiciens et leurs collaborateurs qui ont embauché ces tueurs ;

·     culpabilité morale pour ceux qui détestaient les tueurs mais ne les ont pas résistés jusqu’à la mort ; et

·     culpabilité métaphysique pour les victimes ayant survécu.

 

Peu nombreux, les résistants allemands qui ont survécu ; les Nazis les traquèrent sans pitié.  Je pressens que beaucoup plus d’Allemands ont résisté que ceux admis en public.  Des gens décentes (tant portant l'uniforme que ne le portant point) furent si emmerdées par les jeux enfiévrés des Nazis, au point de se trahir.  Se débarrasser d'eux, de leurs familles, amis et paperasses, cela aurait été un jeu d'enfant.  Les options Nazis furent multiples : d’aléatoires pelotons d'exécution, les camps eux-mêmes, convocation au centre de villes embrasées, issues d’un billet simple vers des bataillons pénales sur des fronts perdus… 

Cette poignée de résistants fut consumée dans des chaudières à souffle, tels des grillons noctambules peu nombreux et mal disposés, dans un épais nuage de papillons loyaux de nuit : des éclats de luminance à travers une nuit d’étincelles sacrificatoires.  D’authentiques Apprentis. 

Il est regrettable que si peu de monuments ne restent à honorer leur mémoire ni en Allemagne ni ailleurs.  Ce monde devrait être pointillé de monuments héroïques, en pierre et en bronze, commémorant des interventions particulières contre la tyrannie. 

Je me souviens d’une statue en bronze figurant un fantassin déguenillé Ami ramenant tendrement dans ses bras un enfant affamé : l’apothéose héroïque de l’intervention américaine durant la « seconde » guerre mondiale.  Hélas, je ne peux retrouver ni son titre ni sa photo—sinon les aurai-je inclus ici.  Voici un autre exemplaire : http://cgi.ebay.com/Twin-Towers-Liberation-Monument-New-York-B-W-Photo_W0QQitemZ7375238915QQihZ016QQcategoryZ66465QQcmdZViewItem. (Lien numérique grâce à Christian J. Stewart Photography.)

La portraiture et contemplation de ces idéaux devraient nous devenir coutumières, se transformer en habitudes de pensée universelles ; leur antithèse, aussi inacceptable que du cannibalisme.

 

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APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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