- LA PSYCHO HISTOIRE D'ARMES -

ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS      INTRO ET VOCABULAIRE

 

« Permettez-moi de signaler les quelques particularités que j’estime parviendront à incarner cette évolution psycho historique… Elle retiendra un "modèle du temps" mais l’amplifiera dans des conceptions nouvelles qui aménageront et rendront plus subtiles les sentiments particuliers et collectifs de l’homme vis-à-vis son passé et son avenir.  Elle évoluera un point de vue vraiment dialectique, quant aux rapports entre la nature psychobiologique de l’homme, d’un coté, et son expérience historique, de l’autre—tout en évitant l’historicisme de Marx, (cette prétention que l’homme n’est rien que son histoire) et le psychologisme de la psychanalyse précoce (que l’histoire n’est rien que la répétition de l’évolution psychologique dans l’homme.)   Elle retiendra le principe de Freud, du passé comme réacteur des transformations historiques, tout en tenant compte de ce qu’il y ait de neuf dans les motifs qui émergeront de l'interdépendance en trois dimensions de la nature psychobiologique de l’homme, de son passé culturel et des courants historiques qui l'influent.  Elle soulignera aussi la dialectique entre la réalité des événements externes et le besoin, unique à l’homme, de les percevoir en forme de représentation symbolique.  Ainsi maintiendra-t-elle l'accent psychanalytique sur le comportement symbolique, mais étendra ses lieux de symbolisme au-delà de ceux de la théorique psychanalyse classique…  Elle accentuera le besoin inné dans l’homme, d’explorer et de transformer, comme élément de base dans la création de son histoire, ainsi que les tendances dans l’autre sens, de stabilité et d’accalmie exprimées dans le "principe de Nirvana" de Freud.

« Par toutes ces voies, les nouvelles histoire psychologique et psychologie historique – elles pourraient enfin se rendre sœurs – sauront se libérer progressivement des deux polarités intellectuelles qui ont trop longtemps dominé l’oeuvre historique et psychologique : d’abord, le persistant lègue newtonien d’un monde renfermé et mécanique opérant par rapport absolu entre causes et effets ; et ensuite, le rejet par l’intellect nihiliste, de tous les principes généraux et leurs éléments causatifs.  Elle évoluera, à leur place, l’insistance sur des modèles et constellations dont les relations de cause et d’effet seront des transactions compliquées de principes toujours en voie de composition. »  Robert Jay Lifton, History and Human Survival: Essays on the Young and Old, Survivors and the Dead, Peace and War, and on Contemporary Psychohistory, (L’histoire et la survie humaine : Essais sur les vieux et les jeunes, les survivants et les défunts, la paix et la guerre, et sur la psychohistoire contemporaine) Random House, Inc., New York, Random House of Canada, Limited, Toronto, 1961, 1962, 1963, 1965, 1969, 1970, pp. 296-298.  [Ses italiques.]

 

L’effarante vérité ?  C’est que, durant des milliers d’années, la culture humaine a subi une sélection darwinienne en faveur de la mentalité d'armes.  Là où d’anciennes sociétés ont mûri dans des technologies prototypes de paix – sinon retenu temporairement leur hantise d'armes – des hordes avoisinantes d'armes les ont submergés. 

Il se pourrait que l’histoire humaine ne consiste qu’en le perfectionnement graduel d’une trousse concomitante d’outils sociaux et matériels, accessoires à la mentalité et aux technologies maximales d’armes ; puis la décharge de ces technologies optimisées dans un holocauste d’apogée n’étant limité que par les moyens disponibles (comme celle d’un pistolet durant son nettoyage) ; puis d’un Age Sombre, que l’humanité puisse se remettre des dégâts de ce paroxysme ; puis le renouveau de ce morne cycle. 

La combinaison du christianisme d’armes et des technologies d’armes romaines a résulté en un Age Sombre qui dura presque un millénaire en Europe ; ceux semblables, en Chine et en Islam, pareils.  Cette trajectoire peut être tracée dans les histoires d’autres civilisations, surtout à la suite des révolutions qu’elles ont enregistrées. 

Cet affaiblissement historique de la paix a propagé parmi nous, et surtout parmi nos élites d'information, un mépris irréfléchi d’elle.  Pourvues de notre consentement taciturne, ceux-là n’ont permis que le minimum de technologie paisible, à la limite d’endurance de leur prolétariat d’info : ce minimum aiguillonnant le prochain paroxysme.  Notre prochain paroxysme, soigneusement promu par nous tous selon cette procédure historique, promet un Age Sombre planétaire encore plus durable sinon permanent.

 

Les livres étaient très rares et fragiles avant que du papier résistant et bon marché et des presses n’aient rendu banale l'instruction en masse.  Un culte millénaire (se vouant durant des milliers d'années à un texte préféré comme la bible) réclamait des érudits pour gérer ses bibliothèques et écoles primaires.  Ces prêtres exigeaient bonne garde contre des hordes armées plutôt préoccupées de butin que d’études.  Forcément, ces hordes ont fini par abattre les gardes et réduire les embrasures.  La prêtrise en question dut ensuite les persuader de ne pas détruire ce texte unique, mais de le préserver au lieu ; qu’il amoindrirait leur terreur, d’une manière ou d’une autre, et satisferaient leurs convoitises.

 

« En principe, la rivalité entre l’état et l’église peut se manifester à l’intérieur même d’une seule administration…

« Un certain nombre de systèmes peuvent être envisagés, selon lesquels les sabreurs et les gratte plumes seraient distincts, et en fonction desquels ces derniers pourraient partager un pouvoir tangible, en dépit de leur manque de force physique concurrentielle.  À chaque conjoncture particulière, il n’y aurait, bien sur, aucune question d’égalité de vigueur : qui détient l’épée et sait la manier n’a pas besoin de tolérer les bêtises des gratte plumes ni certes d’endurer leur opposition.  Afin de comprendre le moyen qui leur permet, malgré tout, d’opposer et finir par vaincre ces sabreurs, aucun besoin d’invoquer ni de surestimer une mystérieuse puissance de superstition au fond du cœur de ces sabreurs, leur contraignant à plier genou devant les médiateurs de la légitimité et la vérité.  Nous n’avons qu’à constater ce qui se passe quand des bandits et scribes s’emmaillotent dans un ordre social complexe et intégral …

« Le point essentiel, en ce qui concerne ces rassemblements démêlées et fluides de nobles de rang divers, c’est que celles-ci sont forcément désagrégées et instables.  Les raisons en sont diverses.  Primo, ils sont enclins au conflit et à la guerre, simplement en vertu de leur ethos absorbant : la brutalité, c’est leur honneur et leur habileté particulière, et ils sont en effet contraints de démontrer, presque en perpétuité, leur compétence à l’infliger et la résister.

« Il y a aussi d’autres raisons.  L’équilibre de force qui maintient la paix entre des bandits et des coalitions de bandits, elle est instable et contingente.  La puissance d’un seigneur de haut rang, effectivement d’un roi, dépend du nombre de bandits moindres qu’il peut mobiliser.  La disponibilité, la "loyauté" de ce moindre bandit dépendra en pratique de son appréciation particulière de la puissance de ce roi, et ainsi, de façon indirecte, sur l’évaluation par ce brigand de bas niveau, de la loyauté des autres à ce niveau.  Ils s’espionnent tous, de façon tacite. …

« Les alignements dans ces conflits – étant donné l’ambiguïté de ces loyautés et l’incertitude quant à leurs dénouements – tend à dépendre en grande partie sur la légitimité des contestants : ce qui aide aux votants flottants ou plutôt aux guerriers flottants, de décider qui maintenir … Ceci, à son tour, rend force considérable mais indirecte à ceux qui, moyennant un assortiment de savoir lire et de compétences rituelles, détiennent une quasi-monopole sur les constats de la légitimité.  Ils pourraient être des bureaucrates teneurs de place dans une organisation unique liée à la révélation [Nota : ces exemples sont à mi de Gellner et à mi de moi, puis nullement définitifs  -- le modèle catholique et celui des églises primitives] ; sinon des membres d’une classe ouverte d’érudits étant les seuls capables de déterminer la droiture du comportement social et politique en le comparant aux règles divines codifiées [le model juif contemporain, musulman, protestant et confucéen] ; sinon ce pourraient être les membres héréditaires d’une caste qui nie toute légitimité au standing et aux comportements sociaux dans l’absence de ses services rituels [l’ancien modèle aux Indes, celui des anciens Juifs (?) et ceux de l’époque classique occidentale (Greco Romaine.)]  La plume n’est pas plus forte que l’épée ; mais la plume soutenue par le rite lui impose sans doute de fortes contraintes.  Elle seule peut aider aux sabreurs à décider comment se liguer selon le meilleur avantage.

« C’est ainsi, parlant de façon générale, que des éléments sociaux, hormis ceux militaires, s’entretiennent avec la force brute en rapports approchant à l'équilibre. »  Ernest Gellner, Plough, Sword and Book: The Structure of Human History, (Charrue, épée et livre: La structure de l’histoire humaine), The University of Chicago Press, Chicago, 1989, Collins Harvill, London, 1988, pp 94-99.

 

Ainsi, nos textes millénaires ont été la lecture choisie d'une longue ligne de pirates et d’égorgeurs.  Une centaine de générations de maîtres d'armes de plus en plus autoritaires ont réécrit nos textes sacrés et déformé nos doctrines les plus saintes, afin de mieux servir les exigences antinomiques de la mentalité d’armes. 

Pourvu qu’une société de paix ne produit que des pacifistes, elle se rendrait riche et innovatrice, reconnaissante à Dieu, exubérante, sage, dévouée aux lois … et extrêmement vulnérable à l'agression militaire.  Par contre, les sociétés d'armes ne sont bonnes que pour des hostilités ; elles craignent leurs dieux guerriers et prétendent que leur religion ou idéologie particulière soit la seule acceptable. 

Pardon, messieurs dames.  Dieu existe partout, même dans Sa non existence.  Tout dieu, provenant de n’importe quelle religion, fournit une description d’autant valable qu’insuffisante.  Aucun moyen de s’absenter de dieu pour se taper une cigarette, ni n'y a t'il de Dieu particulier « supérieur » aux autres.  Quel préjugé ridicule et typique des êtres humains ! 

Cette société guerrière perd sa capacité de s’alimenter et s’entretenir, sans piller des voisins moins belliqueux afin de s'emparer d'esclaves, de rations, de lois et d’autres avoirs de la paix.  Elle ne peut longtemps durer comme telle.  Les sociétés de plus longue date doivent soigneusement équilibrer leur contenue tant de technologie d'armes que de paix ; elles doivent souligner la gestion d'armes afin de se protéger de quiconque. 

Ainsi ont disparu tous les documents les plus avantageux à la paix ; cela fait bien longtemps qu’ils ont alimenté quelque autodafé.  Sans jamais finir et sans compter le prix, des maîtres isolés de paix ont prêché leur propre destruction (et celle de leurs communautés) aux mains sanglantes d’élites de bataille, soit d’appartenance concitoyenne ou étrangère. 

 

Les historiens n’ont qu’un petit inventaire de documents provenant du passé : très borné, celui-là, et soigneusement censuré.  Les mieux documentés des anciennes littératures, (la romaine, grecque et chinoise, par exemple) ont eu un tau de destruction surpassant 99%.  Il ne subsiste que le patronyme de moins d'un sur dix de ces anciens auteurs et le titre de moins d'une sur dix de ses oeuvres.  Tout ce qui reste ne consiste qu’en des gribouillages de provenance incertaine : des vieilles lamentations d’auteurs oubliés et de leurs chef d’œuvre disparus, mentions marginales d’énormes bibliothèques disparues de la Chine, de Santorin, de Phénicie, d’Ionie, de Carthage, d'Égypte et de Kouchan  (voir le chapitre « Les bibliothèques qui brûlent. »)  Ces collections prétendues provenir de villes petites et grandes, réduites à leur tour en poussière, cendres et vase sous-marine.

Notons que l’histoire à orale des communautés primales aurait pu retenir une meilleure chance de survivre ces abus, en dépit d’efforts soutenus de les supprimer par des communautés littéraires d’un militarisme supérieur.  Il aurait été plus facile de détruire une rare collection de textes et d’abattre une élite d’info minoritaire sachant lire et écrire, que de rendre au silence une mythologie épique que de nombreux grands-parents, tantes et oncles tribaux récitèrent à des jeunes attentifs autour de leur humble foyer.

 

Sur une hypothétique carte rase et blanche du monde, la géométrie de l'espace-temps des guerres durant l’antiquité s’enregistre comme une éruption de boutons rouges (pointillisme) : celles-ci représentant des crimes, escarmouches et incursions isolées, là où la densité de populations tribales força de telles confrontations. 

La géométrie du massacre mondial s’est légèrement raffinée un peu plus tard.  De l'aube de la métallurgie à la révolution industrielle, ces éruptions ont fusionné dans des rubans rouges de la mort : les itinéraires de marche des armées, leurs sites de siège et lignes de bataille (en géométrie linéaire.)  Des zones débordantes de mort ont oscillé par voie de terre et de mer, depuis le siècle des lumières en 1700, jusqu’aux guerres mondiales (en planes intermittentes.)  La bataille moderne, dite d'air et de terre, peut dévorer à son gré la surface de sous-continents entiers (en plane sphérique.)  En attendant, l'irritation initiale s'épaissit et se boursoufle en tant que crime omniprésent : cette varicelle se rendant en variole.

La mort presque certaine et instantanée, du point de vue historique – l’omnicide planétaire – surviendrait d’un désastre nucléaire, scalaire et biochimique (en sphère creuse.)  Si nous permettons à nos technologies d'armes de nous infecter plus longtemps, une nanopeste soigneusement brassé pourrait faire bouillonner la biosphère jusqu’à sa décomposition en molécules organiques, sinon le soleil pourrait être rendu nova ; quelque chose comparable pourrait constituer la prochaine étape de nos catastrophes synthétiques (en sphère solide d'annihilation.)

 

Le lieutenant colonel américain, Dave Grossman, élabora nos choix réflexifs et soutenus d’adrénaline : de combattre, s’envoler, tenir ferme ou se soumettre, ces choix nous permettant de faire face aux inquiétudes et stresses mortels, exigeant en échange quelques journées de repos afin de nous permettre d’examiner nos cauchemars, verbaliser nos stresses et nous rétablir l’équilibre mental.  Contrairement au stéréotype des filmes de guerre, selon lesquels un esprit faible craque et les autres poursuivent leur chemin munis d’une fermeté sinistre, presque 98% des vétérans ont le regard fixe et égaré (dit « de mille mètres ») après avoir participé au combat pendant plus d’un mois ininterrompu.  Les deux pour cent exceptionnels d'élites de bataille sont immunisés contre cette forme de maladie ; ce sont d’ores et déjà des sociopathes agressifs. 

Après un mois ou deux de combat modern, le trauma et les calamités psychiques de cet engagement absolu réduiraient une unité militaire conventionnelle en une cohue incohérente, recroquevillée autour de sa cellule médicale sursaturée, bombardé à feu d’enfer et saccagé obstinément par des commandos déments.  Rappelle-toi des conscrits prisonniers souriants provenant des légions écrasées de Saddam Hussein. 

Ayant sonné cette alarme, le professeur Gabriel conclut que de nouvelles drogues seront (ont été ?) développées, séparant la conscience cognitive du soldat de son siège émotif, tout en épargnant ses cycles sensoriels de coordination, de vigilance et de sommeil.  Un combattant prenant cette forme de drogue deviendrait une version alerte et bien coordonnée de conducteur sous l’influence du Valium.  Celui-ci courseraient la route à deux cents kilomètres à l'heure : averti intellectuellement du danger, bien qu’en étant émotionnellement dégagé. 

Monteront en flèche, à cause de ces drogues, la mortalité du combat, les crimes de guerre et les problèmes de réintégration des vétérans.  Après leur inévitable débordement dans le marché noir de la drogue, le monde entier assumera une teinte de cauchemar, un peu comme celle dépeinte à la télévision, détrempé de criminalité à sang froid.  En contrepartie de notre vie réelle, dans laquelle la brutalité et le crime se tapissent dans les pénombres tandis que prédominent nos routines paisibles, ces problèmes parviendront à dominer nos vies, tout comme à présent dans les medias et en guerre.  À moins que nous ne criminalisions la guerre sur un plan global, cette technologie d'armes menace de nous pourchasser à l’arme blanche jusque dans nos salons. 

 

Il y a un rapport direct entre la terreur militaire et l'abus d’enfants.  Le plus qu’un peuple soit guerrier, les plus maltraités seront ses enfants.  Shi Huangdi, Alexandre, Romulus et Remus, Gengis Khan, Shaka Zoulou, Friedrich le grand, Staline, Hitler... tous ces grands seigneurs de guerre furent des enfants maltraités.  Imagine les enfers que des enfants ordinaires ont dû supporter, étant donné que leurs princes furent tant affligés.  Rends-toi compte des horreurs qu'un enfant en bas âge doit subir aujourd’hui : la tendre progéniture d’états d'armes les plus fatals dans l’histoire.

Un peuple subissant un accroissement de stresses militaires projette de plus en plus d’enfants maltraités dont la gestation tragique et l’enfance pathétique les ajustent précisément au prochain paroxysme de la guerre mondiale perpétuelle.  Des orphelins produits par la famine et la terreur de guerres précédentes, ont encadré maintes agences de police secrète : des gardiens fanatiques et sans merci de leur état.  Voici le point que souligne George Orwell dans son livre, La ferme aux animaux, Animal Farm ; ce point revisité au Cambodge, en Afrique soudée par le SIDA et ailleurs tandis que nous en discutons sereinement. 

Comme des imbéciles suicidaires, nous renforçons la prochaine génération de terroristes désespérés et avides de détruire le monde.  Ils en sont parfaitement équipés et résolus, grâce à nos technologies sophistiquées d’armes et notre apathie affable : les ultimes issues de notre endoctrinement d’armes. 

Dans une petite décennie, les dispositions nécessaires pour empoisonner des villes et des continents entiers remplaceront leurs simplets AK-47s et bombes suicidaires d’aujourd’hui.  Si nous les nourrissions et nous en occupions en équité indulgente, nous pourrions jouir d’une vendange plus douce que leurs grappes de courroux.

 

Les académies militaires et les « Public Schools » anglaises (internats privés non limités aux Anglais) produisent des techniciens d'armes en masse.  Mettant de côté les fantaisies de Harry Potter, ces écoles publiques sur le plan britannique offrent un environnement esclavagiste et autoritaire.  Émergeant d'eux, d’adroites élites de bataille obtiennent une éducation brute mais certifiée, qui leur obtient accès à de nombreuses portes au pouvoir. 

Les candidats de première année à West Point (les « plèbes » de l’académie militaire de l’armée américaine) furent interviewés au sujet de leur politique.  Quatre ans plus tard, la petite minorité disparut de cadets s'admettant libéraux dans l’ancien sens progressiste de l’expression : une affaire d’hyperdiscipline supplémentaire à celle de la famille. 

Le jusqu'au-boutisme, et peut-être même le conservatisme politique, peuvent refléter des stresses humains supportés durant l'enfance, l’adolescence et, en théorie, les vies antécédentes : voir le réactionnaire comme ex carnassier.  Le long des générations, la criminalité et le militarisme se sont renforcés au moyen d’abus systématiques des enfants.  L’anéantissement psychique imposé pendant la puberté peut être encore plus signifiant, tout comme les bénéfices sociaux d’une plus grande taille. 

Les Japonais sont reconnus pour la tendre sollicitude avec laquelle ils chouchoutent la plupart de leurs enfants en bas âge, la férocité calculée de leur concurrence adolescente et la brutalité commanditée de leurs armées.  Leur férocité d’après le combat eut pourtant été strictement commanditée d’en haut.  Durant quelques guerres : celle contre les Chinois pendant la révolte des boxeurs, et contre les Russes en 1905, les soldats japonais furent reconnus comme les mieux retenus et disciplinés ; comme, sans doute, en Irak et Afghanistan aujourd’hui.  Tandis que, durant d’autres se sont-ils rendus en fous furieux sans provocation, et ont commis des atrocités sur commande que leurs adversaires ont considérées déshonorantes.

Les impérialistes charismatiques furent d’habitude des individus munis d’attributs excellents, ayant néanmoins subi une enfance terriblement pénible.

 

Le mieux que la plupart des enfants sont soignés ; la plus paisible, anti-violente et coopérative que se rend leur société adulte (au point d’aboutir en communalisme anticompétitif) et le plus rapidement que leur psyché s'émiette en confrontant la guerre dite « civilisée. »  La faiblesse principale des sociétés prétendues primitives, c’est la tendresse habituelle avec laquelle elles élèvent leurs jeunes.  Une jeunesse tendre à ce point n’à aucune chance en confrontant des bandes d’étrangers impitoyables, systématiquement maltraités comme enfants et choisissant de façon rituelle les plus abusifs parmi eux pour les diriger. 

Ce n’est qu’après que plusieurs générations tribales sont abusées et massacrées de cette manière, seulement alors que les membres tribaux commencent à maltraiter ainsi leurs propres enfants, d’un besoin subconscient et désespéré de sécurité collective.  Jamais vu auparavant, l'abus d’épouse et d’enfant, la criminalité organisée et l'alcoolisme : tous émergeront, ainsi qu’un jet régulier de guerriers d’une efficacité et d’un sang-froid superbes.  Mais le cœur de la tribu en fut arraché.

Nos cœurs, au monde paisible, ont été arrachés.  Faites repousser ! 

La réduction des soins d’enfant répond à l’exigence de tueurs militaires en gros.  Des enfants assez fortunés pour être bien élevés sont « rééduqués » par des jeunes vauriens et des petits tyrans adultes pendant leur assaisonnement en autocuiseur social, à l'école et durant leur formation militaire.  Enseignés à imiter les pires modèles de rôle, ces gosses mûrissent en arrogance, en ignorance et en agression sociale.  Quelques jeunes victimes les plus sagaces consolident cet abus jusqu'a l'âge adulte, se rendant ainsi capables d’acquérir des richesses et pouvoirs incroyables.  Le restant s’accommode à la petite délinquance, à la prison et au service militaire.

 

« Les militaires poussent, eux aussi, à la Grande Roue de la reproduction pour des raisons évidentes.  Tout d’abord, ils ne parviennent pas à se débarrasser de la « vieille superstition des gros bataillons » et pour cela, ils souhaitent voir pulluler les petits enfants, dont ils sont friands et dont ils feront, si la Providence bénit leurs projets guerriers, une forte consommation ; d’où la nécessite d’avoir des provisions suffisantes.  En second lieu, ils savent que le nombre – et surtout le surnombre – pousse la population à l’agressivité, à l’impérialisme et à la violence.  Les propulser dans une guerre n’est plus qu’une bagatelle.  C’est la raison pour laquelle les gouvernements, lorsqu’ils caressent l’idée d’un affrontement, commencent par prendre quelques décrets natalistes.  Colbert publie des édits en faveur des familles nombreuses, lorsque Louis XIV a des envies belliqueuses.  L’Allemagne et l’Italie, à partir de 1933, favorisent la natalité.  Le gouvernement du Mikado, en 1941, promulgue une loi qui oblige les hommes à se marier avant vingt-cinq ans, les femmes avant vingt et un et les couples à produire au moins cinq rejetons.

« Dès que commence à monter la pression démographique dans la marmite de l’état, les dirigeants déclarent que la nation, incapable de nourrir tout son peuple, doit s’étendre ou exploser.  Il est rare qu’ils s’arrêtent à cette dernière solution ; c’est plutôt la première qui a leur préférence.  C’est ainsi que furent entreprises les expéditions gauloises de Sigovèse en Germanie, de Bellovèse en Italie du Nord ; que les barbares, à la fin de l’empire romain et au début du Moyen Age, envahirent des contrées plus fertiles et moins peuplées ; que la population débordante du Japon chercha un dérivatif dans un conflit avec la Russie ou que l’Italie fasciste fut amenée à conquérir l’Éthiopie.  Nous pourrions multiplier les exemples.

« Ainsi, il existe entre la démographie et la guerre une interaction tout à fait étroite et remarquable.  La machine militaire pousse tout d’abord à l’accroissement de la population ; bientôt apparaît un surplus d’hommes jeunes et le pays commence à faire preuve d’une agressivité de plus en plus vive ; la guerre alors éclate et fait une ponction plus ou moins volumineuse d’individus.  Mais comme ce sont les peuples les plus belliqueux qui ont le plus de vitalité et sont donc les plus fertiles, les pertes ne tardent pas à être réparées et la population de nouveau s’accroît…

Les taux de natalité, comme nous l’avons vu plus haut, sont démesurés.  Il nous faut, à l’échelle du monde, des guerres de plus en plus meurtrières.  » Jean Bacon, Les saigneurs de la guerre, Seconde édition, 1995, Éditions L’Harmattan, Paris, p. 157.  Ce livre devrait être la lecture obligatoire de toutes les classes d'entrée d’histoire.

 

La densité des populations préhistoriques excédait parfois leur niveau soutenable, surtout sur les plaines d’Asie centrale : crèche des tribus les plus guerrières.  Des contrôles limitatifs de population, (notamment l’infanticide et les soins prolongés de nourrisse) ainsi que des nouvelles terres sans limites (trappes d'évasion assurées pour les plus sages parmi les opprimés) maintenaient cette densité sous la nivelle déclenchant du génocide—du moins dans la plupart de ces populations préhistoriques.  Sinon, ces tribus familiales et à demi statiques ont du faire face à des adversaires équivalents.  Dans ces conditions aberrantes, des rituels de champ de bataille furent élaborés afin de limiter la violence martiale ; ces lieux primaires ont offert aux mâles alésés (celtiques, africains ou indiens américains : le même raisonnement s’applique) un tréteau symbolique où dramatiser leur héroïsme et leurs qualifications soldatesques. 

Par exemple, compter coup : être le premier à toucher un ennemi, rendait plus d'honneur que de massacrer quiconque, et nuire aux non-combattants, cela apportait le déshonneur.  Le suicide rituel de non-combattants se rendit en mythe épique (soit parmi les tribus Amérindiennes, soit les conquérants Romains : Massada.)  Le premier meurtre ou la première meurtrissure rendait fin au combat rituel. 

Puisque la télévision n'existait pas encore pour les vautrer dans des brutalités shadiques, ils ont parfois torturé des prisonniers en tant que sport d’intérieur.  Le plus souvent, ils ont passé des prisonniers de guerre à travers des tortures brutaux, dont les survivants les plus stoïques furent adoptés dans la tribu afin de lui remettre de ses pertes.  Le génocide ne fut pourtant jamais contemplé sauf dans des cas les plus extrêmes de surpeuplement et d'épuisement de ressources.  Avec la connivence des femmes, les shamans et druides s’occupèrent de la terminaison de ces conflits―à laquelle plus personne n’est autorisé.  Que nous sommes tant plus futés !

Nous, les modernes, considérons le génocide comme une triste nécessité.  Afin de remplir le plus grand nombre de bataillons, les sociétés modernes chevillent nos niveaux de reproduction au-delà de la ligne rouge du surpeuplement, et le rendement industriel dépasse de loin ce que dicterait la rectitude écologique.  Des comptes plus élevés de cadavres étrangers semblent nous rendre un avantage mythique (hommes, femmes et enfants abattus, pareils.)  L’effondrement total de l’infrastructure d’un autre pays ne semble que réduire momentanément le tau global de pollution, du moins pour un certain temps. 

Compter coup, voici qui n’est plus pertinent.  L’on interdit strictement l'individualisme martial dans l’entraînement militaire, bien qu’il demeure fixe dans nos divertissements cinéastes.

L'omerta : le code du silence de nos jours, tient place égale dans nos discours publics et privés.  Des gardiens d’école et des parents négligents enseignent à leurs rejetons que ce vaurien n'est pas nécessairement ton plus grand problème, mais plutôt le prochain palier d'autorité qui range son aise par-dessus la justice.  Cette triste habitude, elle aussi, résulte de la politique de désinformation provenant de la mentalité d'armes ; nous la rémunérerons d’un déluge de massacres « non confirmés » de désastres non admis et de conséquences imprévues.  Personne n'est jamais jugé responsable, la récompense des malfaiteurs excède leur punition et chacun finit par empirer les dégâts.

 

Une fois que la routine du mal rend déshonneur à la loi, (en confirmant la corruption et l’incompétence des sources orthodoxes de contrôle) le respect personnel et l'honneur particulier la succèdent.  Cette mutation nous décale un pas plus loin de la justice et de l'harmonie sociale.  Les personnes civilisées ne trouvent aucune grâce sociale dans les virtuoses de ce genre de respect et d’honneur―au contraire, les rejetons-nous.  Après tout, leur standing s’alimente de terreurs crues induites par des actes sanglants de vengeance. 

Certains enfants maltraités, une fois adultes, maltraitent leurs gosses à tour de rôle.  Ainsi justifient-ils leur règne de terreur en tant que formation d'obéissance.  Une scène pareille s’entrevoit dans le filme américain, l’Aube Rouge (Red Dawn).  Un père, battu et mis au goulag, envoi son fils au maquis pour combattre l’oppresseur : « VOICI pourquoi je t’ai mené la vie si dure !  Il est à présent trop tard pour moi.  Mais toi, va me venger ! »   Très dramatique et très ordinaire à l’homme.  Les héros de ce filme auraient pu être des africains noirs, des orientaux ou des musulmans de l’Asie méridionale ou du Moyen Orient ; et les méchants, des agresseurs occidentaux et corporatifs. 

Ce dynamisme d’armes demeure interchangeable parmi tous ses pratiquants.  Les armées à présent dominantes ont évolué parce que leurs membres guerriers furent défaits et s’en sont adaptés ; les nations défaites à présent développeront des armées « victorieuses » dans l’avenir.  Les victoires et défaites stratégiques ne sont donc plus permanentes ni de moralité significative que les faces revers de cette grosse pièce de monnaie que je viens de chiquenauder sur mon bureau.

D’abord jamais vu de la vie, puis scandaleux, puis découragé, puis simplement plus à la mode ; le banditisme public, les foules de lynchage et les guerres de clan se rendent en institutions honorées.  Multipliés et rendus triviaux de ce fait, ces accrocs assument le rôle de carte de points sportifs.  La somme des blessures soutenues et personnes malmenées finit par déterminer la valeur particulière.  Nous n'avons survécu, durant tous ces millénaires, pour pas grand-chose de mieux.  Ce modèle demeure conforme en Chine antique, en Europe médiévale, en Caroline du Sud depuis l’origine de sa colonisation, et dans les ghettos contemporains.  Sont secondaires sinon entièrement hors propos, la race, le revenu et d'autres sources de préjudices qui nous hantent le plus.  Les seules vraies nécessitées ?  Densité excessive de population, enfants maltraités en grands nombres, sous-emploi et vide d'autorité légitime. 

Toute déviation de cette norme d'abus réduit le nombre de tueurs dont la collectivité dispose en temps de guerre.  Ce qui résulte de cette diminution, c’est la dévastation militaire.  Les survivants traumatisés reprennent ensuite leurs habitudes abusives.  Ce cycle d’abus, de relaxation d’abus, d’assaut et d’abus repris, rend impertinentes des considérations de droiture et de faux moralisme, en particulier quand celles-ci sont posées hors de contexte.  Ce n’est qu’au monde en paix que l’on retiendrait un petit espoir de stimuler une éthique valide et sans paradoxe.

Malheureusement, les autorités les plus en faillite morale et les proto-élites farouches qui se mettent à les défier, rejettent pareillement la gestion paisible.  Légitime ou révolutionnaire, chaque maître d'armes invoque des mythes d'armes habituels afin de justifier ses abus d’autant coutumiers. 

 

La liberté humaine est inaliénable : chacun net, vit et meurt dans l’ombre frais de la liberté ; non parce qu’elle soit rédigée par une certaine constitution ni parce qu’un gouvernement est en rare bonne humeur cette décennie ni même parce qu'un certain prisme proclame « Regarde, maman !  Me voici combattant pour la liberté ! »

Les êtres humains sont ce qu'ils choisissent d’être ; ils n’ont jamais « gagné » la liberté ; jamais ne le « gagnent-ils » mais sont nés avec, quoique quelques fanatiques, mal orientés quant aux sources du pouvoir, puissent abdiquer l’illusion de la liberté afin de satisfaire leurs besoins secondaires : de sécurité, d'autorité, d'argent, de drogues, d’appartenance, etc. 

Cette liberté immuable ne ressort jamais de sa cachette avant que les combats ne prennent fin.  N'importe qui prétendrait procurer la liberté, sinon la monopoliser et défendre militairement, comme une simple cache d'or, s'asservit lui-même et n'importe qui prétend l’écouter.  Les élites d’armes masquent leurs tendances sanguinaires derrière ces mythes d'armes. 

Chaque fois qu’émergent ces perspicacités, des directeurs d'armes accomplissent leur pire afin de les annuler.  Ils se sont servis d’une combinaison de pain et de bâtons, de corruption et de terreur―comme s’ils piégeaient et écrasaient un insecte mesquin.  Avec uniformité morbide, ces directeurs d'armes empirent le stress social.  Une fois qu’ils l’ont cliqueté au-delà du supportable, des prolétariens trop affligés quêtent des proto-élites afin de germer une nouvelle membrane politique capable de les abriter de cette aliénation autoritaire. 

Des chefs d'armes les attaquent avec vigueur.  D’habitude, cette révolte populaire parait hésitante et son écrasement semble affiler la puissance de l'état.  L'histoire démontre, toutefois, que la morale des troupes « de sécurité interne » se décompose, leur rendant en vauriens sans vaillance réelle au combat.  Offrons grâce à Dieu que cela ce passe ; autrement aurions-nous tous été réduits depuis longtemps en cadavres empilés dans des camps de concentration.   Tout comme la glace, si elle n’était miraculeusement moins dense que l’eau, remplierait tous les creux en permanence.

Libres de gérer à leur gré, les mauviettes contemporaines orchestrent des guerres civiles, la répression politique et l’agression armée internationale ; leurs combines décomposent des nations entières.  A présent, des bandits internationaux rôdent sans grande inquiétude au large de la planète entière.  Armés jusqu’aux dents, grâce à nos impôts, et exempts de toute poursuite efficace, ils ont maîtrisé tous les pas de danse d’une brutalité prodigue. 

Il n’y aurait qu’un gouvernement unique au monde, sa cour et sa milice universelle, tous trois alliés, qui sauraient nous en protéger efficacement.  Enfin !  Ces criminels seraient officiellement déclarés des parias, et la main de tous serait levée contre eux et leurs patrons : qu'ils ressortent d’une société commerciale, religieuse, ethnique, privée ou gouvernementale.  Nous leur trouverions d’autres emplois, au monde en paix : d’autant plus dangereux et spectaculaires mais beaucoup moins destructifs.

 

Dans une technologie d'armes, chaque prolétarien d’info devient une monade isolée, écrouée dans des phantasmes économiques qui s’étendent au-delà de sa compréhension et de son contrôle.  La mésaventure la plus vaporeuse nous lance à travers des filets ravalés de sécurité sociale, dans une misère noire d’indigence chômeuse, de sans-abri et de criminalité.  La terre en armes lamine des structures ancestrales de famille étendue et des habitudes de subsistance datant de millénaires ; elle découd des rapports établis entre individus, familles et compagnons, même leur appartenance au terroir ; elle interdit l'idée même de croire en n'importe quoi de sensible, et nous rend en credophobes rabougris. 

Les familles sont fissionnées jusqu’au minimum nucléaire et puis au-delà, jusqu'à l’isolation individuelle et nourricière, au sans-abri, à la dépendance institutionnelle et à l'isolement de rogue.  Presque toutes les nations et tribus auxquelles nous devrions allégeance naturelle sont rendues inadmissibles.  Seuls, délaissés et mis à la dérive dans un monde hostile, nous, les prolétariens d'info, abandonnons nos traditions, culture, autonomie, foi et espoirs particuliers. 

Ce sacrifice satisfait des magnats de corporation, des agromonopoles, des rentiers absentéistes et des chefs de projet extraordinaire qui avalent des propriétés privées afin de satisfaire leur insatiable demande de propriété foncière.  La seule tribu restante légale, c’est celle globale des riches. 

Tout tau d'intérêt au-delà cinq pour cent, voici de l’usure qui doit induire un tourment superflu chez quelqu’un, si bien caché soit-il.  Les bureaucrates locaux et internationaux trafiquent de cette tragédie en échange d’un chèque réglementé régulièrement.  En attendant, des taudis et prisons se répandent à travers la planète.

De tels seraient formellement prohibés au monde en paix : leurs gérants, disgraciés et rejetés du pouvoir.

Si ces monades isolées peuvent être prises au piège de lois injustes, tant mieux !  Toute nouvelle injustice accorde à leur direction d'armes une autre prise sur leur vie.  Une fois que se complètent notre désespoir et nos détestations particulières, nous voici rendus en crochets plus utiles à la machine de guerre.  Nous nous méfions de chacun et de tous, à part nos directeurs d'armes et leurs manipulations de vie et de mort. 

Nous devons tous nous rendre compte que nous nous sommes transformés en désespérés rampants.  Dans de rares cas, nous discernons qu’ils nous ont rendus trop anxieux pour ne plus croire en rien.  Nous nous soumettons, de tout de même, à leur travesti. 

Les Apprentis techniciens de paix défieront ces conclusions et les renverseront.  Profitant d’appuis publics enthousiastes, ils enjoindront l’interdépendance économique, les intérêts mutuels, la politique commune et révérence pour les intimités de la famille étendue, et les despotismes doucereux de celle communale ; ils enroberont chacun dans un cocon d’enchaînements complexes, d'obligations et de compensations particulières ; encourageront l’expression individuelle, la bonne santé et le recul de la misère.  En défi direct de cinq milles ans d’histoire culturelle, ils prendront des mesures conscientes et délibérées afin de promouvoir la paix et d’interdire la guerre.  Admission dans ces groupes de parenté sociale sera bon marché ou gratis, et la partance en sera facile.

Dans un avenir d'Apprentis, la plupart des sociopathes ne souffriront pas d’assez de négligence et d'ostracisme pour leur permettre d’extérioriser leur agression.  Imprégnées de principes paisibles fondamentaux, nos communautés laisseront courir beaucoup moins de sociopathes manquant de soins et accorderont autant moins de pouvoirs aux plus subtiles d’entre eux. 

Les sociopathes du type 1 ne peuvent pas dissimuler leur pathologie : ils sont indubitables.  Les sociopathes du type 2 apprennent à remettre à plus tard leurs méfaits les plus flagrants et n’agissent que lorsqu’ils sachent qu’aucune résistance efficace ne sera pratiquée contre eux.  À présent dirigent-ils notre planète entière, au nom sourd de la mentalité d’armes.

Les prédateurs sexuels seront identifiés et entretenus bien avant qu’ils ne puissent corrompre la prochaine génération de jeunes délaissés ; les sociopathes fous du pouvoir, bafoués par des drames thérapeutiques, enseignés la valeur de l’abnégation, et drogués, si nécessaire, en complaisance sereine.  Tous ces individus affligés seront identifiés et bien soignés de leur naissance à leur mort ; ainsi ne nous menaceront-ils plus autant. 

Ces thérapies deviendront le sujet de passion de nombreux Apprentis doués en psychiatrie.  Une fois que nous cesserons d'idéaliser le stoïcisme et l’invisibilité sociale – si seulement parce que nos systèmes sociétaux sont décérébrés au point d’être incapables de manier n’importe quoi de plus subtil – les chercheurs psychoshamanes développeront des drogues, des thérapies et de nouveaux rituels religieux en mesure de rebrancher des sentiments salubres dans des gens aux émotions maladives.  Ainsi, la violence se mutera-t-elle en un problème de santé publique : une épidémie regrettable à adresser d’un à un et d’institution en instrument.

Nous pourrions désamorcer, dans une petite génération, les pires effets de la violence humaine.  Nos pères ont bien pu nous faire revisiter leurs péchés depuis soixante-dix-sept générations.  Il nous reste toutefois à effectuer la promesse de rachat spirituel par l’amour : un engagement sacré que nous négligeons à notre péril.  Les Apprentis rachèteront, surveilleront et devanceront de loin la plupart des faits de brutalité tant individuels que collectifs ; ils atténueront les conséquences les pires du crime, chaque fois, partout et n’importe comment qu’elles s’échapperaient leur contrôle.

 

La citation suivante inclut un autre mythe d'armes et sa clarification.

 

« Notre vision occidentale de la société, comme un contrat social hobbesien (nota : Thomas Hobbes, Leviathan) consciemment rédigé afin d’assurer en principe l'harmonie sociale, elle n'offre aucune explication pour l'existence des liens de parenté, des amitiés à longueur de vie, du sens d'adhésion culturelle convenu dans une langue partagée et de milliers d’autres astuces précieuses.  En effet rate-t-elle entièrement et nie même la condition la plus fondamentale qui caractérise notre espèce : la nécessité d'identité sociale.  Cette notion de Hobbes, qu’absent la société, les êtres humains se jetteraient à la gorge les uns des autres dans une grande mêlée générale : elle est entièrement correcte mais pour précisément les mauvaises raisons.  Celui-ci supposait que ces êtres isolés dans l'état de la nature se détruiraient naturellement les un les autres parce que leurs dispositions concurrentielles et censément innées les y induiraient.  Ce que Hobbes n'a jamais compris et que beaucoup d’autres ont tant mal compris, c’est que les êtres humains ont évolué dans le désir d'appartenir et non de concurrencer.  Dans le sens biologique, nous sommes d’obligatoires animaux sociaux, absolument dépendants d’une structure de soutien sociale, et ce n’est que dans l'absence d'un tel système d’appuis que s’exhibent nos comportements destructifs et inhumains. » Mary E. Clark, “Meaningful Social Bonding as a Human Need,” in Conflict : Human Needs Theory, ("Les liens sociaux significatifs comme un besoin humain" dans Conflit : La théorie des besoins humains) John Burton, editor, Macmillan, Ltd., London, 1990, p. 40.

 

Si des monstres peuvent surgir de l'obscurité quand se frayent nos conventions sociales, davantage d’anges pourraient paraître, une fois que nous redoublerions nos liens sociaux. 

Le dessin animé Hobbesien, d’êtres humains agissant comme des bêtes calculatrices en guerre totale entre eux, ceci ne se matérialise que lorsque nous abandonnons les accommodations culturelles et les habitudes berceuses qu’exige notre santé d'esprit.  Cet pantomime obscène ne lui parvint à l’esprit qu’après le mouvement de clôture en Angleterre, quand des élites d'info britanniques ont dépouillé la campagne de ses paysans et les ont renfloués dans des enfers urbains afin de remettre à la reine Victoria, en fin de compte, davantage de fusiliers, de putains et d’ouvriers industriels bon marché. 

Nous souscrivons aux mêmes erreurs, ravageons une destruction équivalente à travers la planète et subissons des échecs semblables … Puis nous demandons (très brièvement) qu’est-ce qui dut mal tourner ? 

Nous devrions bâtir au lieu une commune de biens d'Apprentis et remettre toute cette misère derrière nous.  Jouissant d’un peu de veine et d’une résolution abondante, nous pourrions la renvoyer dans son intégralité durant une petite génération.

 

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APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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