- POUVONS-NOUS ÊTRE BONS ? -

 ENGLISH VERSION

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS          INTRO ET VOCABULAIRE

 

« L'évolution est toujours expérimentale.  Chaque progrès n’est obtenu qu'au moyen d'erreurs et de leur rectification.  Aucun bien n’arrive entièrement préfabriqué, mais doit être ciselé à force de croissances et d'expériences réitérées.  Cette même loi contrôle autant bien l'évolution sociale que celle politique.  Le droit d’errer, ce qui veut dire la liberté d’expérimenter, voici la condition universelle de tout progrès. » Gandhi, cité par Raghavan Iyer dans La pensée morale et politique de Mahatma Gandhi, Oxford University Press, New York, 1973, p. 354.

 

L’un des mythes les plus corrosifs de la mentalité d’armes, c’est que nous serions des méchants innés.  D'après ce mythe, nous sommes atteints d’un péché mal défini mais primordial, enveloppés dans le mal parce que remplis de tel.  Selon lui, aucun bien ne peut advenir de nos efforts corrompus à améliorer le monde.  Nous n’avons qu’à capituler au mal public et chercher au lieu notre perfectionnement particulier, marginal et momentané.  Marginal, en réalité, puisque nous retombons dans l’erreur avec facilité redoutable ; momentané, parce que nous mourrons bientôt de suite et nos revalorisations disparaissent avec nous.

Cette idée : « Aucun bien … » elle est certainement ridicule, si l’on y pense.  Mon pied n’a pas besoin d’être le plus beau pied au monde ni n’ai-je besoin de gaspiller ma vie entière en le manucurant, afin de pistonner des rebuts du trottoir à la rue. 

Comme ce français, dont ma rédaction est aussi ardue que ton déchiffrage, n’a pas besoin d’être parfait.  L’erreur honnête, si admise et permise, peut toujours jouer un rôle valide dans le plan global.  La perfection n’est pas nécessaire ; l’excellence est indispensable.

La principale différence entre les progressistes et les réactionnaires ?  Les premiers tiennent à la bonté humaine en général, tandis que les autres insistent que tout le monde soit méchant de façon innée.  Va s-y, sollicite l’opinion de quiconque, à ce sujet, et l’histoire de ses choix politiques, et rends-t’en compte.

Mon expérience supporte la conclusion opposée : presque tout le monde fait du mieux qu’il peut, dans la plupart des cas, souvent de façon héroïque et à grand sacrifice.  Certainement, quelques gens sont pourries jusqu’à la moelle, mais très rares par terre.  Bien sur, je me rappelle mes immoralités dénudées d’honneur ; aussi est-il certain que tout le monde rate son coup, de temps en temps, et engendre des actions humiliantes.  Mais, prenant le tout pour tout et dans la plupart des cas, nous ramons tous aussi vigoureusement que possible.

Voyons, si le mal prédominait à ce point, nous serions écrasés durant presque toutes nos traversées de rue !  Ce n’est pas la norme, sauf en guerre.

La quintessence de l'erreur fautive et d’autres faiblesses humaines, c’est que nous puissions les régler à force d'étapes graduelles d’Apprentissage et d’autocorrection : des tâches auxquelles nous sommes experts.  En d'autres mots, le progrès a lieu au moyen d’évolutions volontaires : personnelles, institutionnelles, culturelles, psychiques et génétiques : chaque facette évolutionnaire, interdépendante, vitale de façon holistique, et opérant en synergie. 

Cette idée du péché originel, elle émousse notre ardeur à améliorer le monde.  Il n’est pas question de l’abandonner en faveur de l’amélioration du monde tout court, mais de clarifier ces deux notions.

 

Un peu comme les dinosaures d’auparavant, nous sommes arrivés à l’embranchement du chemin, sans nous en rendre compte.  Un environnement « idéal » leur soutint depuis la nuit du temps ; ensuite, des transformations mineures sont parties en tremblotes, provoquant haute mortalité.  Ces dinosaures n'ont pas eu assez de temps, ne furent pas dotés de corps assez flexibles, et se trouvèrent donc incapables d’échanger leurs tonnes d'os, de tendons et de blindages, péniblement accumulés durant des éons, avant que l'extinction ne leur rattrapât.

Nous autres, les êtres humains, possédons quelques avantages sur les feu propriétaires de ces ossements monstrueux.  Notre grandeur réside en partie dans notre capacité de nous entre aimer : un trait que nous partageons avec d’autres charognards de meute.  Un autre talent crucial à l’humanité pourrait être l’appui qu’elle fournit à ses jeunes, malades et infirmes.  Notre niveau élevé de soins pourrait être la bonne mesure de notre grandeur. 

Dans quelques âmes angoissées, le méfie et le « réalisme » ont remplacé la compassion.  Cette dégénérescence nous fixe comme inférieurs à quelques espèces de dinosaures qui veillaient les uns sur les autres et sur leurs petits.

Chacun de nous, peu importe combien maltraité et abusif aujourd'hui, reçut quelques soins affectueux auparavant, afin de subsister jusqu’à ce jour.  Est-ce possible que la plupart des criminels le sont parce que jamais chouchoutés assez affectueusement ni suffisamment tôt ?  Quelques gens conjecturent que le meilleur présage du récidivisme criminel, c’est l’abus au préalable du criminel prospectif, quand lui-même fut enfant.  

La malice, c’est facile : n’importe quel sot peut flanquer un grand mal sans rompre en sueurs.  Inversement, les soins humains demandent tout plein de travail dur.   Réduire les soins afin d’en faire des économies, ce serait aussi stupide que de s'affamer à mort pour s’abriter des billets d'épicerie. 

Si nous pouvions tabuler le montant de la violence potentielle sur terre, en une somme représentant l'énergie X, notre richesse actuelle devrait équivaloir en milliers de X de soins consacrés, moins l’unique gaspillé en contrevérités et brutalités.  La somme de ces soins humains doit toujours rendre naine celle du mal humain, de peur que nous n’en périssions.  Aujourd'hui, cette kinésie des soins a atteint un palier dangereusement équivalent au potentielle énergétique d’armes. 

Pense s’y.  Combien prendrait-ce d’étreintes maternelles afin d’équivaloir à l'énergie d'une grenade, d’une détonation nucléaire ou de tous leurs analogues sautant ensemble depuis les silos et sous-marins onéreux où nous les aurions enfouis ? 

 

Notre grandeur primordiale réside dans le partage de notre Apprentissage.  Souviens-toi que chaque génération doit réapprendre la somme totale des connaissances humaines, et que ce n’est qu’ensuite que nous puissions ajouter notre petite contribution.  Tout ce qui ne serait pas réappris par quelqu'un, doit être oublié et disparaître, sinon réintégrer la superconscience collective. 

La grammaire universelle de Noam Chomsky postule qu'un sous univers entier d'informations nous soit encablé, venant en ligne lors de notre maturation.  Pourtant, cette programmation ne s'initialise à moins qu'un bénin stimulus extérieur n'actionne le logiciel interne.  Nous devons être élevés avec tendresse amoureuse, afin de nous rendre tout à fait avertis et sains d’esprit.

À la différence de ces dinosaures piégés dans leur extravagante armure, nos cerveaux élastiques et reprogrammables nous offrent le moyen, le motif et l’opportunité de renverser nos faiblesses et de nous redéfinir pratiquement d’une nuit.  Il pourrait y avoir du gâchis et cela ne marcherait pas nécessairement tout de suite d’une pièce, mais la possibilité demeure, d’apprendre à mieux faire.

 

L’Apprentissage rend nains des préoccupations moindres, telles que le sexe, la prédation et la survie génétique.  Ces motifs confectionnés sont les champions courants du préjugé scientifique ; elles servent aux conspirateurs d'avidité ainsi que leur ont servi le darwinisme social et la prédestination : en tant que propagande de mythes d'armes justifiant leurs malveillances.  Contrairement à ces motivations secondaires mais magnifiées au-delà du raisonnable, l’Apprentissage est la fondation véritable de la conscience de soi et du monde paisible.

Jusqu'à présent, des historiens se sont affairés à rassembler des vignettes biographiques de la micro histoire ; ils ont simplifié d’énormes bouleversements de climat, de ressources et de civilisations en disséquant la vie privée de quelques chefs clés.  Les transactions opulentes de l'humanité furent réduites en caprices de quelques égoïstes courtisés et aux sanglots longs mais bien étouffés de leurs innombrables victimes.  Ces historiens, à commencer par Hérodote et finir par les pandits des médias actuelles, ont écrit : « Le Roi (Président, Calife, Dictateur, etc.) X a décrété A, B et pas C.  Ses Ducs (ministres, secrétaires, vizirs, satrapes, peu importe), d’un à six avec l'exception du numéro quatre, se sont révoltés de cette politique ; provoquant ainsi... » d’interminables crises de simplification grossière et de réductionnisme biographique.

L’acceptation de ce simplisme semble aussi raisonnable que de réduire les seize millions d’années de génie, de main-d’œuvre et d'espoir humains que nous accumulons CHAQUE JOUR, en quelques brins momentanés de papier journal et plates vaporeuses de nouvelles télévisées. 

Je déteste la biographie.  L’art transcende la vie quand il enregistre des rêves dans la culture : des rêves fades, pour pas bien longtemps ; ceux magnifiques ou terribles, de façon amoureuse et presque pour toujours, en comparaison de nos vies plutôt courtes.  L’art s’empare des petites non pertinences de la vie et les transforme en un holisme supérieur à la somme de ses constituants. 

La biographie renverse cette procédure : elle rend le rêve culturel en une longue chronologie qui interprète de façon obsédante la politique de primates se grattant les puces, la torture d'ordres bien rangés de picotement, l'accroissement, le déplacement et la disparition de poupées charnelles et la marée de leur fluide corporel.  Dégoûtant.

Mettant pour un moment ce lustre de côté, le prolétariat d'info cultive la direction qu'il exige selon une procédure d'hyper démocratie organique qui ressemble plutôt à celle d’une ruche d'abeilles.  Notre participation intime dans cette procédure nous la fait sembler plus complexe et subjective.

Durant les décennies récentes, des historiens insatisfaits ont consolidé un tas de correspondances et d’anecdotes dans des macro histoires ; ce faisant ont-ils entrepris une chronique de la vie et du temps de peuples entiers à longue durée.  Des tentatives préliminaires ont été entreprises, d’analyser l'histoire à partir de perspectives multidisciplinaires : d’épidémiologie, de météorologie, de géoscience, de biogéographie, d’écologie, de mèmetique, de psychohistoire, de la « herstory » (l’histoire féministe), et de la sociobiologie, parmi d’autres.  Les plus interdisciplinaires ces études, les plus fraîches et éclaircissantes leurs conclusions ; elles nous ont permis de chasser un bon nombre d’absurdités longtemps données et figées depuis en béton dans nos esprits.

Cette casse de vielles croyances, elle nous rend de graves incertitudes.  On hésite à croire en n’importe quoi.  Rien n’est facile à déterminer : nulle suffisance de donnés et pas assez de temps pour les récolter.  Nous pourrions encabler le monde entier pour qu’il y ait suffisance de temps : assez pour ceux partageant la paix, pour qu’ils puissent mieux se rassembler les idées et rendre de meilleures décisions à toutes les échelles.

Tandis que s’élargit ainsi notre point de vue, les idiosyncrasies se réduisent au point de manquer d'à propos.  L'individu tout simple disparaît dans la foule, et le comportement social se rend plus facile à traquer ; des modèles, des stresses et des courants d'énergie pratiquement identiques s’entassent aux échelons distincts de l'espace-temps, comme le prédit la théorie du chaos.

Il serait difficile de traquer la dynamique d’une rive de mer, en tentant de suivre chaque grain de sable, surtout les « exceptionnels. »  Ne devrions-nous plutôt étudier les inférieurs dénominateurs communs des marées, des vagues et du vent ?  Une compréhension plus approfondie de l'histoire mondiale exigerait que nous nous arrachions de nos contextures confortablement réductives : de la vie autoréférentielle, biographique, nationaliste et pieusement moralisatrice ; même de celle humaine et assujettie à l’entropie linéaire, comme nous la concevons.

De récentes photos prises de l'espace nous démontrent un monde fort délicat ; elles nous suggèrent un changement de perspective qui nous révélerait que cette vie, comme nous l’ayons convenue, ressemble plutôt à une simple écume d'étang luminescente se tortillant sur la surface d’une toute petite bille en bleu porcelaine, scellée dans un mince verni d'eau et de gaz, orbitant sereinement autour d'une étoile parfaitement ordinaire.  Cette permutation de perspective nous permettra peut-être d'isoler les traits significatifs de l'histoire, à condition que nous rendions vénération due à un univers reluisant de l’intention sacrée. 

Des évènements remarquables rentrent en perspective à cet échelon de vision.  Des incidents décisifs résonnent avec leurs équivalents du passé, influencent des événements courants et déforment les probabilités futures.  Les accidents d'individualité, de chronologie et de localité (dont les professeurs d’histoire aiment à faire bosser leurs élèves) perdent leur signification illusoire, sauf comme jargon au raccourci et marqueurs commodes de lieu et de temps.

Carroll Quigley concentra sa vision historique aux échelons continentaux ; des écrivains autant divers que Ryszard Kapuscinski, Rian Malan, Antje Krog et John Del Vecchio ont poursuivi ce niveau de vénération dans leur reportage. 

En revanche, nombreux les génies de boucherie qui ont abusé de cette échelle de vision.  Par exemple, fuis le livre Mein Kampf, de Hitler, sinon endosse une combinaison protectrice de ses hasards biologiques avant de l’ouvrir.  Cet homme fut mûr pour sa certification psychiatrique.  Il souhaitait remplacer les Juifs, le peuple choisi du Dieu biblique, par de bons Allemands.  Afin d'effectuer cette mutation eut-il dû tuer tous les Juifs au monde et ensuite tous les autres qui se seraient souvenus des Juifs, à cause de leurs lectures bibliques, islamiques ou d’histoire occidentale.

Cette folie collective n'a rien d'exceptionnelle.  Afin de la susciter, cent cinquante générations de maîtres d’armes ont invoqué des dieux singeant l’homme, des héros hyperactifs, le pouvoir cru, l’éconologie, la dialectique, l’honneur national, la pureté de sang, le positivisme scientifique, « Je suis positif que vous ayez tort, » le nihilisme postmoderne et toute autre superstition impétueuse qu'ils ont pu fantasmer.   Le Nazisme ne fut qu’un de leurs échecs d’ingénierie sociale des plus spectaculaires ; il y en eut beaucoup plus auparavant et depuis.  Ils les ont tant fréquemment raté parce qu'ils ont ignoré le contexte clé du sacré.  Leur adoration adéquate aurait annulé leurs ambitions maladives et génocides favoris. 

En induisant ce sens d'indifférence morale et cette manque d'empathie à faire tourner la tête, ils ont négocié de manière de plus en plus convaincante en faveur d’un sans merci propre aux Nazis et d’un déterminisme fataliste du genre publié dans le livre morne d'Elias Canetti, Masse et puissance.  Leurs visions restreintes par la peur n’ont été qu’une succession de tentatives de simplifier l’effarante complexité de la réalité, en y broyant toute vie, beauté et révérence. 

Ces visionnaires illusionnés ont pu nous faillir jadis ; cela n’est pourtant pas une bonne raison de devenir crédophobes et cesser de croire en n'importe quoi : le chemin de retour le plus rapide au fascisme.  Quels qu’en soient les risques, nous devons cultiver nos dons de vision.

 

Je doute que quiconque étudierait un peu d'histoire puisse se servir de mots comme « humanitaires, humanistes et humains » en tant qu’analogues aux expressions « avec bonté, compatissants et simplement pas stupides d’ordinaire. »  Le comportement qui caractérise les êtres humains en masse, il est fondé sur l’application d’armes.  Cette masse a jusqu'à présent manqué de se rendre digne du titre d'éloge « civilisée. »  Les rassemblements humains n’ont adhéré au bien qu’après avoir épuisé toutes les potentialités du mal. 

Ce n’est pas surprenant.  Les chevronnés, les athlètes et les professionnels ne se rendent en véritables experts qu’une fois qu’ils aient raté chaque autre option systématiquement et à maintes reprises.  Ensuite doivent-ils accepter, au niveau intestinal, l’unique moyen supérieur de s’en sortir ; ils doivent l’exercer en dépit de fréquentes erreurs et irrégularités, jusqu’à ce qu’il ne se rende en automatisme.  Ainsi que l’humanité devra effectuer ses ultimes réussites paisibles, en dépit et à cause de ses erreurs d’armes en milliards d’exemplaires. 

Célébrer les athlétismes Olympiques ; célébrer la profonde pensée de l’Agora du monde paisible !

 

La soif humaine du sang est moins justifiable que celle d'un carnassier affamé.  Auschwitz est un monument typique du comportement d’êtres humains en masse : ses rituels meurtriers, reconstitués par toutes les nations enregistrées dans l’histoire―en plans légèrement diminués, peut-être, et un peu plus en pastorale, du moins la plupart du temps. 

Aucune nation ni croyance ne peut prétendre aux résultats propres.  Chaque culture en survie fut l'oeuvre de maniaques, de tyrans, de génocides et de leurs maîtres d’armes apologistes.  La masse bovine de l'humanité les toléra, eux et leurs cauchemars, comme des mouches de ver n’ayant qu’à recourir de fortuits coups de queue.  L'histoire a exalté les civilisations aux mains les plus sanglantes ; elle a effacé de la mémoire collective toutes les sociétés d’une paix exceptionnelle. 

Nos institutions d’armes colportent leur point de vue monolithique et catégorique à travers une vaste gamme de multimédias.  En piteuse poursuite d’une certitude parfaite, leurs maîtres d’armes ont tenté d’aspirer l’entièreté des vérités, des beautés et des mystères de la vie. 

Malgré les gémissements de cette logique à la tronçonneuse, ses certitudes brevetées ne sont que d’évidents mensonges au travers desquels tout enfant peut voir clair.  En effet, les petits discernent tout à fait clairement cette hypocrisie d’adulte.  Voici la raison que nous prenons tant de peines à leur briser l’esprit et les idéaux, tant qu'ils seront assez tendres et fragiles. 

Nous témoignons tous de ces contradictions, chaque jour.  Beaucoup de vérités officielles sont évidemment pires que leurs équivalentes repoussées.  Nos croyances sociales sont si odieuses que personne parmi leurs adhérents ne se donne la peine de séduire tous les partis.  Nous trouvons plus facile d’insulter, de terroriser et d’assassiner l'Autre—sinon de tolérer ceux qui le feront pour nous. 

Nous pourrions nettoyer notre loge de fond en comble, du moment que nous choisirions de démasquer ce lavage de cerveau s'éternisant depuis des siècles.  Une fois que nous adopterons la vérité et la non-violence comme nos inspirations fondamentales, l’expression « Apprentis » pourrait refléter notre avidité du bien (notre kalotropisme) et nous pourrions récupérer le titre de « civilisés. »

 

Nous devons défier deux autres mythes qui caractérisent la mentalité d’armes. 

D'après le premier de ces illusions subtiles, chacun doit satisfaire un idéal irréalisable de sainteté personnelle.  L’on ne peut espérer améliorer le terrain communal avant de s’être transformé en saint adéquat.  Chaque sous-entendu de faiblesse particulière confirme notre korruption kosmique

Personne ne peut réprouver la situation actuelle, sans d’abord convaincre son auditoire qu’il est un saint incontestable.  Si des responsables peuvent lui coller n’importe quelle accusation, ils pourront interdire son commentaire social.  Puisque tout le monde a quelque chose à cacher, personne ne peut rendre des comptes, sauf ceux dont les autorités seront amicales, leur protégeant d'attaques publiques.  N'importe qui les défierait sera à leur merci.  Voici qui convient parfaitement à la mentalité d'armes !

Ainsi, l'amélioration globale se rend impossible, du moins avant que tous ne se soient rendus en anges.  Entre-temps, asseyons-nous commodément sur nos mains et attendons que Jésus nous apporte le royaume du ciel sur un plateau d'argent.   Cela fait maintenant deux milles ans que nous nous attardons ainsi mollement.  Je me las d’attendre. 

Dans le livre de Jean 14, 2-3, Jésus dit : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.  Si cela n’était, vous aurai-je dit que j’y vais pour vous préparer une place ?  Et lorsque je m’en serai allé et vous aurai préparé les places, je reviendrai et vous prendrai avec moi, afin que là où je suis, vous y soyez aussi. »   Amen, mon frère.

Au demeurant, cette besogne doit assurément être la notre.  Je me renvois toujours au sermon de Jésus, des talents.  Le Maître nous a laissé une somme de monnaie.  Une fois de retour, Il sera plus satisfait de ceux qui l’auront augmenté, que de ceux qui l’ont enfouie afin de n’en rien perdre.  Il ne s’agit pas de se sauver l’âme en n’ayant rien fait d’autre, mais de prendre d’énormes risques afin de Lui gagner encore plus.

Entre-temps, aucun débouché salubre n’est permis pour notre frustration.  La terre en armes lui permet de s'envenimer dans nos poitrines, jusqu'à ce qu'elle puisse nous être puisée, à la Heimlich, en guerre.  Cette répression des comportements se multiplie avec la densité régulatrice.  Alors qu'un nombre croissant de fonctionnaires fouineurs ajustent les détails de notre vie, de moins en moins de terrain ne demeure où exprimer quoi que ce soit d’émancipé ou de risqué. 

Emmurés dans nos incapacités, nous picotons du mépris de soi ; maudissant la faute des autres, nous contemplons vengeance futile.  Nous nous offensons amèrement d’intrusions croissantes dans ce monde matériel, nous coûtant notre temps et nos atouts si limités.  Tandis que l’inspiration et la satisfaction se rendent de plus en plus distantes et théoriques, d’incontestables obligations et amendes sursautent autour de nous comme des fusées éclairantes.  Soumis en perpétuité, nous doublons et redoublons les chaînes de notre esclavage.  La malice se rend extrêmement tentante : elle paraît offrir quelque soulagement de ce train sans fin d'obligations et de compromis.  La présomption machinale de notre malice éventuelle, voici une autre justification pour nous pilonner.  Tôt ou tard souhaitons-nous qu’un vaste tourbillon ne renverse le tout et ne simplifie, une fois pour toutes, notre réalité.

La vie ne simplifie jamais, la mort le fait.  Rends-t’en compte.

D’innombrables jeunes anorexiques, toxicomanes et tentants au suicide, leurs bouts de nerfs enflammés à vif, ont lancé cette même lamentation non perçue : « Je ne suis pas ASSEZ BON pour négocier tout ça ! »  A quoi bon ?  Se débrouiller des demandes infinies d’un moralisme nul ?  Bien manier l’hyperactif raffinement des maux de la mentalité d’armes ? 

Tandis que nous, les adultes préstupéfiés, mûrissons dans la « maturité, » souffrons d’une paralysie d'analyse due au lavage de cerveau à l'hominem de l'orthodoxie, et châtions nos cadets idéalistes pour avoir osé franchir la seule piste approuvée : l’absolue mentalité d’armes.  Nous sommes convaincus que la mentalité paisible ne peut être assez « réaliste. »  Nous sommes supposés grandir et l'abandonner.  

Grandis et embrasse la paix : je t’en défi.

À vrai dire, nous sommes les meilleures personnes que nous pouvons être : les ultimes chef-d’œuvres de l’univers, de l’ADN et de Dieu.  Accommode-toi à cela : il n’y a personne de meilleure que toi ; personne ne peut prendre ta place et réaliser meilleure besogne.  Il ne devrait y avoir aucun besoin de perfectionnement radical en particulier, avant que nos institutions radicalement améliorées ne soutiennent de tels efforts individuels, sans contradiction ni démentie systématique.  Comment parvenir autrement, même après mille milliards de réincarnations ?

Le deuxième fâcheux mythe d’armes, il absout nos institutions.  À la différence des individus, nos institutions courantes sont sacrées, émancipées d’erreur, opaques à l’analyse et exemptes d'amélioration … sauf tous les quelques siècles, durant de brusques paroxysmes de révolution sanglante. 

Même dans les pays prééminents, la méthode approuvée d'exprimer notre désapprobation politique des pires gaffes institutionnelles, demeure une marche de protestation : parfaitement bête, bovine et insignifiante sinon nuisible.  Si le sujet en question est d’une importance quelconque, ce rassemblement aboutira en émeute de police : encore d’autres gros titres de propagande en faveur d’institutions balourdes. 

Par exemple, la démonstration de Seattle en 1999, contre l'organisation mondiale du commerce, fut signalée avoir induit « des millions de dollars de dégâts. »  Tous ces dégâts furent attribués à la conduite tapageuse de ce qui s’est prouvé une foule parfaitement légitime de protestataires moyens se comportant fort bourgeoisement, du moins avant que la police ne les ait refoulés. 

En fait, quelques vandales boutonneux ont pu casser des vitrines, mettre le feu à une benne ou deux d’ordures et renverser quelques voitures, dans leur actualisation sur le plan réel du jeu vidéo L’anarchie au drapeau noire.  Leurs dégâts n'ont tout au plus surpassé deux cent mille dollars de valeur contemporaine.  J'étais là, tant durant qu’après, et j’ai tout vu.  J'ai appelé ensuite chez les journaux, et leur ai défié d’énumérer ces célèbres « millions de dollars de dégâts. »  Personne ne s'est donné la peine de rendre mon coup de file et personne que j'ai pu trouver n’a rédigé un exact compte rendu de ces dégâts. 

Néanmoins, cette émeute policière à Seattle en 1999 s’est déchue dans l'histoire officielle comme une vicieuse attaque de la part des masses, à l’encontre de la propriété et la conformité.  Exactement la même chose s’est passée à Seattle en 1968, lors d’une grande démonstration pacifiste contre la guerre au Vietnam : son reportage pareillement fautif.

Est-ce donc comment les principaux événements sont commémorés dans les médias de l’histoire orthodoxe ?   Je ne puis que conclure : « La vache !  Quel système raffiné de renseignement politique ! » Voir Apprendre à danser, pour l’option des Apprentis.

 

« Rend à César ce qui appartient à César. »  Bien sûr, cette citation biblique pourrait autant bien dire que César ne possède rien et que rien ne lui est dû.  Après tout, quelle autorité César peut-il nous quémander, comparé à celle de Dieu ?  Le sens contraire dérape nos sens : des maîtres d’armes idolâtrent Son casier de torture et noient en sang Ses idéaux sacrés : sang symbolique sinon trop véritable, prends ton choix. 

À quoi d’autre devons-nous nous attendre du christianisme d’armes : ce vénérable programme de soulagement pour des désespérés exaucés ?  Quant à cette hypocrisie furtive, les autres religions mondiales ne s’attardent pas loin en arrière.   Les religions d'abnégation rendent grand service à la mentalité d’armes : elles en aliènent les meilleurs, en isolant leur esprit de la vie politique et en leur contentant de fausses contemplations mystiques.  Les seules religions plus ignobles que celles qui encouragent les gens à abandonner le monde réel, sont celles qui les encouragent à simplifier le monde actuel au moyen de suppléments de violence.

Mais l’essentielle bonté de ces religions leur permit de survivre, nonobstant leurs erreurs et hypocrisies accrues en soutenant la terre en armes, puis en étant aggravées.  Les bonnes politiques et religions fleuriraient ensemble, au monde paisible, chacune servant à renforcer la bonté dans l’autre, aussi pour prévenir ses méfaits.

 

Les fonctionnaires gouvernementaux aiment à administrer de ronflants serments.  La plus désagréable l'institution, le plus grondant son serment de fidélité et le plus souvent qu’il doit être invoqué.  Hitler fut un grand enthousiaste de vigoureuses cérémonies de prise de serment qui l’ont attaché à ses gens de façon plus attentive, jusqu’à leur ultime destruction.  Il est certes plus facile d'obtenir que des gens s’assassinent, pourvu qu'on leur fasse prêter serment de le faire d'avance. 

Toutes les communautés d’armes glorifient ce dévouement suicidaire.  La propagande de Prisme contredit des principes « de vivre et de laisser vivre » que tout le monde reconnaît supérieurs.  Paul Lackman constate les kamikazes et les suicides collectifs des Japonais durant la seconde guerre mondiale ; pourtant devons-nous inclure toutes les tendances sacrificatoires provenant de la mentalité d’armes : toutes foncièrement interchangeables.

Dans quel état d’esprit devrais-tu te mettre afin de larguer une grosse bombe au milieu d’une ville affairée ?  Imagine-toi volant par-dessus cette métropole.  La vois-tu clairement ?  Maintenant, lâche ta bombe.  Tu aurais dû être dingue.  Tu ne serais qu’un terroriste enragé, rendu au désespoir par toute une vie de souffrances et d’humiliations ; sinon un pilote militaire talentueux, courageux et dévoué, accomplissant ton service militaire en échange de ta réalisation de l’amour du pilotage.  

L’aboutissement serait pareil : un champ de destruction embrasée, plein de corps en lambeaux et de débris à nous de nettoyer ensuite, le cœur brisé et au montant énorme.  Un gâchis total, de toute façon.  Comme s’il n’y eut aucune pauvreté dans ce monde, comme si nous jouissions d’assez de richesse et de bonne volonté en surplus pour pouvoir en gaspiller ainsi.

La culture moderne révère des nobles guerriers qui poursuivent leurs privations, endurent des tortures avec stoïcisme et tiennent bon sur leurs dernières positions, contre des forces irrésistibles.  Ils doivent violer à sang froid des lois fondamentales de l’humanité, sont sacrés parce qu’ils ont outrepassé la moralité du bon sens. 

D’une manière ou d’une autre, nos institutions induisent sans opposition la souffrance des masses.  Leurs victimes sont déshumanisées et distancées de l’actualité.  Par convention, les individus sont remplaçables et les institutions, elles, irremplaçables.

Les ordres de la gestion paisible seraient exactement contraires.  Chaque individu est une précieuse dynamo de bonté et de mauvaises démarches.  Nous devons développer et modifier de nouveaux instruments sociaux afin de magnifier ces bons traits et canaliser les pires dans des jeux et pièces de théâtre à demi inoffensifs.

 

Malgré les interventions sacrées de Moïse, Bouddha, Jésus et Mahomet, la PROPORTION des bonnes et des mauvaises conduites humaines n'a jamais semblé changer durant toute l’histoire.  Les bons païens de naguère furent les égaux en bonté et en nombres proportionnels aux bons croyants d’aujourd'hui ; les vicieux païens, proportionnellement tant nombreux et nauséabonds que les extrémistes religieux et idéologiques d'aujourd'hui.  Le sacrifice humain qu’ils réclament aujourd’hui, en jihad et en guerres saintes et idéologiques, ce n’est qu’une continuation institutionnelle du sacrifice humain qu’ils pratiquèrent jadis en personne et aux mains sanglantes.  Autant hier qu’aujourd’hui, beaucoup de non-croyants, d’athées dévots et de pratiquants d’éthiques situationnistes ont recensé par où le zéphyr soufflait. 

Ainsi n'aurions-nous jamais su modifier la moyenne des actions humaines, pour autant les bonnes que les mauvaises.  Aucun de nos saints ne l'a réalisé ni nos prophètes ni nos sauveurs, et je doute que personne d'autre ne puisse le réussir.  Et alors ? 

Toutefois pourrions-nous traduire la QUALITÉ de nos comportements vers le bon ou le mauvais sens du spectre éthique.  Nous pourrions fortifier les articles des droits humains, par exemple, et pousser notre société vers une éthique améliorée ; sinon faire marche arrière, au génocide officiel et à l’esclavage légal, et refouler davantage de gens et de décisions vers le mal. 

Thomas Jefferson s’assujettit aux abus et à l’hypocrisie de l'esclavage.  En souffrant de ce fardeau, il fut moindre homme que le bigot le plus fanatique, une fois que l'esclavage serait aboli.  Ainsi de même pourrions-nous demeurer exactement les mêmes personnes que nous sommes aujourd'hui, et pourtant nous rendre en meilleurs praticiens du bien, en remplaçant simplement nos institutions d’armes, par des instruments plus raisonnables de paix. 

Des instruments valides INVITENT la critique et ses transformations.  Il n'y a aucune bonté irréductible dans nos institutions ; nous les avons simplement adoptées pour le moment.  Elles méritent moins de dévouement que des anneaux féeriques de champignons poussant parmi des chênes de druides.  Des institutions trop longtemps incontestées ont tendance à s’attiser d’égoïstes parasites et d’idiots autoritaires ; ratent-elles leur but de plus en plus spectaculairement au passage du temps.

Toi, moi, TOUT LE MONDE : nous sommes tous directement responsables du progrès.  La salubrité de notre conscience morale ne fait aucune exception … contrairement à nos institutions maladives qui, elles, nous proposent des exceptions en série.  Dès qu’une institution se rend si inflexible qu'elle facilite le mal, elle doit être exposée aux corrections immédiates et consécutives.  Ses malfaiteurs adjoints doivent être bannis du pouvoir institutionnel, du moment qu’ils commencent à improviser sur les thèmes : « Nous n'étions pas les responsables ; nous suivions tout simplement les règlements, la politique, les directives de profit, la concurrence, etc. »

 

« Peu de pratiques sont plus révélatrices de l'homme guerrier, que sa tendance à escamoter sa part dans les souffrances et les tragédies qu'il inflige… Comment les hommes peuvent-ils perpétrer, nonchalamment en groupes, des actes qui les tourmenteraient au-delà de l’endurance s’ils les entreprirent tout seuls ? …

« Assis dans nos salons et écartés de l'action et des passions, nous préférions en grande partie croire que nous ne céderions plus jamais aux anciennes haines.  Du point de vue historique, notre succès à endiguer cette marée n'a pas été bon …

« Peut-être même pire, peu d’entre nous ne sachons à quel point la crainte et la brutalité pourraient nous transformer en créatures prises au piège, apprêtées aux croques et aux griffes.  Si la guerre m'a enseigné quoi que ce soit, elle m'a convaincu que les gens ne sont pas ce qu’elles semblent être ni même ce qu’elles se croient d’être.  Rien n'est plus tentant, quand advient la peur, que d’abdiquer à la dominance de la nécessité et d’agir aux ordres d'autrui de manière irresponsable.  Nous parlons facilement de la liberté et de la responsabilité, sans presque jamais reconnaître le courage de fer exigé pour les rendre efficaces en notre vie. » J. Glenn Davis, Les guerriers : Réflexions sur les hommes en bataille, Harcourt, Brace et Co., New York, 1959, pp. 168-169.

 

Au lendemain que les conquérants Nazis ont ordonné aux Danois juifs de coudre une étoile jaune sur leurs habits, le roi du Danemark prit sa chevauchée matinale en la portant.  Nombreux ceux parmi ses sujets qui ont suivi son noble exemple et ainsi rétabli l’honneur de leur nation défaite. 

Voici une légende magnifique.  Très souvent, durant l’occupation allemande, le roi, Christian X, fit à cheval et sans escorte sa promenade matinale en ville afin de demeurer en bon contact avec son peuple.  Les Allemands n’ont jamais imposé l’étoile jaune aux Danois juifs, mais à ceux ailleurs. 

Bien rares les non juifs s’étant mis ce tricot fatal.

Le fait demeure que presque tous les Danois juifs furent dérobés en Suède et sa sécurité relative, sous le museau flairant des Nazis.  Les Danois en général ont conclu que si les Nazis avaient imposé l’étoile jaune, leur roi l’eut porté en premier.  Si nous pouvions nous assurer que tous les rois seraient tant honorables, APPRENTIS seraient partisans de la monarchie.  À vrai dire, une noblesse internationale et intégralement digne de se nom, serait encouragée au monde en paix.

Quand tu affrontes le dilemme ordinaire d’obéir aux règlements ou de rendre la main à quelqu'un sans nuire aux autres, entreprends le second avec conviction.  Si tu surveilles de telles personnes, protége leur obligation de faire du bien.  Si ces décisions étaient banales, beaucoup de règlements protecteurs deviendraient redondants.  Si les employés criminels d'une institution quelconque sont incapables de décrasser leurs démarches, ils ne peuvent plus réclamer notre appui.  Dépourvus de notre appui, leurs institutions préférées s'écrouleraient … sans égare au niveau de terreur qu’elles pourraient inspirer.

 

Nous habitons une scène globale incroyablement délabrée.  Regarde-moi ça !  Elle nous réclame une amélioration saisissante. 

Le fantôme revenant de Sir Lawrence Olivier pourrait recruter ses acteurs favoris en une troupe de bourreaux de travail brillants et obsédés de perfection théâtrale ; ces braves pourraient se taper des années à répéter leurs scènes, et des mois en plus à parfaire leur costume.  Si, cependant, leur présentation de Falstaff eut lieu dans une benne à ordures renfermée, leur rendement en serait endommagé, peu importe leur élan.  

On m'a répondu, pour se marrer un peu à mon compte, que s’aurait valu le coup d'assister à ce triste spectacle.  Comme leçon morose de bonne moralité, peut-être ?   Moi, je préférerai assister à leur Shakespeare joué quasi-parfaitement sur une scène excellente.

Leurrés par la mentalité d’armes, nous avons gaspillé des vies entières à régler précisément notre perfection particulière, au centre d’un camp de concentration global.  Une fois que notre poursuite de l’Apprentissage, de l’abondance, de la justice et la nature, transformera cette benne à ordures de terre en armes en un monde paisible digne de notre génie – et seulement alors – notre quête d’auto perfection sera en mesure de porter fruit.  Entre temps gaspillons-nous des vies précieuses en échange de palliatifs triviaux et d’une sainteté bien largable, tout simplement pour nous sentir un peu mieux, malgré notre faillite intégrale.

La preuve réside dans les derniers milliers d’années de l'histoire.  Mal lisant les instructions de nos prophètes, nous n'avons rien poursuivi de façon zélée que notre sainteté particulière.  En dépit de cette quête incessante, nous avons ruiné notre moralité, gâché nos schémas sociaux et invité chez nous le désastre militaire, afin de ruiner notre festin de fin de semaine.  

Il n’y a pas de quoi se marrer.

Quand nos institutions encouragent le mal (comme le fit l'esclavage), elles nous mènent à empirer l’esprit commun malgré nos meilleures intentions.  Une fois que nos institutions nous exigeront de mieux faire – et cela de plus en plus souvent, libéré de paradoxes et sans compromis – nous nous comporterons mieux, sans grand besoin d’extraordinaires perfectionnements particuliers.  Nous découvrirons qui nous sommes, en réalité : des êtres parfaitement adaptés à vivre ensemble en paix et en harmonie, soit nos faiblesses transitoires.  Une fois que nos institutions se parachèveront, nous trouverons notre poursuite de sainteté particulière étonnamment bien avancée.

Ce renversement funeste de priorités personnelles et institutionnelles, survient des distorsions usuelles de notre perspective historique.  Selon cet abord commun, nos institutions nous semblent comme des corniches monolithiques de granite, soigneusement sculptées et polies le long de siècles d’essais et d’erreurs.  En revanche, chaque vie mortelle nous paraît aussi éphémère et transitoire que la première goutte de pluie sur une toile de zinc ensoleillée.  Il paraît plus judicieux de doter nos institutions de qualités catégoriques de permanence et de perfection, et d’agacer nos esprits périssables avec des adjurations à n’en plus finir de perfectionnement particulier.

Les Apprentis renverseront ces attributs.  Nos institutions sont des bouche-trous fragiles et éphémères que nous avons gréés, ces derniers siècles, pour mieux nous débrouiller ; tandis que nos traits humains ont pris des millions d'années pour nous adapter parfaitement à ce monde et à l’un l’autre.  Nous pourrions transformer nos institutions, dans quelques semaines, mois ou années ; mais la tâche de changer (d’améliorer) la nature humaine nous semblerait comme de broyer Mont Blanc avec une brosse à dents.

Le problème demeure : comment améliorer nos institutions de façon paisible et donc par consentement quasi-universel ?  Nous devons recruter tous ceux s’étant rendus au désespoir, et poursuivre le consentement de ceux ayant fabulé d’avoir quelque chose de considérable à perdre dans cette transformation. 

Comment éviter de régler tout ça, avec, par et pour l'épée ?

 

Il ne nous reste qu’une alternative aux appâts de l'antinomie d’armes et de paix, c'est-à-dire le monde paisible.  Nous devons infuser notre constellation de métaphores politiques avec des vocabulaire et dialectique supérieures.  Pour la première fois dans l’histoire, nous devons strictement suivre le train de nos propos (au lieu de parler dans un sens et d’agir en sens inverse), et reléguer nos technologies et mentalités d’armes au statut résiduel.

   

« Les êtres humains n'habitent pas un monde objectif tout seul ni tout seul le monde des activités sociales, comme compris d’ordinaire, mais sont plutôt à la merci de la langue particulière qui s’est rendue la mode d'expression de leur société.  Au fait, le « monde véritable » est en grande partie échafaudé, de façon inconsciente, sur les habitudes de parler du groupe. » Edward Sapir, « Le Statut de la Linguistique en tant que science » “The Status of Linguistics as a Science,” Language (Charlottesville, Virginia: Linguistic Society of America), vol. 5 (1929), p. 209.

 

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