- LA SURVIE DARWINIENNE DES PLUS FATALS -

ENGLISH VERSION                              

 

SOMMAIRE D’APPRENTIS    INTRO ET VOCABULAIRE

 

    Tout le long de l'histoire, des maîtres d'armes ont suffoqué la mentalité paisible et revivifié celle d’armes.  L'histoire enregistrée, ce n’est que la glorification constamment republiée d’états d'armes.  Si jamais une civilisation entièrement paisible n’ait existé, elle disparut : épongée de l’histoire et donc « préhistorique. » 

Les directeurs d'armes pressentent qu’une surabondance de technologie paisible réduirait l’effort correspondant d’armes, bien moins attrayant.  Leur conclusion : pourvu qu’une gérance paisible allouerait trop de ressources aux marchandises et services non militaires, les demandes populaires d’une prospérité égalitaire surpasseraient leurs méthodes balourdes de commande sociale.  Ils craignent que la paix ne ramollisse le gros populo, ne le rende moins combatif : plus raffiné, cosmopolite et décadent, au lieu.   Selon eux, la seule acceptable option à la révolte et la guerre serait l’application d’une technologie minime de paix―souligne le mot minime.   La paix accoutume les gens à résoudre leurs différences tranquillement ; trop d'agression les dérange.  Les maîtres d'armes protestent, « Faute de réprimer cette décadence, nous serons envahis par des barbares d'armes ! » 

La pauvreté martiale et la brutalité hiérarchique ne sont que les revers de l'abondance paisible et du pacifisme vulnérable. 

La prévision infâme que propose Francis Fukuyama, dans son livre, La fin de l'histoire, pourrait advenir de façon qu’il ne devinerait ni désirerait le moins.  Le Reich de milles ans qu’il vénère, de la mentalité d'armes, s'effondrera sous son fardeau de contradictions, sinon en holocauste d’omnicide, en transformation paisible aux mains des Apprentis. 

 

Supposons que nous explorions une planète lointaine.  Elle serait toute comme la notre, sauf que son climat serait si tropical que des ouragans y souffleraient de temps en temps à près de cinq cents KMH.  Nos véhicules expéditionnaires devraient s'ancrer à la roche, quand ces vents feront rage, bien que notre logistique d’une avarice interstellaire dicte que ces véhicules soient aussi légers que des plumes, agiles et économes en combustible. 

Stationnaire ou poids plume ?  Cette condition paradoxale forme une antinomie qui se contredit dans toutes les dimensions du problème.  La résolution de ces deux problèmes dans la même conception, produira un monstre qui s’abreuvera au carburant et qui dégringolera dès la troisième rafale sérieuse.

L’antinomie d’armes et de paix est entièrement analogue.

 

Imaginons-nous transportés dans une jungle verdoyant, mais autrement vide.  Déchargeons au-dedans deux variétés de lézard : des lézards bariolés en vert chiné (« cammo » : des technologies d'armes), et des lézards en orange éblouissant (« day-glo » : des technologies paisibles.)  Les lézards day-glo sont gras, végétariens et aimables ; ceux cammos, rapides, venimeux et vicieux.  Quoiqu’ils s’entremultiplient avec ferveur égale, les lézards cammo développent un goût cannibale pour la chair et les oeufs day-glo.

 Après quelques milliers d’années, combien survivront de lézards day-glo ?  Combien persistera d'ADN day-glo parmi les lézards cammo ?  Les caractéristiques cammo marqueront tous les survivants. 

La dominance de la mentalité d'armes n'est pas principalement due à une conspiration sinistre entre quelques malfaiteurs psychopathes (bien que cela se produise, aussi) ni plus que seraient des crocs davantage aigus parmi ces lézards survivants.  Comme eux, nous collaborons tous avec le paradigme prévalant : dans notre cas, la mentalité d'armes ; dissemblablement pourrions-nous cesser de conspirer avec cette terre en armes, sinon transformer la contexture de notre conspiration, en un monde paisible. 

C’est aussi simple que ça.  Cela exigerait que nous nous mettions tous d’accord, à quelques exceptions près, durant la même génération.  Pour la première fois dans l'histoire, nous disposons de toutes les voies de transmission, infrastructures paisibles et identifications mutuelles nécessaires pour l’entreprendre. 

Notre problème, c'est qu'en aurions-nous le cran ?

 

Cherchons une illustration plus ardente.  Supposons que l'atmosphère détenait une légère augmentation d'oxygène : les feux s’y embraseraient spontanément et brûleraient plus ardemment. 

La lutte contre l'incendie serait la préoccupation principale des élites : le devoir des dignitaires et l'obligation du petit bonhomme.  Les manœuvres de base contre l'incendie seraient praticables par tout le monde : des enfants en bas âge aux vielles personnes, tous en seraient capables dans leur sommeil.  Les nouveaux-nés, animés en vie par le toucher d’un fer chauffé au rouge, commenceraient à s’instruire des détails de la gestion du feu, dès leur premier souffle de vie.  En médecine, les guérisseurs les plus doués seraient des pyrologues soignant des brûlures.

Les écoles, les médias et la culture populaire : tous hyper raffineraient cette réalité combustible, en cycles hypnotiques de répétition par coeur.  Le feu serait décrit par des centaines d’expressions supplémentaires.  La littérature et les mythes se raidiraient de contes inspirateurs, des héros de la lutte contre l'incendie.  La technologie antifeu traditionnelle engloutirait les budgets nationaux ; elle tordrait le développement, la planification et l’architecture.  Des tabous compulsifs colmateraient les technologies à grande énergie, de la fabrique des allumettes à l'énergie nucléaire.  La maçonnerie, la métallurgie froide et le sculptage des cavernes remplaceraient toutes les charpenteries.  L'amiante, ses risques sanitaires ignorés, vaudrait son poids en or.  L’élevage des plantes à racine pourrait remplacer celui de plantes alimentaires qui poussent trop vulnérables par-dessus terre. 

Leurs gouvernements (chacun retenant sa manière favorite de combattre le feu) pourraient prétendre qu’ils ne consacrent qu’un petit pourcentage de leur produit brut national au contrôle du feu.  Jamais ne parviendraient-ils à signaler les fortunes s’étant envolés en flammes durant d’intermittents ouragans de feu ; et ses sommes titanesques ne dissimuleraient à peine les coûts cachés et sacrifices particuliers qu’eurent à accroître leurs citoyens. 

De temps en temps, la vraie menace de conflagration tenterait ces gens-là à pétarder la majeure partie de leur infrastructure, de façon préventive.  Peut-être se sacrifieraient-ils entre eux, en soumission tremblante à leurs dieu(x) et idéologies pyromanes ?  Les feux d’enfers religieux brûleraient d’une froideur encore plus flamboyante, dans l’imagination fanatique―encore plus que dans la notre, du reste…

En tant qu’observateurs étrangers, nous nous foulerions les jambes entre des contradictions sociales et frais sociaux que ces locaux trouveraient parfaitement ordinaires. 

À partir de maintenant, considère-moi comme un observateur aliéné de cette terre, comme doivent se sentir beaucoup d’autres Apprentis.  Ce chaos terrestre n’à rien avoir avec nous autres Apprentis, sauf en nous accordant le rôle d’observateurs isolés et guérisseurs amateurs, planqués au pied du mur de cette terre de primates meurtriers.  Apprentis : je vous prie d’accepter mon invitation au sauvetage de votre âme, quoique transpire de cette pagaille—mon humble offrande à me frères et sœurs Apprentis ci piégés. 

De notre perspective, ce monde semblerait fort déformé : ses indigènes, agissant au gré d’horripilantes contraintes.  Néanmoins trouveraient-ils tout cela parfaitement normal. 

Quelques indigènes plus éclairés pourraient décrier les demandes les plus extravagantes de l'orthodoxie de la lutte contre l'incendie ; suggèreraient-ils poliment, peut-être, que le sacrifice humain dut avoir lieu moins souvent.  Mais aucun argument ne tirerait des majorités pépères du confort familier de leurs préjudices.  Et la résistance la plus sophistiquée à l’encontre de toute transformation radicale ?  Elle proviendrait des « progressistes » indigènes, auto-immunisés de toute transformation salutaire par leur pré-analyse intensive des raisonnements au cliché du passé. 

Même si l’on pouvait leur démontrer que la concentration d'oxygène atmosphérique s’était mise en baisse et que tous leurs préjugés et pratiques s’étaient rendus désuets, résisteraient-ils toujours à ces propos, par habitude fainéante, crainte imaginaire et inertie mentale.  La crainte du feu tordrait tous leurs arrangements sociaux – sans que personne ne s’en intéresse – comme notre crainte de l'agression militaire pervertit les nôtres.  Nous nous accrochons à nos réflexes guerroyants, ainsi qu’ils s’accrocheraient à leurs réflexes antiflammes.

 

Un autre exemple.  Supposons que tu fus le chef d’un clan barbare qui vint juste de conquérir une civilisation antique.  Pour commencer, tu ignorerais l’accomplissement culturel de tes victimes.  Même si tu fus assez sage pour ordonner que les clercs ennemis soient interrogés et leurs livres te soient lus en privé, jetterais-tu dehors la majeure partie de cet inutile charabia.  Ta curiosité frustrée pourrait te faire sembler sot devant tes lieutenants, les doucereuses manières citadines, nuire à l'esprit combatif de tes guerriers, et cette tradition indigène, fusionner l’opposition populaire en bandes de guérilleros libérateurs. 

Tu t’assurerais donc que cette culture écrite disparut avec son cadre instructif, par négligence et conception.  Tu terroriserais, asservirais et surchargerais les gens locales, afin qu’elles perdissent la volonté d'enseigner leurs enfants pour tout autre engagement que tes champs de laboure et places d’armes.  Apprendre sa littérature, sa religion, son histoire et ses mythes, cela deviendrait un méfait capital.   Voici comment des conquérants nomades se sont distancés de leurs victimes, par ignorance et ségrégation ; ainsi ont-ils rendu l'esprit et la lettre de leur loi.  De notre loi. 

Les clans guerriers ont dominé chaque civilisation urbaine, tant qu'ils ont pu maintenir leurs façons simples de nomade.  Les champs irrigués étaient inhospitaliers aux troupeaux nomades, et les douces habitudes urbaines incitaient de la décadence militaire.   Par conséquent, ces champs furent rasés ; des systèmes d'irrigation, ouverts en brèche ; et des grandes villes, détruites de façon régulière.  Qu’une petite fraction portative des richesses urbaines fut pillée ; seuls préservés, les livres servant le mieux à la mentalité d'armes.  Le restant fut calciné et lessivé en sang – y compris de nombreuses archives inestimables, technologies et techniciens paisibles : tous oubliés depuis.

 

Nos sociétés n’adoptent qu’à grand péril la mentalité d'armes.  Des normes inférieures de vie, des impôts astronomiques et des cultes de répression engendrent une superstratification d’hiérarchies de classe, de bigoterie militante, d'arrogance institutionnelle et de folie en escalade : le tout entraînant une croissance explosive de populations pénales et des tsunamis de corruption. 

La société réagit à ces irritants, comme le ferait une colonie dérangée d'abeilles : le prolétariat, rendu irascible par ces contradictions, côtoie de nouvelles proto-élites souhaitant de se révolter, et ses réflexes d'attaque repartent à toute vitesse. 

Les élites de bataille s’arrentent d’habitude en mercenaire, afin de protéger l'élite d'information, mais à condition que cela leur apporte d’énormes bénéfices.  Une fois que les affaires commencent à sérieusement se gâter pour l'élite d'information, de plus en plus d’élites de bataille rejoignent la proto-élite (cellule révolutionnaire) la plus malveillante qu'elles peuvent trouver.

La guerre offre au mécontentement populaire une grande avenue de sorti.  Avec étonnante facilité, des élites d'info peuvent se dissocier de la responsabilité des maux sociétaux dont elles-mêmes sont responsables, et la rendre aux ennemis convenus, internes comme externes.  Un prolétariat d'information en guerre, se soumet à ses élites, jusqu’à ce que celles-ci le convainquent qu’il ait gagné sinon qu’il eut saigné à blanc.  Spectateur passif d’affrontements gouvernementaux à l’encontre d’inoffensives minorités et d’étrangers innocents, ce prolétariat d'info se rend tour à tour dégoûté, terrorisé, soulagé, fasciné, unifié, enrégimenté et finalement inspiré à entreprendre plus de crimes contre l'humanité.

Des attaques d'étrangers contre la population dite « civile » renforcent sa résolution de résister.  N’importe que ces incursions soient entreprises par de puantes hordes en cavalcade, des flottes de bombardiers luisants ou des terroristes aux yeux de fou : ces assauts augmenteront la tolérance prolétarienne des faillites de son élite. 

Cette mentalité de siège réduit les opportunités d’une dissidence efficace.  Les élites d'info galvanisent souvent cet appui populaire passif, en invitant de la terreur domestique et en organisant des aventures internationales ; elles tiennent en otage leurs combattants non armés (civiles) en contrôlant leurs aïeux au service militaire, et vice versa.

Voici la marotte, ici aux USA.  Puisque presque personne n’a de penchant pour la guerre, l’on déclenche des guerres inutiles (aussi profitables pour des goules d’armes que pénibles pour les troupes et coûteux pour leurs aïeux civiles), puis on attaque les civiles douteux, pour avoir refusé d’en rendre l’appui moral. L’on nous indique que nous devons soutenir « nos combattants sacrificatoires, sinon cette guerre particulière. »  Si tu es contre la guerre, tu es contre les troupes ; si tu es contre les troupes, tu n’es pas assez patriotique et n’as plus droit de critiquer cette guerre.  Paralogisme meurtrier.

Qu’adviendrait-il si l’on aménageait une guerre à laquelle personne n’assisterait ?  What if they gave a war and nobody came?”

 

La thèse inachevée de Carroll Quigley, L'évolution des civilisations : Une introduction à l'analyse historique (New York, Macmillan Company, 1961) nous fournit une excellente lecture historique.  De ses pages 50 à 62, celui-ci contraste :

 

·     des INSTRUMENTS, des organisations sociales qui accomplissent leurs mandats de façon efficace, avec

·     des INSTITUTIONS, dont les membres adoptent des buts illégitimes.

 

Quelques chefs institutionnels abandonnent leur mandat instrumental, par faiblesse personnelle ; d'autres se concentrent trop sur leur propre contribution.  « Le but de la discipline militaire, c’est de bien cirer les chaussures et bien rendre le salut aux supérieurs.  Le but de l’entraînement militaire, c’est d’éliminer les accidents. »  Souvent se rendent-ils à la fainéantise, la médiocrité, la négligence, l’avarice et la simonie, sinon aux précédents inférieurs.  D'autres fois refusent-ils d'accepter des nouvelles formations, équipements ou circonstances.  D’autres, souvent les plus puissants, sont tout simplement corrompus.

En outre, la plupart de ces problèmes sont en grande partie résolus par le premier incrément d'énergie employé dans sa résolution, le restant exige encore plus d’énergie, et la résolution des derniers détails en exige une infinitude : tout comme pour pousser un objet à la vitesse lumière avec un actionnement de masse newtonienne. 

Afin de mieux répondre au progrès, aucun besoin de résoudre nos problèmes jusqu’à leurs ultimes détails ; s’agirait-il plutôt de les redéfinir afin de renouveler leur incrément initial de résolution énergétique, de façon plus efficace, puis redéfinir ce problème, le résoudre efficacement, et ainsi de suite.

Tandis que des instruments sociaux se délabrent en institutions, faute de ce redéfinis, leurs chefs malmènent de plus en plus d’effort, mais profitent de résultats de moins en moins satisfaisants ; ils ignorent des nouvelles trouvailles et empirent les erreurs du passé.  L'empaquetage et les intentions deviennent plus importants que le contenu et les résultats. 

Trois phénomènes résultent de cette « tension de développement. »

 

·     Des institutions en faillite cèdent à la RÉACTION.  Ce résultat réactionnaire enroule des antagonistes dans des cycles vicieux d'injustice, de dissidence et de suppression.

·     Ils SE REFORMENT en instruments viables.  Des chefs de secours succèdent aux médiocrités inefficaces, et leur instrument renouvelé se rend plus honnête et compétent.

·     Des nouveaux instruments assument l’authentique pouvoir, par CIRCONVENTION, en laissant aux anciennes institutions des fonctions cérémonielles et superficielles.  Par exemple, un parlement outrepasse sa monarchie dégénérée et la limite aux défilés annuels et aux reconstitutions historiques ; sinon, l’empereur romain intimide les membres du Sénat, tout en lui attribuant de nombreuses distinctions coutumières (comme le fit le presque empereur Marius.)

 

Des directeurs d'armes ont affirmé que la corporation d’entreprise soit la forme la plus désintéressée d’organisation sociale ; ils ont conclu que la stabilité gouvernementale exige le désintérêt public, encore plus que tout autre attribut.  Je me demande qui aurait promu leur recherche ? 

Pour que cette disposition puisse durer, ces sociétés commerçantes doivent détenir tous les droits de l’individu : les libertés d’expression et d'assemblée ; puis immunité de toute responsabilité criminelle, à moins qu’elle ne soit prouvée en cour de loi ; puis des millions de fois plus de richesses et de pouvoirs que ceux appartenant à l’individu, sans vulnérabilité ni responsabilité correspondante.  Enfin, une existence continue et illimitée, au lieu de notre mortalité commune.  En bref doivent-elles se rendre en monarchies organisationnelles.  Vive le Roi Cola !

Selon leur évaluation, les biens sociétaux les plus essentiels doivent être un électorat apathique, mal éduqué et motivé, puis l'infrastructure politique injustifiée mais requise pour le former.  Voici la tentative la plus récente, de ces réactionnaires, de simplifier à nouveau notre terrain politique aux normes médiévales.

 

Voici sur quoi APPRENTIS insistent : ce n’est pas le désintérêt dont nous ayons le plus grand besoin ni des raisonnements particulièrement raffinés, mais de la PASSION.

 

« Le cœur accepte la conclusion dont l'intellect trouve ensuite le raisonnement.  L'argument suit à la conviction.  L'homme trouve souvent des raisons à l'appui de ce qu’il fait sinon de ce qu’il veut faire. » Citation de Gandhi, de L’inde jeune (journal hebdomadaire), Navajivan, 1919-32.  Pris de La pensée morale et politique de Gandhi, écrite par Raghavan Iyer, publié par  Oxford University, Londres, 1973, p. 18.

 

Le désintérêt humain n'existe pas.  Nos intérêts perçus en particulier, nous tirent là où elles veulent, y compris à l'extinction en masse.  Quand nous abandonnons nos authentiques intérêts et succombons à la panique mortelle, nous nous soumettons à l'avarice, à l'arrogance, à la poltronnerie, au démenti et au sadisme—à vrai dire, au schadenfreude.  Souffrant d’hiérarchies périodiques de caporaux vicieux, les Allemands ont inventé ce terme afin d’énoncer le sombre plaisir que prennent certaines personnes dans le malheur d’autrui.  De telles sont plus contentes en affligeant des gens gravement, sinon en savourant leur souffrance à tierces mains. 

Les Russes ont une expression équivalente : zloradtsvo.  Le philosophe russe, Pyotr Chaadeyev, en écrit durant le dix-neuvième siècle :

 

« Nous sommes un peuple exceptionnel ; nous sommes parmi ces nations qui, pour ainsi dire, ne sont pas des membres de l’humanité, mais qui n’existent qu’afin de rendre au monde une terrible leçon. »

 

L’on pourrait autant bien appliquer cette lamentation à chaque nation d'armes.

Le tsar Nicolas I le prononça officiellement dément et l’assigna à résidence, (ni sorties, ni visites : pense s’y) jusqu’à ce qu’il ne se repentit.  Ce Pyotr dut être l’un des premiers de nombreux prisonniers politiques russes pour cause psychiatrique.

Il me semble que n'importe quel groupe linguistique inventerait une telle expression, à la suite de sa récente expérience de tyrannie.  Puisque notre tyrannie corporative s’est rendue ordinaire partout au monde, une francophonie plus précise pourrait être le SHADISME. 

Le sadisme, c’est l’éveil sexuel que provoque la douleur d’autrui : une perversion qui ne préoccupe qu’un petit monde.  Par contre, le SHADISME nous est enseigné étonnamment tôt et communément.  Ces fâcheuses répétitions sans limites doivent nous rendre en SHADIQUES experts : tant à l’aise comme ses victimes adonnées que comme ses tourmenteurs experts.  Nous administrons l’enfer sur terre, parce que nous apprécions la haine craintive et gardons dent contre l'amour héroïque—en soumission asservi à ce qui nous fut enseigné le plus souvent. 

Il est temps de convoquer notre meilleure nature et de la sustenter au moyen d’une paix globale de notre propre agencement.

 

ENSUITE     TABLE DES MATIÈRES     ANTÉCÉDENT

 

APPRENTIS : De la terre en armes au monde en paix

 

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