SOMMAIRE D’APPRENTIS INTRO
ET VOCABULAIRE
« Que ce soit en faveur de la liberté ou du despotisme, les citoyens qui tiennent à transformer la forme de leur gouvernement doivent considérer avec quelles matières ils ont affaire et juger la difficulté de leur tâche. Car il n’est non moins ardu et périlleux d’essayer de libérer un peuple disposé à vivre en servitude, que d'asservir celui [élisant de] vivre en liberté. » Niccolo Machiavel, Discours sur la première décennie de Tite Live, Colline Ninian Thomson, Traducteur en anglais, Kegan, Trench & Co., Londres, 1883, p. 376.
Cela fait maintenant une trentaine d’années que j’attends qu’un bienfaiteur digne de ce nom découvre APPRENTIS, le publie en maintes langues et fasse ainsi nos affaires, sinon que je disparaisse tranquillement de cette terre sans me tracasser des suites de mon intervention.
Combien se rendent-t-ils distraits et poltrons, ces personnages bien connectés ! Combien de distractions vides et de périls imaginaires doivent-ils prioriser ! Si parfaitement isolés des affaires importantes mais imprévues, par une armée de subordonnés myopes.
Me voici toujours bossant solitaire, mon samizdat réécrit et rejeté maintes et maintes fois, autopublié sur le réseau mondial. Après des décennies d’assignation à résidence intellectuelle, me voici contraint de constater des soi-disant activistes et progressistes se congratuler que l’accélération de la déchéance réactionnaire n’ait trop démesurément accrue durant leur tour de ronde, et pour avoir esquivé l’empoisonnante corvée d’étudier APPRENTIS ; des bellicistes bourrus se distinguer à grand profit en publiant des volumes best-seller de flagornerie martiale ; et chaque gouvernement se trébucher dessus afin de satisfaire leur moindre stipulation, sans que personne n’ose démentir leur démence kamikaze ! Je grisonne de ce renvoie universel qui me ronge l'esprit. Quand je pense combien mieux le monde pourrait être, sans tant de misère évitable !
Alors que je récris ce texte, sa présomption cosmique m'étourdit. Aucun privilège ne m'autorise à réclamer ton attention : ni haute réputation, ni patronat puissant, ni charisme particulier, ni affaire astucieuse, ni saint contentement de moi, ni mérite littéraire. Quand je trouve un boulot adéquat, ce n’est que comme commis de bureau et distrait en plus. Je réclame toutefois ta considération attentive. Ce texte pourrait être le plus important que tu lises ; cela dépend de toi et de ton penchant pour le statu quo.
J'ai longtemps rêvé de quitter cet asile de fous et de me rapatrier en grâce ailleurs, au-delà de cette luminance blanche, quoiqu’il y ait tant d'amour et de beauté ici. J'ai veillé des nuits tardives, examinant toutes les applications de politiques pourries et me marmonnant, « Au moins l’une d'elles dût réussir ! »
J'ose encore espérer. Les Apprentis forment une Nation parmi les nations, un état d'être au sein de l'Etat. De notre petit chemin tranquille et une fois proprement inspirés, nous veillerons sur assez de talent et d’initiative pour surpasser tous les défis. Une fois que nous, les Apprentis, nous reconnaîtrons, comprendrons combien nombreux nous sommes et la position dominante que nous détenons sur ce monde, une fois rassemblés autour de ces idées, nous serons imparables et destinés à la gloire, peu importe combien méprisables ces isolés individuels puissent se rendre avec leurs sordides ordres de picotement.
Consterné, j'ai compris le tourment du roi Asoka. Debout, le dos au dos, au centre de ce carnage de notre propre agencement, nous dûmes observer impuissants de longues colonnes de réfugiés en larmes ramper comme des mille-pattes depuis l’épave fuligineuse de chaque horizon. Ni l'un ni l'autre de nous n’a pu s’évader de sa complicité dans cette disgrâce ni plus se tapir fainéant et indifférent. Nous devions accomplir quelque chose : nous précipiter vers cette bague de cuivre tendue juste au-delà de nos rêves les plus transcendants ; prodiguer de toute notre confiance, compétence et valeur en soi, quoique fragiles ; tout hasarder afin de réduire l’atrocité de la condition humaine.
Le livre APPRENTIS n’est pas incisé en pierre. Des spécialistes dédiés, amateurs et professionnels, doivent remâcher toutes ses conjectures. Leurs discussions seront peut-être en mesure de confectionner une brillante commune de biens d’Apprentis. Notre nouveau mantra devrait être : « Que ferions-nous si les cieux ne nous posaient plus aucune limite ? »
Chaque mètre cube d'eau, de terre, d’air et de vide contient toute l'énergie dans l'univers (moins 1 ?) Rendons-nous assez sages pour étendre nos mains dans ce feu cosmique et les réchauffer au-dedans, ne brûlant toutefois ni nos doigts ni le monde. Autrement ne serions-nous que des mendiants ignares trébuchant faméliques et assoiffés au large du désert, tandis qu'une abondance incompréhensible nous attendrait scellée en silence sous nos pieds.
Nous nous asseyons – toi, moi et tout le monde ensemble – dans le partage d’une géante pizza de luxe qui s’étire à l'horizon et bien au-delà jusqu’à l’infini. Elle est couverte de bonnes choses à manger : des monticules de légumes parfaites, d’épices et d'épiceries parfumées, de fromages crémeux et de délicatesses exquises : tous les écimages de la pizza la plus fine. Elle contient des certificats d’université, des logements corrects et des basses mortalités natales : assez d'abondance, de justice et de sérénité pour tout le monde, de la meilleure qualité que l’on puisse estimer, en quantités incalculables et bien supérieures à nos besoins.
Quel dommage que nous n’entrevoyions qu’une petite tranche de cette tarte, d'un seul petit degré de courbe ! La plus désolée des tranches : saturée de manque, de panique et de souffrances, elle est dénudée, brûlée au troisième degré et âprement répugnante ; elle fut raclée au fil de l’épée durant des dizaines de siècles. Partout dessus, des enfants affamés tremblent en larmes stoïques, dans des blockhaus, des taudis et des décharges de réfugiés : les enfants d’affichage de nos échecs et de notre culpabilité. Nous ne discernons plus rien que notre terre en armes : la croûte noircie au napalm d’un terroir rendu en charbon varié. Affamés pour quelque chose de préférable, nous nous précipitons par compulsion microscopique sur ses miettes.
Le restant infini, entassé de friandises dont personne n'aurait touchées ? Voici qui se trouve au-delà de vu, en ce qui nous concerne. Nous avons cloisonné les autres 359 degrés de cette tarte, munis comme nous sommes d’œillères de conventions culturelles longuement révérées qui nous les dissimulent. Notre culture nous met ces œillères à la naissance, qui ne se rendent que plus restrictives tandis que nous vieillissons. Elles nous isolent du monde paisible et ne nous permettent de ne rien entrevoir que la terre en armes ; de sorte que nous renvoyons cette abondance comme simple idéal, mythe, rêve, phantasme, utopie et science-fiction.
Les Apprentis sauront polariser ces œillères que nous portons et rendre la tarte toute entière perceptible simultanément à tous. Elle est bien là, cette kermesse d’abondance au monde paisible, à nous de moissonner. Nous devons tout simplement nous éclaircir la vision, nous remonter les manches et nous mettre au boulot afin de la réaliser. Ce serait alors le temps des récoltes, et chacun serait trop préoccupé à cueillir et partager cette abondance prodigue pour infliger plus de maux.
Il y a une demi-vie, comme j’éprouvai les jambes de poulain de mes opinions, mon père me fit comprendre que c’était trop facile de condamner tout simplement les institutions. Je me souviendrai toujours de ce charmant Bayard, comme d’un chevalier sans peur et sans reproche.
Voici une combinaison épineuse, si l’on y pense. Ce serait plutôt facile d’infliger du mal, armé de quelque illusion d’intrépidité. « Je m’en fiche pas mal ; lâchez donc les chiens de la guerre ! » Ce ne serait qu’un peu plus aisé d’effectuer du bien de peur des conséquences néfastes. L’incontestable but serait de se servir de cette intrépidité catégorique afin d’accomplir rien que de la bonté. Mon brave père n’entreprit que cela durant sa vie : ce qui le rendit noble dans le sens le plus véridique du terme. Nul comportement moindre ne vaut d’éloge.
Te crois-tu sans peur ? Soit. N’entreprends que du bien, sans égard aux coûts, et prouve-le-nous. Une petite astuce que tu dois entamer dans ta tête. En serais-tu digne ?
Le paragraphe ci-dessus pourraient être l’une des plus importants pour des sociopathes se reconnaissant eux-mêmes et leurs amis qui les comprennent. À ceux-là, je recommanderai de relire attentivement : ce pourrait retenir le remède de leur maladie et la voie la plus rapide au monde en paix.
« Condamner les institutions ? N’en prends pas la peine, » ce preux chevalier me conseilla-t-il, « sans démontrer des meilleures options. »
Je me suis obstiné, depuis, à imaginer ces fameux options. Enfant né durant la décennie adipeuse des 1950s, j'ai trouvé révoltant la Révolution au R majuscule : ses bavures juteuses disaient davantage d’elle que ses promesses aqueuses. Parmi ses pires échecs, après des souffrances à n’en plus parler, n'offrit-elle rien de mieux que le présent inadmissible comportant de fréquentes rechutes. La dialectique révolutionnaire et tous les thèses qui en rejaillirent me sont devenus des bavardages insensés : des réactions d’inflammation culturelle à la médiocrité rabougrie de l'orthodoxie.
Aucun grand livre De la paix n’existe, bien que de nombreux étudiants se tapent dur De la guerre, par Clausewitz. Crois-moi, j'ai ratissé des tas de bouquins, sans résultat, à la recherche De la paix.
À mi-passage de mon dressage obligatoire – quand j’eus vraiment commencé à m’en marrer – j’entrepris le ratissage des bibliothèques à ma disposition afin de trouver un texte primeur sur l'administration d’une paix globale. Tu sais, la vraie leçon de civisme pour un citoyen sérieusement cosmopolite ? Tant pis si cela ne consistait qu'en une spéculation étourdie de science-fiction ; je m’en serai satisfait !
Tout ce que j'ai pu trouver, ce n’étaient que De la guerre et d’autres textes élémentaires de la gestion d’armes. Il y eut d’innombrables histoires, textes dévots, harangues pompeuses, calembours en fiction et casse noisette philosophiques : tous soutenant de leur mieux la mentalité d'armes et nous détournant l’attention de ce qui dût être notre intérêt principal tout le long : celle paisible. Sinon parlaient-ils de sensations ou de sentiments ou de technolâtries, sinon d’abstractions vides de sens, sinon d’autres sottises sans importance. Tandis que mes lectures sont devenues plus voraces et moins judicieuses, elles m'ont mené à des écrits massifs confirmant la mentalité d’armes : de plus en plus sophistiqués, alambiqués et rébarbatifs. Mettant de coté cette chaîne alpestre de vétilles, il y eut, en toute vérité, fort peu autrement.
Avide pour le texte primeur de paix que je n'ai jamais pu trouver, j'ai pris l'intention de rédiger son volume un. Je n’oserai jamais appeler mon ouvrage De la paix. Seulement les Apprentis, rassemblés en leur collectivité intégrale dans l’agora virtuelle du monde, seront-ils capables de rédiger un tel œuvre en mille millions de volumes. A présent n’en jouissons-nous d'aucun.
Quoi qu’APPRENTIS n’apparaisse que tout seul sur une étagère vide de bibliothèque virtuelle et sous un nombre d'appel inexistant ; son scribe, bien qu’éraflé d’orgueil, ne peut réclamer droit d’auteur aux idéaux de la paix. Bien que la mentalité bien dorée de paix soit enfouie sous des tas de rebut de la mentalité d’armes, son éclat d’or reluit néanmoins depuis tous nos chefs-d’œuvre. Où sont allés les antécédents opulents d'APPRENTIS ? Ils ont disparu, remplacés par des textes classiques d’armes que nous ayons dû étudier tout le long de notre vie.
APPRENTIS remettent en cause le choix vital que nous ayons à faire entre la mentalité d'armes et celle paisible. Chaque moment que nous endurons sur cette planète, nous demeurons de connivence avec ce mal ou le défions, que nous l’admettions ou pas. Cette mentalité d’armes domine nos pensées actuelles sans débat sérieux. Cela va sans dire que des technologies emballées d’armes doivent moissonner à jamais plus de victimes, puisque nous tous nous soumettons sans dispute à sa mentalité. Aussi, que toutes nos aspirations progressistes doivent échouer, tôt ou tard, dans cette Mer de Sargasse d’armes. Quelle surprise là-dedans ? Nous n’avons même pas droit d’être déçus par ce défaut social tant prévisible et universel. Dès que nous convertirons notre foi d'armes en celle de paix, nous saurons réussir infiniment mieux nos autres ambitions progressistes ; avant, rien de tel.
Puisque tu commences à saisir la prémisse centrale d'APPRENTIS, tu pourrais la refouler par réflexe commun de rote. « Paix au monde? Monde paisible ? Cesse de m’en parler, j’en suis quitte ! » Si tu estimes au fond de toi la controverse, demande-toi : « Pourquoi renvoyer ce sujet sans audition équitable ? Étant donné l’énorme étendu de mes autres études, pourquoi personne ne m'aurait-elle fait asseoir et le considérer aussi attentivement ? »
Je te dirai pourquoi. Émergeant de notre enfance en adolescence frustre, nous mûrissons sexuellement bien avant que nos émotions et nos manières sociales ne mûrissent à ce point. La communauté exploite ce développement en déséquilibre ; elle nous offre un cycle prévisible de vie : de la rébellion adolescente, aux incertitudes adultes, suivi du contrecoup réactionnaire d’une sénilité précoce.
Comme Siddhârta décrit par Hermann Hesse, nous ne sommes permis que de sonder les profondeurs d'ascétisme sévère, de plaisir sensuel, de richesse matérielle, d’auto répulsion et, en fin de compte et faute de mieux, de saint contentement dans notre abjecte médiocrité. Forcés d’abandonner notre bonne conscience, de la substituer du compromis passif agressif, et de collaborer par force majeur avec des conspirateurs d'avidité, nous amortissons notre mélancolie dans l’ignorance, l’indifférence, les drogues, l’alcool, le fanatisme, les obsessions d’amateur, les compulsions professionnelles, la folie, le crime ou le suicide. De ces évasions prends ton choix.
L’idéalisme réformateur de la jeunesse est partout subverti. Supprimer cet idéalisme dans les jeunes, voici une fausse compétence que nous sommes tous appelés à maîtriser. Notre première priorité ne devrait-elle pas être d’encourager cette randonnée créatrice ?
Te souviens-tu quand tu étais un(e) petit(e) précoce aussi pur(e) qu’un verre d’eau ? Te rappelle-tu la salve de railleries qu’ont obtenues tes premières enquêtes puériles au sujet de la paix mondiale ? Peu importe à qui tu te serais tourné – aux bien aimés ou aux étrangers, aux maîtres éclairés ou aux bêtes brutes – tu aurais couru, si tu persistais, le même gant d'insultes voilées, de condescendances et de brutalité.
Souviens-toi. « La paix au monde ? Terminer la pauvreté ? Bien nourrir et aimer tout le monde équitablement ? Reviens au réel, cesse de rêver, rentre dans la maturité ! Qu'est-ce que j'ai besoin de te faire : t’attraper par les épaules et te secouer ? »
Bien sur, je résume, grosso modo et en autant de lignes de texte, des années d’endoctrinement systématique et très subtile ; mais tu me comprends.
Cet incessant lavage de cerveau, alors que tu étais petit et facilement maniable, t’aurait-il assujetti sur-le-champ ? Aurait ta conscience morale été réduite au silence ? Aurais-tu suspendu ton incrédulité afin d'éviter ce rejet ? T’en serais-tu entièrement soumis, à présent, soit son mérite ? Quelle importance de quel race, nation ou croyance dont tu aies jailli ? Aurais-tu retenu le choix ?
« Crimestop, cela veut dire la capacité de se figer net, comme si par instinct, au seuil de toute pensée dangereuse. Cela inclut l’aptitude à ne plus comprendre les analogies, à rater les erreurs de logique, à mal entendre les discussions les plus élémentaires étant ennemies [de l’orthodoxie], et à être ennuyé et repoussé par toutes les suites d'idées capables de mener à l’hérésie. Crimestop, en bref, cela veut dire la stupidité protectrice. » George Orwell, 1984, the New American Library, Inc., New York, 1961, p. 174.
Voir Le Syndrome 1984.
Nous nous sommes figés sur place parce que l’on nous fit taire aussitôt que nous posâmes des questions gênantes. Notre culture subvertit le pacifisme et la décadence militaire de manière aussi obsédante qu'elle contrôle les déchets humains et les pandémies de choléra. Tous deux sont fatals pour une communauté primitive et tous deux en sont bannis. Nous sommes formés, comme enfants apprenant leur toilette, contre les validités de la paix et de la spiritualité.
L'une doit bien provenir de l'autre, n’est-ce pas ? Dans l'absence d’une paix valide, la spiritualité ne doit-elle pas souffrir ? Au sein de la guerre, notre spiritualité ne se rend-elle pas en une caricature monstrueuse d'elle-même, ricanant de son hypocrisie ? Durant ce que nous osons prétendre le temps de la paix, n’est-ce pas tant moche ?
Sommes-nous disposés de répondre ASSEZ à ce grotesque culte d'armes ? En serons-nous jamais mieux disposés ?
Comme dans notre adoration des cultes d’armes, il n'importe guère les beuglements hypocrites que nous rendrions à la paix ; nous en sommes aussi mal disposés qu’envers de l’excrément. Ainsi devons-nous faire face à une infinité de contradictions sociales et à nul aboutissement, résolution ni clarté.
Bien sur, je peux comprendre ta panique et ta répugnance, mais ne puis m’arrêter là. Toi et tous les autres Apprentis, rejoignez-moi au lieu ! Nous sommes des grands, à présent, immunisés en principe des blâmes d’enfance. Dégage tes oreilles – là, c'est mieux – et prête attention. APPRENTIS te ramènent aux questions troublantes que nous dûmes laisser tomber quand nous étions gosses, avec ou sans notre consentement intègre.
Au seuil, comme nous sommes, de cette époque du Verseau, nous nous soumettons à une conjoncture bien triste. Une logique à la tronçonneuse, lubrifiée de démocratie à l'huile de serpent, encourage de flagrantes malversations. Le sourire crétin du destin semble bénir des conspirateurs d'avidité. Devant nos regards qui refusent à y croire, des prédateurs aux sourires affectés violent la justice aveugle ; ils ricanent jusqu’à leur banque, congrès, chaire et université, puis reviennent pour jouir de seconds malpropres. Nos institutions justifient sans cesse la spasmodique comédie de primats meurtriers.
Des banalités absurdes s'incrustent dans nos constellations de métaphores politiques, en dépit de leur échec spectaculaire—ou ne l’aurais-tu pas encore remarqué ? Comme des assistants stupides gravitant autour d’une voiture calée, nous persistons à entonner : « Faudra bien accumuler davantage d'amour, de perfectionnement particulier, de Christ dans ce monde, d'humanisme, de science, de soumission, de valeurs familiales, de marché libre ; nous aurons grand besoin de politiciens plus intègres, de tyrans plus justes et de gros messieurs plus gentils. » En bref, d’une dictature de tête vide d’autant plus pure. Encore plus répandu et sans valeur : « Ne crois plus en rien, mon coco, que de gagner et dépenser ton prochain euro. Sois "cool". Reste bien tranquille et sot, comme nous. »
Stupéfiés par toute cette barbarie, des prophètes, des présentateurs de nouvelles, des technocrates et des bourgeois braient le désastre en harmonie à quatre voix. Encore d’autres prient qu'une apocalypse vienne SVP les délivrer. Rendus sots par leur panique, ils aggravent la nécrose du monde afin d’accélérer bêtement cette Terminaison qu'ils souhaitent tant.
Ainsi nions-nous l'évident : le miracle dont notre existence dépend mille fois par jour. D'après ce miracle, une sagesse supérieure nous attend, capable de remplacer nos typhons de venin avec des averses d’aubaines ; une abondance fantasque pourrait fleurir dans les terrains vagues qui nous enclosent ; pleine justice, poser de l’onguent sur nos anciennes plaies et enjoindre aux légions récalcitrantes : demi-tour vers la civilité !
Imagine ça. Jette ta panique de sot par la fenêtre et commence à imaginer le mieux qui pourrait advenir.
Au lieu, les dissidents d’armes et les réactionnaires d’armes grognent des duos en contrepoint de dogme maladif. Tous deux s’obsèdent de l’Autre détesté et complotent son anéantissement impraticable. D’autres se contentent d’attendre, assis sur leurs mains, que tous se rendent en anges, sinon que le Christ revienne nous délivrer (quoi qui adviendra d’abord).
Tout ce déroule à l’improviste. Personne ne sait de quoi il parle et personne n’a de plan concret sauf pour des tueries supplémentaires—ou s’en tenir quitte, sinon les aggraver. Personne n’écoute plus personne ; le bénéfice principal de la promotion, c’est de n’avoir plus à écouter personne et simplement donner une suite d’ordres n’ayant rien avoir avec la réalité—la recette du désastre garanti. Rien d’autre n’est toléré.
Nous ne sommes plus permis, ces jours-ci, que deux genres de politiciens : ceux qui ont écrasé depuis trois générations toutes les bonnes idées et ceux qui n’ont découvert d’idée infecte qu’ils n’aient prisée. Comme des forgerons villageois convoitant une motocyclette entrevue pour la première fois, leur plus ardant désire est de disjoindre ce monde et le rassembler selon leur gré. Pourtant, leurs obsolètes métaphores politiques ne leur permettent d’énoncer correctement ni les contradictions ni les opportunités fondamentales dans ce monde. Ils cherchent à remonter une moto Harley-Davidson des années 50s, en se servant de la terminologie de Périclès et d’outils propres aux carrosses à chevaux.
Il n’y a que la justice absolue de notre cause qui la garde en vie, non nos habitudes nécrosées de pensée et de parole. Empoisonnés par des idéologies gangreneuses et les rejetant, nous nous sommes rendus tant credophobes que nous refusons depuis longtemps à ne plus croire en rien. Par conséquent avons-nous perdu nos dernières prises d’esprit et nous trouvons largués dans des contre-courants de la transformation.
Mais ne désespérons plus, prêtons plutôt attention aux prêches de Jesse Jackson et « ranimons l’espoir ! » Comme durant les deux après-guerres en Allemagne, ces réactionnaires nous remettront une épave aussitôt qu’elle paraîtra trop déchirée pour en sauver n'importe quoi. APPRENTIS anticipent cette remise, cette fois du monde entier. À nous de tout remonter !
Tu pourrais te rappeler avoir vu un film selon lequel d’impitoyables méchants extorquent toutes les bases de pouvoir, de contrôle et de sécurité. Arrivés à mi-chemin dans l'histoire, tous les bons sont abasourdis ; personne n’a d’idée que faire ensuite.
Alors, quelqu'un dit, « Attendez, j'ai un plan. » C’est Marianne, peut-être ? Au lieu de se tapir en désespoir, des spectateurs passifs commencent à prêter attention miraculeuse. Inspirés, ils se transforment en héros. À ce point, par égard à la continuité dramatique, la camera se braque sur le triomphe des bons.
Ce livre énumère des démarches essentielles entre « nul plan » et « plan en action. » Durant cette étape obligatoire mais pas très marrante, nous devons discuter de ce plan en détail, exposer ses faiblesses inhérentes, suggérer des options préférables et en coordonner le réglage et la chronologie. Laissons aux volontaires audacieux le choix des tâches qu’alimenteront leurs intérêts et talents particuliers. Messieurs les améliorateurs réducteurs, en panne depuis des millénaires et tapant au volant, démarrez vos moteurs ! Secouons en éveille tous ceux s’étant abstenus par nihilisme et lâcheté purs.
J'ai un plan : le voici, de suite. Nous sommes à cette étape essentielle mais ennuyeuse de cette procédure. Continuons par conséquent et hâtons-nous, je vous en supplie.
Quelques avertissements, avant de démarrer. La prose excentrique de ce livre, son idiome exotique et ses spéculations bizarroïdes rendront très difficile ta lecture. Nous allons rendre ici la guerre illégale à travers la planète, et non cuir une petite omelette. Tu ne trouveras dans ces pages ni raccommodages rapides ni aphorismes simplifiants : les formules télévisées de bébé dont nous sommes habitués. Tu peux à présent cliquer EN ARRIERE, si voici tout ce que tu cherchais ici.
Traite APPRENTIS comme un guide rugueux : plus franc que des textes classiques qui traînent sans fin et plus transparent que les obscurantismes privilégiés des académiciens. Après l'avoir lu, des jeunes prodiges pourront explorer ce monde en prison ferme tandis que ronflent ses gardiens et séquestrés.
Ce livre fait autant signe aux gagnants extatiques du prix Nobel, aux forcenés n’ayant plus rien à perdre, aux idéalistes sans but, aux rêveurs de madrasa, aux bonzes, doctes du Talmud et séminaristes insatisfaits, aux traîtres scolarisés et aux esprits lumineux de ghetto qui défient des maux se tortillant juste au-delà de leur pièce sombre d’étude. Il interpelle chaque Apprenti perdu dans son labyrinthe à miroirs d’armes et de paix, autant que le fantôme de mon enfance hantant les étalages de livres d’antan. J'adresse ces mots tout autant aux candidats de la prochaine classe des académies de guerre, qu’à la prochaine récolte des prodiges de collège. Les meilleurs parmi vous ont prospecté la littérature de la paix dans vos paperasseries d’armes, sans succès.
APPRENTIS dessinent le contour de ce que nous étions passionnés à découvrir et avions manqué. Rêvant en Californien, son auteur surfe le contre-courant antécédent du chaos et les courants de retour du paradoxe. D'un ton irrité, il rejette des conceptions chéries et reprend des idées trop bien calomniées.
Mon message s’emporte à l’extrême. Attaquant des platitudes rusées, mes discussions grimperont aux bouts tremblants de l’arbre : plus loin, peut-être, qu’il te paraîtrait apaisant de suivre. Tu ne trouveras ici aucune « indifférence, » aucun « désintérêt » ni « équilibre d’intérêts » comme ces expressions sont mal employées ces jours-ci. Étant donné la complexité infinie de ce sujet, mon manque d’adresse à l’écrit et mon érudition minime, voici ton travail bien arrangé.
Par ailleurs tournerai-je chaque canon rhétorique contre les mentors d’armes qui m'en ont entraîné. Horrifié et rendu furieux, j'invoquerai tous les sophismes plus avantageux que leurs équivalents « de logique correcte. » Je dédaigne ces prédicateurs de « raisonnement correcte » qui osent consciemment permettre aux enfants de mourir de faim et tournent simplement le dos quand cette déplaisance s'insinue dans leur minutieux vide d’esprit. En esprit parallèle, les Apprentis ranimeront le monde en paix au moyen de pirateries effrontées de toutes les fraudes de Madison Avenue et appelles au couvre feu qui nous ont bercés à dormir jusqu'à présent.
Si la simple logique de la paix globale, voici tout ce que tu souhaitais trouver ici, lis Mortimer Adler, How to Think about War and Peace (Comment penser de la guerre et de la paix), Simon et Schuster, New York, 1944. Lors de ce temps intoxicant, le Président Roosevelt et ses assistants brillants ont anticipé un gouvernement unimondial et populaire qui aurait criminalisé la guerre à travers la planète et garanti les droits humains à tous—il y a de cela soixante-dix ans, cent cinquante millions de morts de guerre et quelques milliards d’évitables morts de famine et de maladie en moins que ceux dont nous, les éclaircis contemporains, sommes responsables. Et combien de milliers de milliards d’argent gaspillés avec notre consentement ?
Eh, quoi ! Prétends-tu que tu n’y serais pour rien, peut-être ? Cesse de te mentir, ici du moins ! Nous sommes tous responsables à 100%.
Hélas, des kommissares du parti américain d’armes, se sont assurés qu’un mercier manqué, Harry Truman, rattraperait les brides de pouvoir des mains mourantes de Roosevelt. Hiroshima, mon amour ? Truman, et ses vieux copains d’esprit provincial et fermement clos, ont gaspillé toute la bonne volonté que l'Amérique acquit en libérant le monde du fascisme ; tout comme Bush et ses conjoints politiques, après l’onze septembre. Ils ont soigneusement caressé depuis une succession de médiocrités politiquement correctes ; leurs préjugés bornés ne leur ont autorisé aucune alternative que cent cinquante millions de fatalités supplémentaires en guerre et encore un demi-siècle de gestion s’envenimant d’armes.
Encore aujourd’hui, nous persistons à gaspiller notre temps et nos talents précieux en protestant sans résultat la robustesse de leurs initiatives guerroyantes. Mais QU’ILS aillent protester, en futilité totale, la robustesse de NOS initiatives paisibles—plus jamais dans l’autre sens !
Ce livre, APPRENTIS, voici un divertissement spéculatif et un battement passionné de rassemblement, non un manuel accablant. Ne se prétendant ni fiction ni actualité, il prend place quelque part entre confession, harangue et carnet d’homélies, d’anecdotes et de conjectures. Comme le décrit tant bien Margaret Atwood, du journalisme de pronostic. Aucun tel œuvre n’existe, et je ne puis trouver aucun regroupement politique qui l'accepterait d’un trait comme le sien. Comme parti politique, les Apprentis sont certainement à venir—après ma disparition peut-être, comme pour Marx, Rousseau et Érasme.
« Ainsi se fait-il qu’au-delà de la ligne imaginaire qui démarque le présent du passé, l’écrivain se trouve toujours scrutant le regard fixe de la condition humaine qu’il doit observer et comprendre aussi bien que possible, à laquelle il doit s’identifier, lui remettant la force de son souffle et la chaleur de son sang ; il doit tenter de la remettre dans cette contexture vive de l’histoire qu’il compte interpréter à ses lecteurs, pour que son effet soit aussi beau, simple et persuasif que possible. » Ivo Andrić, Discours d’acceptation du prix Nobel de la littérature en 1961.
« Nous considérons que la valeur fondamentale de l’artiste européen, à nos plus grandes époques, depuis les sculpteurs de Chartres jusqu’aux grands individualistes, de Rembrandt a Victor Hugo, est dans la volonté de tenir l’art et la culture pour l’objet d’une conquête. Pour préciser, je dirai que le génie est une différence conquise ; que le génie commence – que ce soit celui de Renoir ou celui d’un sculpteur thébain – à ceci : un homme qui regardait depuis son enfance quelques œuvres admirables qui suffisaient à le distraire du monde, s’est senti un jour en rupture avec ces formes, soit parce qu’elles n’étaient pas assez sereines, soit parce qu’elles l’étaient trop ; et c’est à sa volonté de contraindre à une vérité mystérieuse et incommunicable (autrement que par son œuvre), le monde et les œuvres mêmes dont il est né, c’est cette volonté qui a déterminé son génie. En d’autres termes, il n’y a pas de génie copieur, il n’y a pas de génie servile. Qu’on nous laisse tranquille avec les grands artisans du Moyen Age ! Même dans une civilisation où tous les artistes seraient esclaves, l’imitateur de formes serait encore irréductible à l’esclave qui aurait trouvé des formes inconnues. Il y a dans la découverte, en art comme dans les autres domaines, une sorte de signature du génie, et cette signature n’a pas changé à travers les cinq millénaires d’histoire que nous connaissons. »
« Si l’humanité porte en elle une donnée éternelle, c’est bien cette hésitation tragique de l’homme qu’on appellera ensuite, pour des siècles, un artiste – en face de l’œuvre qu’il ressent plus profondément qu’aucun, qu’il admire comme personne, mais que seul au monde, il veut en même temps souterrainement détruire. »
« Or, si le génie est une découverte, comprenons bien que c’est sur cette découverte que se fonde la résurrection du passé. J’ai parlé au début de ce discours de ce que pouvait être une renaissance, de ce que pouvait être l’héritage d’une culture. Une culture renaît quand les hommes de génie, cherchant leur propre vérité, tirent du fond des siècles tout ce que ressembla jadis à cette vérité, même s’ils ne la connaissent pas. »
André Malraux, Les Conquérants, Le livre de poche, © Bernard Grasset, 1928, pages 311-13.
Admets les parties d'APPRENTIS qui résonneront au fond de ton esprit ; permets-toi ensuite de réaliser des meilleures. Renvois ce que tu trouveras déconcertant au-dedans, comme conjecture, ouï-dire, hérésie, ce que tu voudras.
Si ce texte t’inspire une nouvelle idée, donne m’en des nouvelles. Je préférerai apposer au filigrane des idées neuves (pourvues d’attribution adéquate, bien sur) dans des éditions subséquentes de cet œuvre. Avec un peu de veine serais-je peut-être permis de chroniquer le progrès de cet effort vertueux dans des chapitres suivants de ce samizdat ?
Pourquoi les termes « utopique » et « idéaliste » consignent-ils nos meilleures valeurs au tas d’ordures ? Quand a le chic réactionnaire rendu démodé d’inciter l’ultime bonté ?
Il se pourrait que ne nous ne soyons, tout d'abord, que des praticiens maladroits de la paix. Pourtant, l'amour du bien circule dans nos veines. Aucune expression n’existe pour ce talent : ce kalotropisme ? Néanmoins, ne se laissera-t-il plus être nié. Qui sait, réaliser du bien pourrait revenir à la mode, en dépit des efforts les plus vigoureux de nos pires compagnons de le ridiculiser et l’interdire.
Ces truands absentéistes de la vertu feignent leur sophistication en aggravant nos névroses d’armes. Par répétition de routine calomnient-ils « le bienfaiteur » et « le cœur sanguinolent » (bleeding heart). Cachant leurs défauts ignominieux, ils promeuvent la terminologie obstinée et la mise en ligne criminelle de connivence réactionnaire. Ils ont créé une chaîne d'usine productrice d'arnaqueurs et d’hypocrites professionnels, scrupuleusement triés pour suffisance de correctitude politique afin de remplacer nos gérants légitimes. Chacun d'eux moins savoureux que son précédant, alors que des gens de talent et de génie sont chassés de la politique et du commentaire social ; sinon sont-ils abattus tout simplement dans la rue, sinon crucifiés de par les medias.
Qui SONT ces truands ? Des maîtres de méchanceté ? Des cœurs en silex ? Quelques cœurs rocailleux exigent-ils peut-être un petit saignement lubrifiant afin de ré-oxygéner la conscience morale en ligne plate de leur propriétaire ?
Après tant d'essais, pourquoi ne jouissons-nous pas du meilleur gouvernement possible ? N’ose surtout pas me suggérer que nous l’ayons déjà obtenu, ce meilleur gouvernement possible. Sois intègre ici, sinon ailleurs. Avec toutes nos écoles, tous nos livres et professeurs, pourquoi n’apprécions-nous pas des milliards de maîtres paisibles enrichissant l'abondance qui est notre dû, truffant le monde de technologies miraculeuses, de faune et de flore sacrées, d’amour courtois et d’actes aléatoires de gentillesse ? Où sont les remplaçants superbes du jeune Andy Carnegie, des Roosevelts et de la Petite Fleur LaGuardia que l'administration d'excellence nous exige ? Où auriez-vous disparu !
Si nous considérions ce monde comme une énorme Académie – comme les Apprentis espéreront le rendre – la plupart de ses étudiants matriculent dans un aspect quelconque de la technologie d’armes, et un trop petit nombre s’accorde une échantillon parcimonieuse de paix. Tandis que la machinerie de guerre broie son grincement ininterrompu, ses esclaves les plus dévoués sont les seuls permis d’évaluer son utilité en débat public.
Presque personne ne peut dénommer les meilleurs maîtres paisibles. Moi, je n’en serais pas capable. Les praticiens primaires de la paix ont été des personnes gentilles et peu prétentieuses ; les omnipraticiennes paisibles, aussi mal répertoriées dans l’histoire générale qu’elles le sont ici. Compare cet état d'ignorance mitraillée avec notre familiarité domiciliaire de Gengis Khan, Hitler et pareils maîtres de mutilation. Si la paix fut notre première priorité – et non la tuerie en masse – ce déficit d'Apprentissage nous rendrait de graves inquiétudes. Rien de la sorte ne nous concerne, puisque nous sommes tout d’abord et avant tout des esclaves d’armes.
APPRENTIS pourraient d’abord te rendre le vertige, tant sa gamme de sujets te semblera kaléidoscopique. Nous ne les avons jamais étudiés dans la profondeur qu'ils méritent. De nécessité, notre première revue sera d’une insolente superficialité et assujettie aux négations mythiques à chaque tournure de page. Une fois que passera cette crise, nous serons en mesure de rendre meilleure justice à tous ces exotismes.
Lis les premiers chapitres d'APPRENTIS afin de sonder son vocabulaire : d’« Intro & Vocabulaire » jusqu’à « Stop. » Reprends ensuite ta lecture, de façon aléatoire, dans l’une de ses trois sections :
Section I) Pourquoi nous trouvons-nous dans ce pétrin.
Section II) Comment Faire pour s’approcher du monde en paix.
Section III) Quels Résultats en attendre.
La première section, Pourquoi, voici la plus pénible qui s’étire au-delà du mi-chemin d’APPRENTIS. Pourquoi est tant incendiaire, ses lecteurs de première souche risquent d'embraser leurs facultés. Contrairement aux textes plus calmants, celui-ci ne négligera aucun des maux monumentaux que nous avons été instruits de regretter brièvement et puis d’accepter comme allant de soi. Cet impitoyable inventaire d'erreurs te paraîtra fatigant d’abord, engourdissant d’esprit après et finalement insupportable ; ton subconscient revisitera toutes les thérapies d'aversion que tu ais souffert comme gosse afin de te faire abandonner cette lecture. Tu en seras agacé, écœuré, puis enragé. Tu devras te raffermir en toute sévérité afin d'ingurgiter cette âcre infusion jusqu'à sa lie. Prends des petites gorgées de cette aigre bouillie et trouve ailleurs quelque breuvage plus sirupeux—peut-être au téton de la télé.
Mais n'abandonne surtout pas cette lecture. J’aurai autant bien pu intituler Pourquoi, Comment Faire et Quels Résultats : Lamentation, Transition et Espoir.
L’aigre-doux Comment Faire inscrit des tendances fâcheuses et propose quelques contre-mesures. Encore plus savoureuse, la section Quels Résultats esquisse des options paisibles à l’encontre des technologies d’armes auxquelles nous nous soumettons à présent, supposant que des majorités globales aient d’abord saisi Pourquoi et Comment Faire.
APPRENTIS sont prévus pour chaque Apprenti à venir. Le mécontentement dans ce livre aurait dû être notre patrimoine et le fut jadis : oublié depuis. Mes Apprentis bien-aimés, je vous laisse entreprendre le Qui, le Quand et l’Où. Si vous m'attrapez en train de faillir mon mandat extraordinaire, voici votre signale de prendre en relève le fardeau de ma preuve.
J'ai pu récemment trouver moyen de filer au paradis, mine de rien, tout simplement en me réincarnant dans la ligne de vie de Jésus Christ, la prochaine fois que je mourrai. Je crois que cette douloureuse méthode de rédemption est ouverte à nous tous, peu importe la pesanteur de nos fardeaux karmiques. Je me répète afin d’accentuer cette idée primordiale.
Cette doctrine exotique pourrait proscrire, une fois pour toutes, le diktat crétin des fondamentalistes. Cette croyance, si rendue universelle, chasserait du discours religieux tous ces promoteurs fondamentalistes uniformément impropres à la tâche. Par quel droit, sagesse et bénédiction réclament-ils de s’interposer là, tout de même ? Elle mettrait le royaume du ciel dans la portée de chacun dans l’après monde, sans avoir à se soucier des vérités ni des erreurs durant cette vie ; elle confierait les soins terrestres à notre propre responsabilité, et notre salut éternel à la tutelle directe du Seigneur.
Une fois que tu auras pigé cette idée et ses suites, aucun fanatique pompeux ne pourra te l’extraire ni par conférence, ni par manigance, ni par la torture. Tu seras entièrement libre (cette liberté d’une pureté miraculeuse) de te sauver l’âme. Sinon pourras-tu revenir ici-bas dans ces vies sans fin, en tant que bodhisattva, aussi souvent que tu le souhaiteras, pourvue que cette leçon attendrait ton retour et ne serait plus supprimée, comme elle le fut tant de fois jadis par des fondamentalistes et des indifférents également dépourvus de Dieu.
Nous pouvons servir Dieu ou Mammon, mais non les deux à la fois. APPRENTIS suggèrent comment servir ce monde gracieusement et rentrer en grâce ensuite. Si tu renvois le précité comme quelque fourberie biblique du genre fondamentaliste, tu auras manqué mon but. Et, l’ami, voici ta perte. Vérifie ci-dessus le lien « réincarnant » et interprète ça pour toi-même.
Si tu prends trop au sérieux ton endoctrinement d’armes, tu pourrais t’attendre à assortir la religion du gouvernement comme des variables indépendants. Oublis vite ça. Nous sommes des progressistes dans la mesure que notre foi (dans n’importe quoi) nous rend en amoureux héroïques, et des réactionnaires en réagissant (sans foi) contre l'ombre de nos craintes et de notre haine. Notre credo et nos gouvernements sont intégraux. Peu importe les rideaux en toc dont nous couvririons les pilons religieux de nos gouvernements, comme des prudes victoriennes drapèrent les jambes de leur piano.
Ces déclarations peuvent te sembler d’une arrogance pure. Je t’assure que je les ai posées avec autant de soin que toutes les autres que tu trouveras dans APPRENTIS. À vous de discuter, une fois pour toutes.
Une des paraboles du Christ (celle des Talents : Matthieu 25-14) confie à chacun de nous, ses domestiques, une bourse de monnaie pour apporter au risque. Le Seigneur nous projette de diriger nos vies au profit de notre âme, non d’entreprendre tout simplement la protection du risque. Comme les cascadeurs dans un universel film d'action, nous sommes ici pour prendre de très grands risques. Une médiocre sûreté doit nous être illusoire, puisque tout nous tue en fin de compte. Dans notre mortalité résident notre gloire et notre salut.
Cela me surprend, tant peu cette inspiration change ce que je dois discuter dans APPRENTIS. Encore plus surprenants seront les grands exploits qu'accompliront les Apprentis, une fois qu’ils réclameront grâce en ce monde et grâce dans le monde à venir.
Tout au plus, ces méditations ont transformé ma fortune et mes échecs, sur ce plan matériel, en ces éblouissements furieux dont des vaguelettes sont illuminées pendant des après-midi tardifs et ensoleillés : transitoires et ennuyeux au pire, beaux en dépit de leur douleur et allant bientôt se faner.
J'ai abandonné le conseil gratuit de « Vivre chaque jour comme s’il fut ton premier et ton ultime. » Quel comportement impraticable du point de vue hormonale ! À présent, je m'attends à la fin de chaque jour. Le rêve le plus miteux auquel j'assiste endormi m'est prouvé plus intéressant que le spectacle le plus transcendant et émouvant que j’ai vu à l'écran sinon lu. Je pressens que l’après mort, proprement négociée, soit également supérieure à notre vie sinon plus. La bonne musique, l’amour courtois et les bons amis, puis quelques autres astuces (les rires et les bons plats) durant cette vie, voici d’autres choses qui rendent supportable la peine de vivre ! Je ne conseil à personne de les abandonner prématurément, quel que soit le destin de nos âmes. Il est évident que nous ayons quelque chose d’important à apprendre ici présent.
Je n'ai eu aucun choix que d’écrire et de réécrire – in two languages – ce livre, ce livre entier et rien que ce livre. En fin de compte, je ne puis justifier ma présomption cosmique qu’en te signalant les profondeurs sans limites de notre faillite morale … et de notre avidité pour la paix.
APPRENTIS
: De la terre en armes au monde en paix
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